Coronavirus : "Le manque de personnel à l'hôpital est lié à des politiques d'austérité budgétaire", selon l'intersyndicale nationale des internes

Une soignante à la fenêtre de l\'hôpital Emile Muller, à Mulhouse, le 24 mars 2020.
Une soignante à la fenêtre de l'hôpital Emile Muller, à Mulhouse, le 24 mars 2020. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

"La revendication sur le manque de moyens et de personnels a été portée depuis de longs mois", regrette ce représentant des internes Léonard Corti.

"Le manque de personnel à l'hôpital est lié à des politiques d'austérité budgétaire mises en place depuis des années", a expliqué mercredi 25 mars sur franceinfo Léonard Corti, secrétaire général de l'intersyndicale nationale des internes (ISNI). Il réagissait notamment à l'appel à la réquisition de personnels soignants lancé sur franceinfo par Martin Hirsch, le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, pour faire face à l'épidémie de coronavirus Covid-19 partout en France.

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franceinfo : Martin Hirsch demande plus de moyens et réclame une "reconnaissance", peut-être sous forme de primes, pour l'effort "surhumain" des personnels. Que pensez-vous de cet appel ?

Léonard Corti : On pense que la vague de patients graves est en train d'arriver avec des réanimations qui commencent à manquer de places et à arriver à saturation en Île-de-France. On est un peu étonnés de ces déclarations, dans la mesure où la revendication sur le manque de moyens et de personnels a été portée depuis de longs mois par tout un tas d'acteurs de l'hôpital. Sans rentrer dans la polémique, on se satisfait de ces annonces, on espère qu'elles seront pérennisées.

Vous n'aviez pas été entendus ?

On n'avait pas été entendu. Quand j'entends monsieur Hirsch parler du manque de personnels à l'hôpital, c'est vrai, c'est une vérité en Île-de-France et tout ça, c'est lié à des politiques d'austérité budgétaire qui ont été mises en place depuis des années et que monsieur Hirsch a appliquées de manière assez consciencieuse depuis de nombreuses années.

Quelle est la situation à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière ?

Lundi, il restait très peu de places en réanimation. Aujourd'hui, il en reste encore quelques-unes mais d'ici demain, on risque d'avoir une situation de saturation des réanimations à la Pitié-Salpêtrière et cela va être le cas dans beaucoup d'hôpitaux de la région parisienne. C'est inquiétant, parce qu'on sait qu'on est au début de la vague de cas graves, qui vont arriver dans les hôpitaux parisiens. Une fois qu'il n'y aura plus de place en réanimation, on ne sait pas comment on va pouvoir faire. Les jours qui viennent vont être le moment charnière. Il va falloir l'envisager et le remettre en perspective sur la réduction des moyens qui a été imposée depuis de nombreuses années et dont on voit les conséquences aujourd'hui, en période de pandémie.

Martin Hirsch veut un respirateur devant chaque patient qui en a besoin. Qu'en pensez-vous ?

On craint cette pénurie de matériel, parce qu'il y a eu un manque d'anticipation. Quand on voit que ça fait bientôt un mois que les premiers patients ont été déclarés sur le territoire national, qu'on savait que le pic épidémique allait arriver vers cette période, de fin mars à fin avril, on aurait pu espérer une vraie politique d'anticipation, de fabrication de matériel. Pour le moment, on a réquisitionné des respirateurs qui sont utilisés en bloc opératoire, mais qui n'ont pas du tout la même efficacité sur les patients en réanimation. Probablement, on risque d'arriver à une situation de saturation de manque de respirateur.

Il n'y a pas que les respirateurs, il faut aussi le personnel pour s'occuper de ces patients. À Strasbourg, il faut en moyenne à peu près 1,7 infirmière par patient atteint du coronavirus en réanimation. Cela va être très problématique de trouver ce personnel-là. La réquisition, il faut la poser de manière intelligente. Réquisitionner en temps de crise pourquoi pas, mais il faut qu'il y ait une vraie compensation financière et surtout une vision à long terme pour savoir pourquoi on manque de personnel. Ce qu'on espère, ce ne sont pas des primes mais des vraies revalorisations salariales.

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