"La période est catastrophique pour les fleurs", se désole le président du Syndicat des horticulteurs du Loiret, en pleine épidémie de coronavirus

Des arbres en fleurs. Photo d\'illustration.
Des arbres en fleurs. Photo d'illustration. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

"Les entreprises horticoles vont perdre 80% de leur chiffre d'affaires annuel", affirme sur franceinfo Jean-Marie Fortin.

"La période est catastrophique pour les fleurs et la vente de produits horticoles", se désole samedi 4 avril Jean-Marie Fortin, président du Syndicat des horticulteurs du Loiret. Alors que le printemps est là, que le soleil brille et que c’est la période des semis et plantations pour énormément d’espèces végétales, l’heure est au confinement. Ce qui pourrait entraîner une grave crise du milieu horticole qui "risque de disparaître" sans intervention de l’État, déclare Jean-Marie Fortin.

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franceinfo : Comment se traduit le confinement pour le milieu horticole ?

Jean-Marie Fortin : C’est bien simple, la période est catastrophique pour les fleurs et la vente de produits horticoles. Aujourd'hui, avec le beau temps que nous avons, c’est toute la période de vente des produits horticoles qui devrait normalement se faire. Mais ça n’est pas le cas parce que tous les centres de vente de produits horticoles sont fermés. Entre le 15 mars et fin mai, nous faisons 80% de notre chiffre d'affaires. Ça veut donc dire que les entreprises horticoles vont perdre 80% de leur chiffre d'affaires annuel, ce qui va complètement déstructurer financièrement nos entreprises et remettre en cause leur existence.

La secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie Agnès Pannier-Runacher a annoncé que les plants et semences, lorsqu'ils sont à vocation alimentaire, étaient considérés comme de première nécessité. L’horticulture est-elle concernée par cette annonce ?

Si on admet que tout le monde peut manger des fleurs, oui, mais ce n'est pas le cas aujourd'hui. Nous avons une autorisation à partir de la semaine prochaine pour vendre des plants de légumes. Mais toute la production florale est interdite à la vente. Et le problème, c'est qu'on ne peut pas stocker ces plantes-là. Les géraniums, pétunias et impatiences sont des plantes qui ont une courte espérance de vie dans nos serres de production. Ce qui veut dire qu’elles seront jetées quinze jours après la période de vente prévue.

Est-ce qu'il est possible de simplement décaler dans le temps les semis ?

Non, on ne peut pas. On a une saisonnalité qui est très régulière d'année en année, du 15 mars à fin mai. Et si on ne vend pas pendant cette période-là, nous ne vendrons pas pendant l'été puisque c'est plutôt la période des vacances, les gens ne sont plus chez eux. Le jardin se fait vraiment entre le 15 mars et fin mai. Les plantes des pépinières vont pouvoir être retravaillées et revendues à l'automne mais par contre, toutes les plantes à massif, toutes les plantes fleuries que nous avons, ce qu’on appelle les plantes horticoles, sont détruites entièrement.

Comptez-vous sur l’an prochain pour remonter la pente ?

C'est tout ce que nous espérons. Mais aujourd'hui, je sais que les producteurs, qui sont des gens passionnés, vivent très mal ce qui arrive aujourd'hui. Perdre 80% son chiffre d'affaires annuel, c’est comme si tout un chacun perdait dix années de salaire en trois mois. C'est une catastrophe économique. J'ai bien entendu le président Macron et le Premier ministre Edouard Philippe qui ont dit qu’aucune entreprise ne devait rester à terre. Donc, j'ose espérer que l'horticulture, qui est un secteur valorisateur de main d'œuvre, sera protégée et maintenue. Une chose est sûre, si l'État n'intervient pas durablement dans le fonctionnement de nos entreprises, le secteur horticole risque de disparaître dans six mois. Il faudra que la solidarité nationale joue en notre faveur. Mais aussi que les pouvoirs publics puissent répondre à nos attentes.

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