Coronavirus : "Nous sommes au bout de nos capacités d’hospitalisation", annonce le directeur de l'ARS d'Île-de-France

La réception des patients Covid-19 à l\'entrée des urgences de l\'hôpital Henri Mondor de Créteil (Val-de-Marne), le 30 mars 2020. 
La réception des patients Covid-19 à l'entrée des urgences de l'hôpital Henri Mondor de Créteil (Val-de-Marne), le 30 mars 2020.  (BERTRAND GUAY / AFP)

Aurélien Rousseau, directeur de l'Agence régionale de santé d'Île-de-France, affirme que le nombre de lits de réanimation a été multiplié par 2,5 en région parisienne. Il mise désormais sur le transfert de malades vers des régions moins touchées par le Covid-19, et la venue de soignants d'autres régions en Île-de-France. 

La France a connu mardi 31 mars son pire bilan quotidien depuis le début de l'épidémie de coronavirus, avec 499 morts à l'hôpital. "Nous avons passé une nuit extrêmement difficile, nous sommes au bout de nos capacités d’hospitalisation", a déclaré Aurélien Rousseau, directeur général de l'Agence régionale de santé d’Île-de-France, mercredi 1er avril, sur franceinfo. "En Île-de-France, il y a 1 200 lits de réanimation. À l’heure où je vous parle, on a 2 700 malades en réanimation", a-t-il indiqué.

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franceinfo. Les neufs plus grands hôpitaux européens, dont l'AP-HP, disent n'avoir plus qu'une semaine de stock de morphines et d'antibiotiques. Le risque est-il bien réel ?

Aurélien Rousseau. Le risque est réel, il grandit depuis plusieurs jours et il mobilise au plus haut niveau de l'État pour organiser la réponse collective. Une réponse nationale, vis-à-vis des laboratoires, dans une tension qui est partout dans le monde, partout en Europe. À court terme, d'ores et déjà, c'est la solidarité qui joue. Il y a des hôpitaux et cliniques qui ont plus de réserves que d'autres. Depuis une semaine, nous organisons des transferts pour qu'il n'y ait pas de rupture et pour que tous les malades qui nécessitent de la réanimation soient hospitalisés et, évidemment, bénéficient des médicaments qui leur sont nécessaires.

Le problème, c'est la tension globale sur ces molécules ciblées, notamment le curare. Et donc, nous devons identifier et trouver tous les stocks, et puis après assurer cette répartition en fonction de l'activité des hôpitaux, en fonction du nombre de malades en réanimation qu'ils s'accueillent.

Aujourd'hui, une quarantaine de patients d'Île-de-France vont être transportés vers la Bretagne en TGV médicalisé. Est-ce parce que les capacités d'accueil des hôpitaux franciliens sont désormais atteintes ?

Nous avons passé une nuit extrêmement difficile puisque nous sommes effectivement au bout de nos capacités d'hospitalisation. Je redonne un chiffre : en Île-de-France, il y a 1 200 lits de réanimation. À l'heure où je vous parle, on a 2 700 malades en réanimation. On a donc multiplié par presque deux et demi, depuis quelques semaines, le nombre de lits. Quand je dis ce "on", c'est un "on" qui signifie d'abord et avant tout les soignants qui sont au chevet des malades, qui font un boulot totalement extraordinaire, mais aussi les directeurs d'hôpitaux, les chefs de service qui se mobilisent pour cela. Et donc aujourd'hui, en effet, nous arrivons à la limite de nos capacités. On va encore ouvrir quelques dizaines de lits aujourd'hui. On espère pouvoir ouvrir encore dans les jours qui viennent, mais on active maintenant encore plus fortement le soutien et la solidarité des autres régions.

Déjà, une dizaine de patients sont partis ce weekend en Centre-Val de Loire. 36 partiront tout à l'heure en Bretagne et sans doute une centaine de plus à partir de ce soir ou demain matin vers les autres hôpitaux. Mais dans l'autre sens, notre objectif, c'est aussi d'ouvrir des lits. Et pour ça, on va faire venir des soignants d'autres régions. Parce que l'augmentation que nous avons mise en oeuvre en Île-de-France mobilise, sur-mobilise les soignants, donc on a fait appel à ce volontariat. Et aujourd'hui, on va aller chercher ces soignants partout en France pour les rapatrier en Île-de-France et pour qu'ils soient au chevet des malades.

Les hôpitaux privées se plaignent parfois d'être laissés de côté. Sont-ils aussi utilisés ?

Très clairement, l'hospitalisation privée est mobilisée à son maximum. Il y a une semaine, j'ai fixé un objectif à tous les acteurs publics, privés et privés-solidaires, je leur ai dit "il faut que nous parvenions à ouvrir 1 000 lits, on était à 1 200 malades du Covid-19 en réanimation, mercredi dernier, on sera ce soir à 2 200". Et cette ouverture de lits est permise par le public, par le privé et par le privé non lucratif. Ce sont eux tous qui se sont mobilisés.

Évidemment que s'il y avait encore des ressources, on les utiliserait. Cette nuit, la clinique de Parly 2 a encore ouvert deux lits. Chacun jette toutes ses forces dans cette bataille, on arrache les lits les uns après les autres. Et encore une fois, ce "on", c'est d'abord et avant tout les soignants qui font un boulot extraordinaire depuis plusieurs semaines.

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