Déconfinement : "La reprise est extrêmement lente pour l'instant" dans le secteur immobilier, d'après le Conseil supérieur du notariat

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Maître Jean-François Humbert, le président du Conseil supérieur du notariat, invité de franceinfo, jeudi 21 mai, anticipe sur l'année 2020 "une baisse d'au moins 10% en volume".

"La reprise est extrêmement lente pour l'instant" dans le secteur immobilier, a déclaré ce jeudi 21 mai sur franceinfo Maître Jean-François Humbert, le président du Conseil supérieur du notariat. Acheter un bien, "c'est un pari fait sur l'avenir, aujourd'hui les angoisses ne sont pas complètement levées", explique-t-il. Pendant le confinement, "il y a eu pratiquement 90% de ventes en moins", indique le représentant des notaires, qui anticipe sur l'année 2020 "une baisse d'au moins 10% en volume".

franceinfo. Après deux mois de confinement, les ventes ont-elles repris dans l'immobilier ?

Maître Jean-François Humbert. Les ventes n'ont pas encore véritablement repris, tout simplement parce qu'on ne peut pas encore parler de déconfinement, il est très progressif. Les transports sont limités, la liberté d'aller et venir est également restreinte, de telle sorte qu'aujourd'hui, des marques d'intérêt, effectivement sont constatées dans certains secteurs. Mais la reprise est extrêmement lente pour l'instant.

Il faut également distinguer le résidentiel et l'immobilier professionnel ou de bureaux. Sur ce second point, il n'y a pas de reprise qui puisse se constater aujourd'hui. La question est de savoir quel sera le rythme de la reprise de l'immobilier d'un secteur complètement à l'arrêt. Cela va dépendre très essentiellement de la réponse des pouvoirs publics, de la réponse également du secteur bancaire : comment finance-t-on une acquisition ?

Il y a des nuages qui semblent se profiler à l'horizon, avec une hausse des droits d'enregistrement qui serait éventuellement étudiée pour faire face aux difficultés des trésoreries des collectivités locales. Il y a une hausse des taux d'intérêt que l'on constate aussi. Et je me rappelle la crise des années 1990, c'était précisément la conjonction de ces deux augmentations qui avaient provoqué une crise extrêmement sévère.

Quelle est l'ampleur de la baisse des ventes depuis le début du confinement ?

Depuis le début du confinement, il y a eu pratiquement 90% de ventes en moins par rapport à la même période de 2019. Tout simplement parce qu'on n'a pas l'esprit à aller acheter un appartement, quand on ne peut même pas se déplacer. L'ampleur est la même d'ailleurs que dans le secteur automobile. Il ne faut pas oublier non plus que lorsque l'on achète un bien à usage d'habitation ou une maison, un appartement, c'est un investissement sur un très long terme. Le prêt est souscrit, il sera remboursé sur 15, 20, 25 ans. Et lorsqu'on investit c'est en fonction de la situation actuelle, mais c'est aussi en fonction de la prévision de l'avenir. C'est un pari fait sur l'avenir. Or, aujourd'hui, les angoisses ne sont pas complètement levées. Les craintes demeurent sur la situation de son emploi, de son entreprise.

Dans ce contexte, combien de Français, cette année, vont renoncer à acheter un logement alors qu'ils le voulaient ?

Lorsqu'on regarde la tendance de ces dernières années, dans l'immobilier ancien, il y avait en gros un million de ventes chaque année qui étaient réalisées, c'était le chiffre de 2019. Très vraisemblablement, nous n'atteindrons pas ou tout juste le chiffre de 900 000 dans le courant de l'année 2020. Et sous réserve que les mois de juin, juillet et août soient également des mois assez dynamiques. Donc, en volume, cela représentera une baisse d'au moins 10%.

Après, on se pose la question évidemment : est-ce que ça aura un impact sur les prix ? Je crois qu'il ne faut trop regarder cet impact. Quand bien même il y aurait une diminution, peut-être, je n'en sais rien, l'expérience montre que très rapidement, de toute façon, ces baisses ponctuelles sont ensuite masquées, l'immobilier reprend son cours et par conséquent, les prix reprennent les niveaux qui étaient les leurs avant le début d'une crise. Pour l'instant, on ne peut pas dire que l'on constate une baisse des prix. Il y a une tendance éventuellement chez certains candidats acquéreurs pour se dire 'essayons de négocier à la baisse', mais les quelques opérations qui se sont réalisées ces derniers jours dans le centre-ville des grandes métropoles l'ont été pour des prix tout à fait comparables à ceux qu'ils étaient avant la crise.

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