Coronavirus : quatre questions sur la chloroquine, le médicament qui suscite l'espoir de certains chercheurs

Un médecin liste les traitements administrés à des patients atteints du nouveau coronavirus Covid-19, dans un hôpital de Jiangxi (Chine), le 18 février 2020. 
Un médecin liste les traitements administrés à des patients atteints du nouveau coronavirus Covid-19, dans un hôpital de Jiangxi (Chine), le 18 février 2020.  (HU CHENHUAN / XINHUA / AFP)

Si les premiers tests cliniques réalisés en Chine sont prometteurs, il est trop tôt pour affirmer que cet antipaludique est l'option la plus efficace pour lutter contre le coronavirus.  

Partout dans le monde, les blouses blanches planchent sur un traitement qui mettrait fin à l'épidémie de coronavirus. Mardi 25 février, le directeur de l'Institut Méditerranée Infection, à Marseille, Didier Raoult, a suscité l'espoir en publiant une vidéo vantant les capacités de la chloroquine.

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Mais l'enthousiasme de ce professeur de microbiologie, qui évoque le traitement "probablement le plus simple pour traiter le coronavirus", a provoqué des réactions mitigées. Afin d'y voir plus clair, franceinfo s'est penché sur ce médicament qui fait l'actualité.

1Qu'est-ce que la chloroquine ? 

La chloroquine est une substance de la famille des amino-4-quinoléines, utilisée pour combattre le paludisme, les cas de polyarthrites rhumatoïdes, de lupus érythémateux, de lupus systémiques et de lucites. "Elle exerce une action essentiellement schizontocide sur les formes érythrocytaires des plasmodium", détaille sa fiche sur le site du dictionnaire des médicaments Vidal. En d'autres termes, son action permet de tuer les schizontes, les organismes unicellulaires responsables du paludisme. 

Les médicaments Nivaquine et Savarine ont ainsi très largement été prescrits de manière curative mais aussi préventive, jusqu'à ce qu'une forme résistante du paludisme ne vienne saper son efficacité. "La chloroquine, autrefois largement utilisée [comme antipaludique], est désormais dénuée d'efficacité presque partout dans le monde", déplorait l'OMS en 2006. "Entre 1999 et 2004, on a donné de la chloroquine à 95% des petits Africains souffrant de paludisme, alors même que le médicament ne guérit plus que la moitié des cas de paludisme dans de nombreux pays", indiquait l'organisation.  

2Que sait-on de son efficacité contre le coronavirus ?   

Pour l'instant, pas grand-chose. Toutefois, la chloroquine n'a pas été choisie au hasard. En 2005, elle avait déjà fait ses preuves in vitro contre le Sras*, ainsi qu'en 2013 contre le virus H5N1, cette fois dans le cadre de tests réalisés sur des modèles animaux de la maladie*. Le 4 février, des chercheurs du laboratoire de virologie de Wuhan et de l'institut de pharmacologie et de toxicologie de Pékin ont à leur tour publié des résultats in vitro encourageants dans la revue Nature*, cette fois contre la nouvelle forme de coronavirus. Leurs travaux ont porté sur le remdesivir, un antiviral développé par le laboratoire Gilead avec l'objectif de traiter le virus Ebola, et sur la chloroquine. "Nous avons constaté que le remdesivir et la chloroquine sont très efficaces pour contrôler l'infection in vitro", écrivent-ils, invitant les experts à approfondir la piste de ces deux molécules.  

Car pour déterminer l'efficacité d'un médicament, il faut évidemment procéder à des essais cliniques réalisés sur des humains. Ainsi, au même titre que les corticoïdes – des hormones stéroïdiennes parfois prescrites pour traiter des maladies pulmonaires ou rhumatologiques – ou de plusieurs antiviraux utilisés dans la prise en charge d'infections par le VIH, la chloroquine est administrée à des patients dans le cadre de tests, a rapporté dès le 17 février le site de l'OMS*. Seuls ces essais cliniques pourront déterminer l'efficacité de la chloroquine pour lutter contre la pneumonie causée par le coronavirus Covid-19. 

3Pourquoi suscite-t-elle tant d'espoir ? 

Alors que le coronavirus continue à se propager en dehors des frontières de la Chine, la publication, le 19 février, de résultats d'essais cliniques menés sur 100 personnes réparties dans dix hôpitaux chinois a suffi à susciter l'espoir de certains spécialistes. Trois chercheurs de l'école de pharmacie de l'université et de l'hôpital de Qingdao y assurent avoir mesuré "l'efficacité de la chloroquine sur le traitement de pneumonies associées au Covid-19".

"Les résultats obtenus jusqu'à présent sur plus de 100 patients ont démontré que le phosphate de chloroquine était plus efficace que le traitement reçu par le groupe comparatif pour contenir l'évolution de la pneumonie, pour améliorer l'état des poumons, pour que le patient redevienne négatif au virus et pour raccourcir la durée de la maladie", écrivent les chercheurs chinois dans cette lettre publiée sur le site de la revue BioScience Trends*"Les capacités antivirales et anti-inflammatoires de la chloroquine pourraient jouer dans son efficacité potentielle à traiter des patients atteints de pneumonies provoquées par le Covid-19", poursuit l'article. 

Le lendemain, le Journal chinois de la tuberculose et des maladies respiratoires publie un article* qui préconise l'administration de 500 mg de chloroquine deux fois par jour pendant dix jours pour les patients infectés par le coronavirus. 

Le microbiologiste Didier Raoult estime que cette évaluation clinique permettait de confirmer l'efficacité de la chloroquine contre le Covid-2019. "On attendait qu'il y ait des essais cliniques qui rapportent l'efficacité que l'on préjugeait. Maintenant, c'est fait. On a tous les éléments. Il y aura peut-être des ajustements sur la dose qu'il faut donner et le temps pendant lequel il faut administrer le médicament", a déclaré sur franceinfo, mardi, ce spécialiste renommé des maladies infectieuses. Et de s'enthousiasmer : "C'est probablement le traitement le moins cher et le plus simple pour traiter le coronavirus."

4Pourquoi faut-il relativiser ces résultats ? 

Assurer que la chloroquine constitue la meilleure solution contre le coronavirus reste prématuré. Ainsi, l'OMS ne s'est pas encore prononcée sur l'efficacité de cette molécule. Lundi, lors d'une conférence de presse donnée depuis Pékin, l'assistant directeur-général de l'organisation, Bruce Aylward, a même mis en lumière cet autre médicament prometteur, le remdesivir. "Il n'y a qu'un médicament dont nous pensons, à ce jour, qu'il a eu une réelle efficacité [pour traiter le coronavirus], c'est le remdesivir", a-t-il déclaré. Des essais cliniques utilisant cet antiviral sont en cours et leurs résultats devraient être connus dans les semaines qui viennent, poursuit CNN*. L'un de ces essais est mené dans le Nebraska, détaille le site des Instituts nationaux de la santé* américain. 

Interrogé sur BFMTV depuis Rome sur la chloroquine, le ministre de la Santé français, Olivier Véran, a lui aussi joué la carte de la prudence. Il a assuré s'être entretenu à plusieurs reprises avec Didier Raoult. "Il m'a fait part de ses observations et des études qu'il mettait en évidence, que j'ai fait remonter à la Direction générale de la santé, qui est en train de faire toutes les analyses, a déclaré le ministre. On sait qu'il y a des études intéressantes en effet sur un impact in vitro, mais les études sur le patient restent encore à déterminer."

Ainsi, le message de l'OMS à la population reste inchangé. L'organisation conseille de se laver fréquemment les mains (avec une solution hydroalcoolique ou à l’eau et au savon), de respecter les règles d’hygiène respiratoire (en se couvrant la bouche et le nez avec le pli du coude ou avec un mouchoir en cas de toux ou d’éternuement), d'éviter les contacts proches (notamment avec les personnes malades) ou encore d'éviter de se toucher les yeux, le nez et la bouche et ce, afin d'éviter la propagation de la maladie. Car, à ce jour, la meilleure façon de lutter contre l'épidémie est encore de ne pas transmettre le virus.  

* Les liens suivis d'un astérisque sont en anglais.

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