Coronavirus : les formes graves de Covid-19 sont-elles liées à une forte charge virale ? Il est encore trop tôt pour l'affirmer

Devant l\'hôpital Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 18 mars 2020.
Devant l'hôpital Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 18 mars 2020. (BENOIT DURAND / HANS LUCAS / AFP)

Des scientifiques insistent sur l'importance de la charge virale dans le développement de symptômes aigus liés au Covid-19. D'autres invitent à rester mesurés : il est trop tôt pour tirer des conclusions, selon eux.

Plus l'exposition au nouveau coronavirus serait importante, plus le risque de développer une forme sévère du Covid-19 serait élevé : c'est ce que suggèrent les résultats d'une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet (en anglais), jeudi 19 mars. Une équipe de chercheurs chinois arrive à cette conclusion après avoir étudié 76 patients admis à l'hôpital universitaire de Nanchang (Chine) entre le 21 janvier et le 4 février 2020.

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Les malades étudiés ont été classés en deux catégories : 46 d'entre eux (61%) considérés comme des cas "bénins" d'un côté et les 30 autres (39%) comme des cas "sévères". Ces derniers sont plus âgés que ceux du premier groupe, mais aucun autre paramètre ne distingue les deux ensembles, précisent les auteurs de l'article. Or, les chercheurs ont relevé que "la charge virale moyenne des cas graves était environ 60 fois plus élevée que celle des cas bénins". La charge virale correspond, pour résumer, à la quantité de virus présent dans un échantillon prélevé sur un patient (sang, salive ou autres sécrétions).

L'exemple du VIH

Pour les auteurs de l'étude, cette donnée "suggère que des charges virales plus élevées pourraient être associées à des résultats cliniques graves". "Nos données nous apprennent que, comme lors de l'épidémie de Sras en 2002-2003, les cas de patients sévèrement atteints de Covid-19 ont tendance à avoir une charge virale élevée et une longue période d'élimination du virus", poursuivent-ils. Et de conclure : "Cette découverte suggère que la charge virale pourrait être un marqueur utile pour évaluer la gravité et le pronostic de la maladie."

C'est aussi le pari du professeur Didier Raoult, directeur de l'IHU de Marseille et membre du conseil scientifique chargé d'éclairer l'exécutif sur la gestion de l'épidémie. C'est la raison pour laquelle il défend l'utilisation d'un traitement à l'hydroxychloroquine qui permettrait de réduire la charge virale, centrale, selon lui, dans la lutte contre le Covid-19. "Comment a été maîtrisé le sida ? Ce n'est ni par les vaccins ni par les modèles mathématiques. On regarde, avec le traitement, que la charge virale diminue et, quand elle est en dessous d'un certain seuil, les gens ne sont plus contagieux et ne sont plus malades", explique-t-il dans une vidéo de 18 minutes, mise en ligne le 17 mars.

"Tout dépend de ce qu'on appelle charge virale"

Des charges virales élevées pourraient-elles expliquer le bilan terrifiant dans les "clusters", en Lombardie (Italie), par exemple, ou dans l'Est de la France ? "On n'est pas capable de le dire à l'heure actuelle", tempère Alexandre Bleibtreu, infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, contacté par franceinfo.

"Tout dépend de ce qu'on appelle charge virale", estime tout d'abord l'infectiologue, avant de reprendre l'exemple du VIH. Lorsqu'on parle de la charge virale du VIH, il s'agit de la quantité de virus présent dans le sang d'un patient. Pour le Covid-19, c'est différent. Les tests de détection ne sont pas réalisés sur des échantillons de sang, mais sur des prélèvements de sécrétions dans le rhinopharynx, la zone qui se trouve derrière le nez, au-dessus du fond du palais. Le génome du virus est alors recherché dans ces prélèvements, comme le décrit Sciences et Avenir. Or, "un même patient peut être à la fois positif et négatif" au Covid-19, selon la technique de prélèvement utilisée, explique Alexandre Bleibtreu. Exemple : un patient testé au début de la maladie est considéré comme infecté, après des prélèvements nasopharyngés. Il développe ensuite une infection dans les poumons. S'il est à nouveau testé sur des prélèvements nasopharyngés, il peut être négatif. En revanche, des prélèvements effectués dans les poumons pourront être positifs.

Pour l'infectiologue de la Pitié-Salpêtrière, c'est parce que le Covid-19 comporte deux phases : "De J1 à J7, c'est la phase virologique : les dégâts dans le corps sont créés par le virus. De J7 à J14, c'est la phase immunologique : les dégâts dans le corps se déclenchent à la suite de l'emballement du système immunitaire." Certains patients meurent alors qu'ils sont testés négativement au Covid-19, constate Alexandre Bleibtreu.

"On ne sait pas grand-chose"

"On soigne des gens, pas des résultats biologiques", rappelle Alexandre Bleibtreu, qui observe que "la charge virale constitue un signal d'alerte, mais pas l'alpha et l'oméga de la prise en charge des malades". "Plus la charge virale est élevée, plus on contamine", reconnaît-il. C'est logique, parce que "le virus est projeté vers l'extérieur". "Quelqu'un qui tousse beaucoup a plus de chance de contaminer d'autres personnes que quelqu'un qui ne tousse pas." D'autant plus si cette personne a davantage de virus dans le corps.

Néanmoins, l'infectiologue souligne que cette observation logique n'est pas démontrée scientifiquement. Les effets des charges virales du coronavirus sont encore trop peu connues. Une autre étude, menée cette fois par l'université privée Cornell (en anglais) aux Etats-Unis, sur des prélèvements nasopharyngés originaires de Lombardie, ne révèle "aucune différence significative entre les charges virales des personnes qui présentent des symptômes et ceux qui n'en présentent pas". Pour Alexandre Bleibtreu il n'y a donc "pas de données suffisantes sur ce point aujourd'hui". "Il faut rester mesuré, car on ne sait pas grand-chose pour le moment", insiste-t-il.

La sélection de franceinfo sur le coronavirus

• Eclairage. Quatre questions sur la chloroquine, présentée par le professeur Raoult comme la meilleure arme contre le coronavirus

•Synthèse. Plus on est exposé, plus on risque de développer une forme sévère du Covid-19 ? Il est trop tôt pour l'affirmer

• Infographies. Cas confirmés, mortalité, localisation... L'évolution de l'épidémie en France et en Europe

• Témoignages. "Un déchirement de vivre cet instant à distance" : face au confinement, les funérailles et le deuil chamboulés

• Vidéo. Les quatre gestes simples à adopter pour se protéger et éviter la propagation

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