Coronavirus : les Etats-Unis atteindront sans doute les 100 000 morts d'ici juin

Une soignante accompagne un patient près d\'un secteur médical à New York (Etats-Unis), le 4 mai 2020.
Une soignante accompagne un patient près d'un secteur médical à New York (Etats-Unis), le 4 mai 2020. (SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

C'est le seuil qui ressort de plusieurs modèles épidémiologiques, dont aucun ne prédit d'arrêt des contagions pendant l'été. Le pays représente à lui seul un tiers des cas recensés dans le monde et continue d'enregistrer de l'ordre de 30 000 cas par jour. 

"Nous allons perdre 75 000, 80 000 ou 100 000 personnes." Voilà ce que déclarait Donald Trump sur la chaîne Fox News il y a deux jours, en arguant que la mise à l'arrêt de l'économie avait permis d'éviter un bilan qui aurait autrement atteint "au minimum" 1,5 million de morts américains. En réalité, l'estimation est basse : la Maison Blanche table elle-même sur 100 000 à 240 000 décès liés au coronavirus. Un rapport interne des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), consulté par le New York Times, lundi 4 mai, envisage même une nouvelle flambée dès la mi-mai, avec un quasi-doublement du nombre quotidien de décès d'ici le 1er juin, soit 3 000 au lieu d'environ 1 500 en ce moment.

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Même si les contagions ne repartaient pas à la hausse à cause du déconfinement, la mécanique de l'épidémie rend inéluctable le franchissement des prochains grands caps symboliques. "Mon estimation personnelle est qu'on atteindra 100 000 morts début juin", dit à l'AFP Nicholas Reich, professeur de biostatistiques à l'université du Massachusetts, dont le laboratoire a fusionné plusieurs grands modèles d'autres institutions pour tracer une trajectoire moyenne. Selon cette moyenne, il faut s'attendre à 90 000 morts d'ici le 23 mai.

"La mobilité a commencé à remonter"

Les Américains semblent avoir déjà décidé de se déconfiner sans attendre les directives officielles, selon les données de leurs téléphones portables compilées par quatre sociétés (Facebook, Google, Descartes Labs, SafeGraph) et qu'ont analysées anonymement les chercheurs de l'institut IHME à l'Université de Washington.

"La mobilité a commencé à remonter dans de nombreux Etats, avant même la levée de consignes de distanciation sociale", a expliqué lundi Christopher Murray, qui dirige l'institut. "Cette mobilité accrue, dans la dernière semaine ou les dix derniers jours, provoque probablement plus d'infections". Cet institut, qui avait été critiqué pour son optimisme, a revu fortement à la hausse sa prédiction de morts : de 72 000 à 134 000 d'ici le 4 août. Selon ce modèle, les 100 000 morts seront atteints le 21 mai.

Sur neuf modèles cités le 1er mai par les CDC, au moins trois prédisent 100 000 morts d'ici quatre semaines, dont deux de l'université Columbia. Le Massachusetts Institute of Technology prévoit 113 000 morts au 1er juin. Peu de modèles vont au-delà de quatre semaines, étant donné les incertitudes.

Des inquiétudes pour les prochains mois

Et attention : ces différents chiffres sont entourés de grands intervalles d'erreur, parfois de dizaines de milliers de décès. Les épidémiologistes répètent qu'aucun modèle ne doit être utilisé seul, puisque tous font des hypothèses différentes.

Le plus difficile à modéliser est le comportement des gens dans les prochains mois. Sortiront-ils masqués ? Combien télétravailleront ? Les sorties "non essentielles", dans les magasins de vêtements ou les restaurants, reviendront-elles au niveau précédant la pandémie, ou les gens sortiront-ils moins de chez eux, et si oui, de combien ? "Nous sommes à un point d'inflexion, avec des réouvertures dans certains Etats mais pas d'autres, ajoute Nicholas Reich. Cela rajoute un niveau d'incertitude".

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