Coronavirus : "On a du stock" de respirateurs, mais "ce stock est tendu", explique la Société française d’anesthésie et de réanimation

Une anesthésiste désinfecte du matériel médical qui a servi à amener six malades du coronavirus à l\'hôpital de Brest, le 24 mars 2020.
Une anesthésiste désinfecte du matériel médical qui a servi à amener six malades du coronavirus à l'hôpital de Brest, le 24 mars 2020. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

"Très probablement pour la semaine qui vient et celle d'après, ça devrait passer. Plus loin, c'est difficile de voir", explique l'anesthésiste.

"On a du stock, après ce stock est tendu. On ne pouvait pas mettre 10 000 ventilateurs en stock", affirme mercredi 25 mars sur franceinfo le professeur Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur à la Pitié-Salpêtrière et secrétaire général adjoint de la société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR). Pour lui, il n’aurait servi à rien de stocker des ventilateurs car ils seraient obsolètes aujourd’hui. Il estime et espère qu’il n’y aura pas de pénurie de respirateurs dans les deux prochaines semaines.

Franceinfo : Est-ce qu'il faut craindre dans le pays, dans les prochains jours, une pénurie de respirateurs ?

Jean-Michel Constantin : Pour le moment, on a un ventilateur ou un respirateur en face de chaque lit de réanimation, de chaque lit qu’on a transformé en réanimation. On a un peu de flou, on ne sait pas exactement où en est ce nombre. On a également tous les ventilateurs qui sont dans les salles de bloc opératoire avec lesquelles on peut ventiler. On peut les récupérer. On a les ventilateurs transport du risque NRBC [nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique]. On a du stock, après ce stock est tendu.

On ne sait pas jusqu'où il va falloir ouvrir des lits de réanimation. S’il faut continuer, on va manquer de ventilateurs, donc on utilisera ceux des blocs opératoires.Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur à la Pitié-Salpêtrièreà franceinfo

Après, je sais que l’AP-HP a commandé 180 ventilateurs, mais qui ne sont pas livrés tout de suite. Chaque pays essaie de garder ses ventilateurs. Pour le moment on n’a pas de manque. Très probablement pour la semaine qui vient et celle d'après, ça devrait passer. Plus loin, c'est difficile de voir.

Est-ce que les stocks étaient suffisants, est-ce qu'on a bien prévu, y compris l'éventualité de la situation sanitaire telle que nous la connaissons ?

Il y a des stocks de ventilateurs pour les afflux massifs de patients. Il y avait des stocks de ventilateurs pour les risques nucléaires, bactériologiques et chimiques. La situation que nous vivons aujourd'hui est totalement irréelle, elle était imprévisible. On ne pouvait mettre 10 000 ventilateur en stock comme ça, ça coûte cher. C'est de la technologie, c'est périssable. Donc, on a un stock de ventilateurs. Il est possible, mais j'espère que non, qu'ils ne soit pas suffisant. Si on avait eu un stock de ventilateurs plus important, il serait obsolète. On ne peut que réagir. Je crois qu'on ne pouvait pas prévoir.

Est ce qu'il faut aujourd'hui imaginer d'autres solutions, ou bien est ce qu’on a quelques semaines ou on va pouvoir gérer  ?

Il faut imaginer. On est dans une stratégie où il faut inventer pour s'adapter.

Je suis contacté par des tonnes d'inventeurs qui ont des idées. Il y en a beaucoup qui n'aboutiront pas. Mais il faut repenser le système pour pouvoir s'adapter.Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur à la Pitié-Salpêtrièreà franceinfo

On aura sûrement des choses qui vont aboutir dans les jours qui viennent. On n'a pas le choix, donc il faut se réinventer. On en est complètement obligé de fonctionner comme ça. On n'a pas le choix. Mais si vous regardez depuis la nuit des temps tous les animaux qui ne se sont pas adaptés ont disparu. Je crois en la capacité d'adaptation de l'homme.

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