Coronavirus : quatre questions sur les 34 cas de Covid-19 détectés dans un abattoir du Loiret

Des carcasses dans un abattoir, en juillet 2018. (Photo d\'illustration)
Des carcasses dans un abattoir, en juillet 2018. (Photo d'illustration) (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Les 400 salariés de l'abattoir de Fleury-les-Aubrais, près d'Orléans, subiront un dépistage d'ici mardi, a annoncé dimanche l'Agence régionale de santé. Toutes les personnes infectées et les cas contacts seront placés en quatorzaine. 

C'est le troisième abattoir touché en un peu plus d'une semaine. Après la Bretagne et la Vendée, un nouveau "cluster" de Covid-19 a été détecté dans un abattoir du Loiret, à Fleury-les-Aubrais, près d'Orléans. Au total, 34 personnes ont été contaminées. 

Pierre Pouessel, préfet du Loiret et de la région Centre-Val de Loire, a estimé lors d'une conférence de presse, dimanche 17 mai, qu'il s'agissait d'un "important cas groupé Covid", tout en précisant qu'il n'y avait "aucun grave à ce stade"Voici ce que l'on sait sur ce nouveau foyer de contamination.

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1Combien de cas ont été confirmés ?

Au départ, trois cas de contamination au Covid-19 ont été signalés chez des prestataires de cet abattoir. Ce signalement a été effectué par l'application Contact Covid, renseignée par les médecins. Les autorités de santé ont alors été alertées et une équipe de dépistage de l'Agence régionale de santé (ARS) et du CHR d'Orléans s'est rendue sur le site vendredi.

Une première vague de tests a permis de détecter 12 malades au sein de Tradival et de deux sociétés prestataires auxquelles l'abattoir a recours. Une opération de dépistage plus vaste a ensuite été lancée sur 84 personnes travaillant à l'abattoir : 22 cas supplémentaires ont alors été détectés. Soit 34 personnes contaminées au total mais aucun "cas grave" parmi elles, a indiqué le directeur général de l'ARS Centre-Val de Loire, Laurent Habert, en conférence de presse dimanche. 

Ces salariés sont "majoritairement résidents du Loiret, et plus particulièrement des environs d'Orléans", précise France 3 Centre-Val de Loire. L'Assurance-maladie doit désormais tracer toutes les personnes ayant pu entrer en contact avec les personnes infectées. Cette tâche devrait être terminée dès dimanche soir pour les 34 cas recensés, a fait savoir Stéphanie Astier Parigino, directrice adjointe de la CPAM du Loiret, en conférence de presse dimanche. Elle estime "entre 10 et 15 cas contacts par personne infectée". Soit déjà plus de 300 personnes, qui se verront placées en quatorzaine, tout comme les cas confirmés. Le but étant d'éviter que le virus ne se propage davantage. 

2Que va-t-il se passer pour les salariés de l'abattoir ?

L'ensemble des 400 salariés de Tradival vont être dépistés d'ici mardi. Ce dépistage, qualifié "d'assez considérable", organisé grâce aux unités mobiles du CHR d'Orléans, "va permettre de faire un état des lieux exhaustif et précis de la présence et de la circulation du virus au sein de l'entreprise", a déclaré le directeur général de l'ARS Centre-Val de Loire. Dimanche matin, une quarantaine d'employés ont déjà été testés et les résultats devraient être connus dans la soirée ou lundi matin. 

Interrogé afin de savoir s'il s'agit d'un "cluster" semblable à celui de Mulhouse (Haut-Rhin), le préfet s'est voulu rassurant, affirmant que "la grande différence est qu'il y a des tests systématiques et que tout l'objectif est de casser la chaîne". Il faudra notamment voir si, parmi les cas contacts, se trouvent des enfants scolarisés dans les écoles voisines. La maire de Fleury-les-Aubrais décidera, en fonction des résultats, s'il faut les fermer. 

En attendant la fin de ces investigations sanitaires, menées par l'ARS et par les équipes du centre hospitalier d'Orléans, l'abattoir a été fermé par arrêté préfectoral. "Si les conditions sanitaires sont respectées, le travail devrait reprendre lundi 25 mai", a précisé le préfet de région, Pierre Pouessël. 

3Y a-t-il un danger pour les personnes ayant mangé de la viande provenant de cet abattoir ?

 Marie-Agnès Linguet, maire de Fleury-les-Aubrais, a voulu rassurer : "On doit mettre fin à certaines rumeurs. J'ai entendu que des gens voulaient jeter leur viande ou leur pâté. Sachons raison garder." Le directeur général de l'ARS Centre-Val de Loire ne témoigne lui "d'aucune alerte sur la contamination par les produits carnés. On est sur de la contamination directe entre humains". Il n'y a donc pas de danger pour les consommateurs. 

4Comment expliquer qu'il y ait eu autant de cas ?

 Depuis le début de la pandémie de coronavirus, les abattoirs sont particulièrement touchés. En France, au moins 20 cas ont été recensés dans des abattoirs des Côtes-d'Armor et du Morbihan, indique France 3 Bretagne, et 11 cas ont été détectés dans un abattoir de volailles, en Vendée. 

D'autres pays sont également touchés, comme l'Allemagne, où "des centaines de cas avérés de contamination au Covid-19" ont été déclarés dans des abattoirs du nord et de l'ouest du pays, relève Courrier international, qui relaie le média Die Tageszeitung. Même constat aux Etats-Unis, où plusieurs sites ont dû fermer leurs portes ces dernières semaines face à la propagation du virus parmi leurs salariés. 

Plusieurs pistes d'explications peuvent être avancées. Dans le cas de l'abattoir de Fleury-les-Aubrais, la promiscuité entre les salariés est l'une d'entre elles. "Au niveau des placards, quand on va se changer, il n'y a pas tellement de place", témoigne un salarié interrogé par France 2. A ce sujet, Laurent Habert a indiqué ne pas avoir de "réponse explicite. Mais peut-être que les conditions générales de travail de ce type d'établissements favorisent la propagation", a-t-il avancé. 

Par ailleurs, l'abattoir Tradival de Fleury-les-Aubrais "se caractérise par son obsolescense", a expliqué le préfet Pierre Pouessël. L'établissement avait déjà fait parler de lui fin novembre, après la découverte de huit cas de listériose sur des personnes ayant consommé de la langue de porc en gelée fabriquée par l'atelier. Après inspection, les services de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) avaient conclu à une "insuffisance de maîtrise sanitaire dans le processus de fabrication" et leur avaient retiré l'agrément sanitaire, expliquait alors France 3 Centre-Val de LoireL'unité de transformation de Tradival est donc fermée depuis fin novembre 2019. Toutefois, à l'heure actuelle, rien ne permet de dire si "l'obsolescence" des locaux est en partie responsable de la contamination des salariés de l'entreprise.

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