Coronavirus : "Nous on ne demande pas de médaille, on demande juste des moyens pour faire notre travail", déclare le collectif inter-hôpitaux

Inscriptions sur les murs de l\'hopital Lariboisière, le 12 mai 2020. 
Inscriptions sur les murs de l'hopital Lariboisière, le 12 mai 2020.  (JOEL SAGET / AFP)

Pour le docteur Olivier Milleron, membre du collectif Inter-hôpitaux, ces annonces sont une provocation. "On demande une revalorisation des salaires, on ne veut pas de prime. Emmanuel Macron s'était engagé à ça, il doit le faire".

"Nous on ne demande pas de médaille. On a fait notre travail. On demande juste des moyens qu'on demande depuis plusieurs mois pour faire notre travail", rétorque sur franceinfo, docteur Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat, membre du collectif Inter-hôpitaux. Le gouvernement envisage de décerner une médaille aux personnels soignants qui ont fait face dans les hôpitaux à la crise du Covid-19. "Le 14 juillet, c'est un défilé militaire, qu'est-ce qu'on va y faire ?". 

"On va défiler avec les sacs poubelle qu'on a été obligés de mettre dans les services parce qu'on n'avait pas de protection, et qu'on n'a pas été capable de nous en donner ?", s'interroge le médecin. "Pour nous, ces annonces sont une provocation", car "on demande une revalorisation des salaires, on ne veut pas de prime. C'est obligatoire. Emmanuel Macron s'était engagé à ça, il doit le faire", insiste-t-il.

franceinfo : Une médaille, la légion d'honneur pour les soignants qui se sont dévoués pendant la crise du Covid-19, vous en pensez quoi ?

Olivier Milleron : La reconnaissance de la nation est importante. Mais ça fait plusieurs fois que, dans les discours, il y a cette reconnaissance. Maintenant, il faut passer à autre chose. Nous on ne demande pas de médaille. On a fait notre travail. On demande juste des moyens qu'on demande depuis plusieurs mois pour faire notre travail. Pour nous, ces annonces sont une provocation. Le 14 juillet, c'est un défilé militaire, qu'est-ce qu'on va y faire ? On va défiler avec les sacs poubelle qu'on a été obligés de mettre dans les services parce qu'on n'avait pas de protection, et qu'on n'a pas été capable de nous en donner. Ça n'a pas beaucoup de sens, dans la rhétorique martiale qu'avait utilisée Emmanuel Macron. Il y a des mobilisations depuis plusieurs mois dans les hôpitaux. On demande clairement une revalorisation des salaires, on ne veut pas de prime. C'est obligatoire. Emmanuel Macron s'était engagé à ça, il doit le faire. On veut une modification du mode de financement de l'hôpital qui a conduit au fait qu'il y a 60% des hôpitaux qui sont en déficit. Il faut changer la tarification à l'activité. Il faut changer la gouvernance dans les hôpitaux. Ce qui a marché dans la lutte contre le Covid-19, c'est que le personnel s'est organisé. Et quand l'information part des gens qui sont sur le terrain vers les autres, ça marche très bien. Il ne faut pas revenir à l'hôpital d'avant, bureaucratique, où on nous explique qu'il faut remplir des tableaux Excel, faire de l'activité et du profit. Ce n'est pas possible.

Cette prise de conscience n'est pas encore là. Il n'y a pas un changement de perspective dans l'hôpital ?

On a l'impression qu'il n'y a pas du tout de connaissances quand on entend qu'on va demander à d'autres salariés de nous donner des jours de RTT pour prendre des vacances. Le problème c'est qu'il n'y a pas assez de personnel dans les hôpitaux. On n'arrive pas à recruter parce que les gens ne sont pas assez bien payés. Le problème n'est pas de prendre des vacances, mais c'est de savoir s'il y aura du personnel dans les hôpitaux pour les faire tourner cet été. On va essayer de garder plus de lits ouverts dans l'éventualité d'une nouvelle vague de Covid-19, on est très vigilants là-dessus, mais avec quel personnel ? De toute façon, on peut nous donner toutes les RTT que l'on veut, on ne pourra pas prendre de vacances.

Y-a-t-il des soignants qui se sont découragés et qui ont jeté l'éponge après avoir traversé cette crise ?

Le problème, c'est qu'il y en avait déjà beaucoup qui partaient et qui disaient que c'était difficile de travailler dans ce système-là où on se sentait complètement abandonnés. Là, on a connu un épisode très difficile, les soignants se sont mobilisés, ils ont beaucoup donné. Il y a eu des mots qui ne sont pas suivis d'effet. Il y a les engagements d'Emmanuel Macron à Mulhouse qui a dit qu'on allait réinvestir massivement, qu'il y avait des choses qui n'étaient pas dans le marché, qu'on devait reconnaître la valeur sociale de certains métiers, qu'il fallait accorder des augmentations de salaires. Il n'y a que ça qui peut marcher. Les médailles, le 14 juillet, pourquoi pas, mais il faut que ça vienne en plus des engagements qu'il avait pris.

Que cherche à faire le gouvernement ?

C'est une façon de faire de la communication. Une infirmière demande juste à pouvoir se loger près de l'hôpital et à ne pas être à une heure de son travail dans les grandes villes. Avec les salaires qu'elles gagnent, elles sont obligées de vivre à une heure de l'hôpital. Elles veulent juste être payées normalement pour le travail qu'elles font. Les personnels hospitaliers sont maltraités, ils le sont depuis des années. Les infirmières gagnent 500 euros en moins par mois par rapport à la moyenne dans l'OCDE. Bien sûr, c'est très bien la prime. Mais est-ce qu'on donne la même prime à un professeur de médecine qu'à un brancardier ? La prime ce n'est pas un bon système pour gratifier les gens. Il faut un salaire décent en concordance avec le travail qu'on fait. Et l'utilité sociale des gens qui travaillent dans les hôpitaux a été démontrée au cours des dernières semaines.

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