Coronavirus : pourquoi la désinfection des rues fait-elle débat ?

Des agents de service de la ville de Nice (Alpes-Maritime) nettoient les rues en pulvérisant du désinfectant, le 26 mars 2020.
Des agents de service de la ville de Nice (Alpes-Maritime) nettoient les rues en pulvérisant du désinfectant, le 26 mars 2020. (CYRIL DODERGNY / MAXPPP)

En l’absence de consigne nationale, de plus en plus de villes désinfectent leurs rues pour freiner la propagation du Covid-19. Une initiative qui divise et qui comporte des risques.

Nice, Cannes, Reims, Suresnes, Asnières-sur-Seine, une partie de la métropole de Marseille… la liste s’allonge de jour en jour. Dans une France confinée à cause de la pandémie de coronavirus, certaines villes ont décidé de désinfecter l’espace public sans attendre de consignes nationales. Toutefois, la démarche est loin de faire l’unanimité. La Cellule du vrai du faux vous explique.

Parce que son efficacité n’est pas prouvée

Aucune recommandation officielle n’a encore été donnée en ce sens par les autorités sanitaires. Saisie par le ministère de la Santé, jeudi 26 mars, le Haut Conseil de la santé publique, une instance consultative, doit justement rendre dans les prochains jours un avis sur l’efficacité de ces mesures. Contacté, le territoire Marseille-Provence, qui regroupe 18 communes, dont la cité phocéenne, explique que la désinfection qu’il met en place "est préventive et a vocation à compléter le respect des gestes barrière par l’ensemble de la population". Il explique ne pas avoir reçu de consignes sanitaires, mais se tient prêt à adapter sa méthode en fonction de la réponse du Haut Conseil. De son côté, l’Agence régionale de santé (ARS) de Provence-Alpes-Côte-d’Azur indique à franceinfo que "l’efficacité de la désinfection systématique des rues pour lutter contre la propagation du virus n’est pas démontrée". Cette position pourra évoluer avec l’avis du Haut Conseil.

Parce qu’elle peut avoir des effets nocifs

La désinfection des rues soulève également des questions d’ordre environnemental, voire sanitaire. En l’absence de directive nationale, chaque commune est libre d’utiliser sa propre solution de désinfection, qu’elle soit par exemple à base de javel ou d’un autre produit. Contactée par franceinfo, la mairie de Metz répond non seulement que la désinfection de l’espace public "n'a pas démontré scientifiquement son efficacité", mais que "l'utilisation de produits de désinfection type javel, même diluée, constitue un risque pour les riverains et les animaux domestiques, une pollution des sols non négligeable". Elle a donc décidé d’attendre les prochaines recommandations officielles. Également contactée, la Direction générale de la santé (DGS) précise par ailleurs que "de grandes quantités d'alcool et de désinfectant inhalés peuvent avoir des effets secondaires non négligeables pour les populations".

Parce qu’elle a déjà été déconseillée localement

Plusieurs villes ont envisagé de désinfecter leurs rues, avant de faire marche arrière. Le maire de Bordeaux, Nicolas Florian, avait demandé l'avis de l'Agence régionale de santé (ARS) "pour utiliser des désinfectants dans les zones proches des grandes surfaces", avait-il expliqué lors d'un point presse, vendredi 27 mars. L'autorité sanitaire, par la voix de son directeur Daniel Habold, lui a donné une réponse défavorable, en expliquant que ce n’est "pas une nécessité de santé publique, en dehors du nettoyage conventionnel". Un avis partagé par la préfecture de Gironde et Nouvelle-Aquitaine. La préfète Fabienne Buccio a rappelé, lors d'une audioconférence de presse lundi 30 mars, que "nettoyer à la javel ou autre quand ce n'est pas utile, c'est plus toxique pour la nature et pour les personnes qui inhaleraient les relents de ces produits". La ville de Nancy, qui étudiait aussi la possibilité d’une désinfection de l’espace public, y a finalement renoncé après un avis défavorable de l’ARS.

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