Déconfinement : "Il faut que l'ensemble du système bancaire soutienne les librairies encore pendant de nombreux mois" réclame un libraire

Les deux associés de la librairie \"Les Sandales d\'Empédocle\" à Besançon (Doubs), le 29 avril 2020. 
Les deux associés de la librairie "Les Sandales d'Empédocle" à Besançon (Doubs), le 29 avril 2020.  (JEAN-FRANÇOIS FERNANDEZ / FRANCE-BLEU BESANÇON)

Matthieu de Montchalin, ancien président du Syndicat de la librairie française, invité de franceinfo, samedi 23 mai, demande un système de "prêts à taux zéro", voire de subventions, pour limiter l'impact économique du Covid-19 sur les libraires. 

"Il faut que l'ensemble du système bancaire soutienne les librairies encore pendant de nombreux mois" et que les pouvoirs publics mettent en place "un système de prêt à taux zéro", voire de "subventions", réclame Matthieu de Montchalin, directeur de la librairie "L'Armitière" à Rouen (Seine-Maritime) et ancien président du Syndicat de la librairie française (SLF), ce samedi 23 mai sur franceinfo, alors que le ministre de la Culture Franck Riester promet des annonces pour la filière du livre la semaine prochaine.

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franceinfo. Avez-vous eu beaucoup de pertes financières pendant les deux mois de confinement ?

Matthieu de Montchalin. Oui, parce que pendant ces deux mois d'activité, on n'a fait aucun chiffre d'affaires et ça représente beaucoup. Pour ma librairie, ce sont plusieurs centaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires. Ce qu'il faut savoir, c'est que la librairie, c'est le commerce le moins rentable de centre-ville, d'après la Banque de France. Une librairie qui commence son activité le 1er janvier atteint son point d’équilibre uniquement le 27 décembre à 17h. Il ne reste pas beaucoup de jours dans l'année pour faire du bénéfice. Donc quand cette librairie doit fermer pendant deux mois, ça pose plus qu'un problème en termes de rentabilité. C'est un problème préoccupant. Il faut vraiment que l'ensemble de la filière et des pouvoirs publics se mobilisent, mais en même temps, je ne veux pas dramatiser non plus. On voit, après quinze jours de réouverture, que nos clients sont là.

Craignez-vous que des librairies disparaissent ?

C’est maintenant qu'on va le voir, parce que, pendant les deux mois, on peut considérer que l'État, avec les mesures de chômage partiel et le plan garanti par l'État, nous a donné les moyens de redémarrer dans des conditions qui sont presque celles qu'on avait au moment où on s'est arrêtés. La seule chose, c'est qu'on a contracté des emprunts bancaires très important et qu'il faudra bien rembourser cet argent.

Aujourd'hui, la difficulté, pour toute la filière, des auteurs jusqu'aux libraires, c'est de faire en sorte que la machine ne se grippe pas, parce que c'est maintenant qu'on peut avoir un risque de faillite de librairies. Ça se passe dans beaucoup de pays où il n'y a pas eu le chômage partiel, où il n'y a pas eu de mesures d’État, on voit malheureusement des chaînes de librairies ou des librairies familiales très importantes qui disparaissent en Suède, au Danemark, en Grande-Bretagne, en Allemagne, dans un certain nombre de pays qui sont autour de nous et je pense qu'il y a urgence à protéger le livre.

Quelles mesures demandez-vous ?

Il y a tout un tas de mesures techniques. Mais globalement, ce qu'il faut aujourd'hui, c'est favoriser la trésorerie des librairies et leur permettre d'être capables de continuer à travailler. Ça, ce sont des mesures qui se font avec le milieu bancaire. Donc, il y a le prêt garanti par l’État, mais il faut que l'ensemble du système bancaire soutienne les librairies encore pendant de nombreux mois. Et puis, ce que nous avons perdu en chiffre d'affaires pendant deux mois, ça a généré des pertes en termes de résultat.

Quand vous perdez de l’argent pendant deux mois, il faut des années et des années pour compenser ça.Matthieu de Montchalin, libraireà franceinfo

L'ensemble de la filière du livre demande aux pouvoirs publics de prêter attention à ça et de mettre en place un système au moins de prêt à taux zéro, peut-être de subventions, pour nous aider à passer le cap.

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