Coronavirus : "La vague est très haute, notre angoisse est que les capacités de réanimation soient complètement submergées", s’inquiète un cardiologue

Un service de réanimation Covid-19 à l\'hôpital Nord de Marseille. Photo d\'illustration.
Un service de réanimation Covid-19 à l'hôpital Nord de Marseille. Photo d'illustration. (GEORGES ROBERT / MAXPPP)

Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat à Paris, s'inquiète des capacités des services de réanimation à faire face à l'afflux incessant de malades. L'épidémie de coronavirus a fait 319 nouveaux décès en 24 heures dans les hôpitaux français. Par ailleurs, 4 273 personnes se trouvent en réanimation. 

"La vague est très haute", s’est inquiété sur franceinfo dimanche 29 mars Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat à Paris, alors que le coronavirus a déjà fait 2 314 morts en milieu hospitalier en France. "Notre angoisse est que les capacités de réanimation soient complètement submergées", a expliqué celui qui est également membre du collectif Inter-hôpitaux. "On en est tout près", a-t-il alerté.

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franceinfo : Est-ce que les mesures annoncées samedi par le Premier ministre et le ministre de la Santé vous ont convaincu ?

Olivier Milleron : On prend acte. C’est peut-être un peu tard pour le matériel et les masques. Concernant l’augmentation des lits de réanimation, on entend depuis des années ce discours politique selon lequel le problème de l’hôpital est l’organisation mais on est tous impressionnés nous-mêmes de l’organisation que l’hôpital public a été capable de mettre en place en quelques jours. On a transformé nos hôpitaux publics en hôpitaux qui gèrent, au jour le jour, un afflux de malades inédit. On s’aperçoit donc que sans le gouvernement les hôpitaux sont capables de s’organiser, avec une capacité des personnels administratifs et médicaux à faire des choses fantastiques.

On est en train de transformer en quelques jours une structure dédiée aux soins chroniques à une structure de soins aigus, quasiment de guerre, avec une efficacité importante.Olivier Milleronà franceinfo

Cependant, on est très en colère parce que ça fait des mois qu’on dénonce ce manque de moyens. On avait déjà dit, bien avant le coronavirus, qu’on craignait des crises sanitaires. Là on est dans la crise et on a pris beaucoup de retard. Le gros problème actuellement c’est de trouver du personnel non médical car beaucoup ont déserté l‘hôpital public du fait de salaires insuffisants. On a envoyé des gens travailler à l’hôpital sans masque parce qu’il n’y en avait pas et des gens ont attrapé le virus à l’hôpital. Ça met très en colère les personnels.

Quelle est la situation aujourd'hui à l'hôpital Bichat où vous travaillez ? 

On est l’hôpital qui reçoit le plus de cas de Covid-19 en France. Ça a commencé dans le service des maladies infectieuses et aujourd’hui quasiment tous les services sont en train de se transformer pour s’occuper de patients atteints du coronavirus. En cardiologie, depuis trois jours, on a ouvert des unités pour s’occuper de ces patients mais ça monte très vite. 

On avait ouvert 16 lits au départ et samedi, devant l’afflux de malades, ça a été augmenté à 24 lits tellement les malades arrivent vite.Olivier Milleronà franceinfo

On a travaillé au maximum de ce qu’on peut faire même si on ne va pas avoir les moyens qui nous ont manqués depuis des années en trois jours. On est inquiets. Depuis des semaines, on se préparait à ça : on avait annulé toutes les activités non urgentes et on avait l’impression qu’on ne pouvait pas tellement faire plus pour se préparer. Cependant, la vague est très haute. Notre angoisse est que les capacités de réanimation soient complètement submergées et qu’on n’ait plus de respirateurs pour les malades les plus graves. On en est tout près.

Pensez-vous qu’il faudra demander des comptes au gouvernement quand la crise sera derrière nous ?

Il faudra faire le bilan de tout ça. On est persuadés que ce sont les conséquences d’une politique et d’une idéologie menées depuis plusieurs années. Il y aura donc des responsabilités récentes à regarder mais c’est quand même cette idéologie de l’hôpital-entreprise, du profit, de la santé considérée en tant que bien marchand comme un autre, qui tombe aujourd’hui. 

La tarification à l’activité et la productivité maximum pour les hôpitaux se heurtent à la réalité d’une crise sanitaire.Olivier Milleronà franceinfo

On ne va pas pouvoir continuer comme ça. Le président aime bien les métaphores guerrières en ce moment : il va falloir un plan Marshall pour l’hôpital, c’est-à-dire qu’il ne va pas falloir mettre des moyens juste pour la crise. Après, il va falloir reconstruire l’hôpital et il doit annoncer cela tout de suite. On a été échaudés par toutes les annonces et on a besoin d’une annonce immédiate du président de la République, disant qu’ils vont mettre de l’argent tout de suite et sur plusieurs années pour remettre l’hôpital à niveau afin de pouvoir faire face à d’autres crises qui vont arriver.

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