Coronavirus : Yannick Jadot appelle Sanofi à "se mettre au service de la santé des Français et des Européens"

Le député européen EELV Yannick Jadot. 
Le député européen EELV Yannick Jadot.  (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / FRANCE-INFO)

L'eurodéputé EELV affirme sur franceinfo que le laboratoire français "doit assumer ses responsabilités" et qu'il ne doit pas simplement suivre ses intérêts financiers.

L'eurodéputé écologiste Yannick Jadot, invité de franceinfo jeudi 14 mai, a appelé le groupe français Sanofi à "assumer ses responsabilités" et à "se mettre au service de la santé des Français et des Européens, et pas simplement de ses intérêts financiers aux Etats-Unis", après les propos polémiques du directeur général du groupe, Paul Hudson, qui a affirmé que les Etats-Unis seraient servis "en premier" dans le cas où l’entreprise trouvait un vaccin contre le Covid-19.

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Des propos atténués par le directeur général de la branche française du même groupe, qui a affirmé sur franceinfo qu’un potentiel vaccin serait "accessible à tous". Sans parvenir à rassurer Yannick Jadot, qui a sévèrement critiqué l’entreprise française. "Non, je ne suis pas rassuré qu'un groupe français qui bénéficie de toutes les infrastructures publiques en France, qui bénéficie de fonds publics régulièrement, notamment le crédit impôt recherche, puisse favoriser comme ça un débouché américain", a déclaré Yannick Jadot.

C'est faux de dire qu'il y en aura pour tout le monde. Evidemment qu'il va y avoir une file d'attente !Yannick Jadotà franceinfo

L’eurodéputé écologiste a appelé la France à hausser le ton, en citant l’exemple récente de l’Allemagne, opposée à un bras de fer avec le président américain Donald Trump, sur cette question cruciale d’un éventuel vaccin. "En Allemagne, dans des conditions assez un peu différentes, vous vous souvenez, de Donald Trump, qui voulait récupérer le vaccin produit par une firme allemande. Le gouvernement allemand s'y était fermement opposé. C'était une bonne nouvelle", a jugé Yannick Jadot, citant ensuite l’exemple du groupe français BioMérieux "et de ses tests eux aussi destinés au ministère américain de la Défense".

Une façon de se vendre au plus offrant, en résumé, qui conforte l’écologiste dans ses prises de position. "Ça nous confirme absolument dans le combat que nous menons au niveau français, au niveau européen, sur l'enjeu de la souveraineté en matière de santé, sur la responsabilité des groupes installés en Europe, en France, qui bénéficient de subventions publiques et qui doivent servir l'intérêt général, servir l'Europe, servir la santé des Français et des Européens", a-t-il résumé.

Le gouvernement a "absolument" son mot à dire

Selon Yannick Jadot, le fait que Sanofi ait touché 150 millions par an ces dernières années dans le cadre de crédit d’impôt recherche en France fait que notre pays a "absolument" son mot à dire dans les choix de l’entreprise. "On ne peut pas mettre à l'arrêt l’économie, se retrouver dans une situation sociale absolument dramatique et qui va s'aggraver et considérer qu'un moment, la propriété privée définit tout, notamment lorsqu'il s'agit de santé. Sanofi doit assumer ses responsabilités et effectivement, se mettre au service de la santé des Français et des Européens, et pas simplement de ses intérêts financiers aux Etats-Unis", a dit Yannick Jadot.

Convaincu, sur la question du vaccin, qu’il y aura "forcément des files d’attentes", car l’industrie pharmaceutique "ne va pas produire immédiatement 7 milliards et demi de vaccins", l’eurodéputé écologiste a appelé l’Europe à faire pression sur ces groupes en changeant les règles des marchés publics. "Je me bats au niveau européen pour changer les marchés publics, pour qu'on ait un 'Buy European Act', c'est-à-dire que, à travers nos marchés publics, auxquels répondent notamment les groupes pharmaceutiques, on puisse privilégier des groupes européens. Donc, il faut utiliser tous les instruments non pas pour en permanence contraindre les groupes économiques, mais pour que l'organisation et l'écosystème de la santé entre décision publique et les groupes privés, tout cela favorise l'intérêt général de la santé et non pas les intérêts financiers des groupes, notamment quand ils touchent des fonds public", a insisté l'eurodéputé.

"Vous verrez qu'aux Etats-Unis, si c'est un groupe américain qui trouve le vaccin, les Américains seront servis les premiers", a prédit Yannick Jadot, appelant l’Union européenne à plus d’indépendance en la matière. "C'est un déficit majeur qu'on constate dans cette crise. Et donc, il va falloir que l'Europe se dote d'une souveraineté en matière de médicaments, en matière de matériel de santé et arrête de dépendre des Chinois, des Indiens ou des Américains. C'est un enjeu de souveraineté", a-t-il conclu.

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