VRAI OU FAKE Coronavirus : le tourisme joue-t-il un rôle si important dans la propagation du virus ?

Des vacanciers arrivent sur une plage de Dinard (Ille-et-Vilaine) où la distanciation sociale est difficile à respecter, le 21 juillet 2020.
Des vacanciers arrivent sur une plage de Dinard (Ille-et-Vilaine) où la distanciation sociale est difficile à respecter, le 21 juillet 2020. (ANTOINE WDO / HANS LUCAS)

Alors que des soirées estivales de jeunes vacanciers auraient conduit à la création d'un cluster à Quiberon (Morbihan), faut-il craindre une reprise de l'épidémie à cause du tourisme ? Non, selon les autorités sanitaires, qui constatent cependant une multiplication des foyers au sein d'événements privés avec un recul des gestes barrières.

Pas de vacances pour le virus. Alors que certains Français profitent de la saison estivale pour mettre les voiles après des semaines de confinement, les interrogations se multiplient autour de la reprise actuelle de l'épidémie de Covid-19 et de ses liens avec le tourisme estival. A Quiberon (Morbihan), plus de 50 cas d'infection ont été recensés après des soirées dans un bar-discothèque de la commune ainsi que sur la plage, là où se rencontraient de jeunes vacanciers. En réaction, la mairie a interdit dimanche 26 juillet l'accès aux plages et aux parcs la nuit tandis que le bar ciblé a été fermé temporairement par la préfecture. L'objectif : limiter les contaminations en chaîne au sein de ce cluster. 

Au-delà des chiffres, des images interpellent également, comme celles des 12 000 spectateurs entassés dans les tribunes du Puy du Fou (Vendée), le 24 juillet, qui ont suscité la polémique, alors que les rassemblements de plus de 5 000 personnes sont interdits en France jusqu'au 31 août. Sans parler des plages bondées où les touristes ne sont "pas toujours protégés", rapporte la RTBF depuis Narbonne (Aude) et La Grande-Motte (Hérault). Mais faut-il vraiment s'inquiéter de l'arrivée des vacanciers ? Ont-ils un rôle si important dans la propagation du virus ?

Pas un facteur de propagation, selon les ARS

Pour les Agences régionales de santé (ARS) contactées par franceinfo, l'arrivée des vacanciers n'apparaît pas clairement comme un facteur de recrudescence de l'épidémie. L'ARS de Bretagne affirme n'observer qu'"une faible corrélation entre le tourisme et la propagation du virus" : "Sur les 75 nouveaux cas enregistrés depuis le 27 juillet, 18 personnes ne résident pas en Bretagne", exposait l'agence mardi 28 juillet.

Un constat que confirme Laurent Filleul, responsable de Santé publique France en Nouvelle-Aquitaine, où neuf clusters étaient en cours d'identification mardi

Il est très compliqué de dire que l'augmentation du nombre de cas est liée aux touristesLaurent Filleul, responsable de Santé publique France en Nouvelle-Aquitaineà franceinfo

"Ce qu'on peut dire, c'est que l'exposition au virus est modifiée à cause du brassage de la population, ajoute l'épidémiologiste. (...) Si, en plus de la proximité et du brassage, on ajoute le non-respect des mesures barrières, cela accroît le risque." 

"Nous n'avons pas eu de signalement de clusters liés à des plages, affirme quant à elle la direction générale de la santé à franceinfo. Nous avons plutôt eu des cas ou des clusters signalés dans des hébergements autour des lieux de vacances [comme des] colonies de vacances [ou des] hébergements temporaires." Ainsi, en Nouvelle-Aquitaine, l'ARS rapporte à franceinfo avoir dépisté tous les touristes d'un centre de vacances après la découverte d'un cas positif. Aucun autre cas n'a cependant été identifié par la suite.

"Evidemment, pendant les vacances, les gens bougent et croisent des gens différents", expose l'épidémiologiste Catherine Hill. "Plus on croise des gens différents, plus on augmente le risque d'entrer en contact avec le virus. Tout le reste, c'est du bla-bla inutile : le problème n'est pas le tourisme mais la surveillance qui est catastrophique dans le pays", accuse la chercheuse désormais retraitée. Cette dernière préférerait que "tous les cas" fassent l'objet d'investigations à l'instar des clusters, et que "bien plus de tests" soient réalisés.

Les événements privés et une baisse de la vigilance mis en cause

D'après les données de Santé publique France, les principaux foyers de transmission du coronavirus (en dehors du milieu familial restreint) demeurent les établissements médico-sociaux ainsi que les entreprises. Une répartition qui, de manière générale, reste majoritairement "inchangée", depuis le début des vacances.

Néanmoins, les rassemblements temporaires attirent dernièrement l'attention des autorités sanitaires, en particulier les réunions familiales et les soirées festives de jeunes vacanciers, souligne l'ARS Bretagne à franceinfo. Dans l'Hexagone, 19% des clusters nés de rassemblements familiaux étaient encore en cours d'investigation le 22 juillet. Laurent Filleul rappelle qu'"il suffit de ne pas partager les verres", de "marquer une distance", de privilégier "l'extérieur" et de suivre les autres mesures de prévention recommandées comme le port du masque.

En Nouvelle-Aquitaine, "une personne en a contaminé 19 autres lors d'une soirée festive entre amis", rapporte le responsable de Santé publique France qui mentionne également le cas d'"un mariage". Si les comportements à risque des jeunes attirent parfois des suspicions, notamment dans le cas de Quiberon, la DGS rappelle que "l'incidence chez [eux] est plus élevée que chez les [personnes] plus âgées" pour la simple raison qu'"ils ont plus de contacts sociaux"

"Une perte de repères" chez les touristes

Par ailleurs, la DGS identifie "une perte de repères" parmi les touristes qui n'ont sur place ni "médecin traitant" ni connaissance des "laboratoires de prélèvement". Elle souligne également "une priorisation [de la] période de congés" chez les vacanciers qui souhaiteraient profiter pleinement de leur temps libre sans avoir à effectuer un test.

Pour endiguer l'importation du virus en France par des voyageurs, le gouvernement a renforcé son dispositif en rendant obligatoires au plus tard le 1er août les tests PCR pour les personnes arrivant de 16 pays classés en zone "rouge" tels que les Etats-Unis, Israël ou l'Algérie. Les ressortissants de la zone Schengen et de l'espace européen peuvent, eux, entrer sur le territoire sans restriction. A noter toutefois que des exceptions existent à propos des territoires d'Outre-mer.

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