Coronavirus : "Il faut que toutes les régions augmentent leur capacité de réanimation", estime le Pr Bertrand Guidet

Les lits de premier accueil en réanimation au CHU Gabriel Montpied, à Clermont-Ferrand.
Les lits de premier accueil en réanimation au CHU Gabriel Montpied, à Clermont-Ferrand. (GÉRALDINE MARCON / RADIOFRANCE)

Le Pr Bertrand Guidet, chef du service de médecine intensive réanimation de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, considère que l'effort doit être collectif afin de réaliser des transferts depuis les zones les plus touchées par le coronavirus vers les zones les plus préservées.

Invité de franceinfo ce dimanche, le Pr Bertrand Guidet, chef du service de médecine intensive réanimation de l’hôpital Saint-Antoine, estime qu'"il faut que toutes les régions augmentent leur capacité de réanimation" afin de faire face aux conséquences de la pandémie de Covid-19.

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Est-ce que l'objectif de 14 500 lits de réanimation fixé par le gouvernement est réalisable ?

Bertrand Guidet : Sur l'ensemble du territoire, pendant deux ans, on a déjà considérablement augmenté notre offre de soins de réanimation. Donc il faut absolument que toutes les régions, dès maintenant, augmentent leurs capacités, afin de réaliser des transferts depuis les zones les plus touchées vers des zones relativement préservées. Atteindre plus de 14 000 places de réanimation, ça ne peut se faire qu'en mobilisant l'ensemble des régions. Un autre point sur lequel il faut insister, c'est qu'il faut évidemment préserver des lits de réanimation pour des malades non-Covid. Évidemment, on peut encore avoir une méningite, une péritonite qui justifie d'être admis en réanimation alors qu'on n'a pas le Covid. Donc, il faut préserver aussi des lits de réanimation pour des autres malades pour préserver l'équité d'accès aux soins pour tous.

Comment augmenter le nombre de lits de réanimation ?

Il y a une première étape relativement simple : qualifier en réanimation des lits intermédiaires, où il y a déjà du monitoring, ce qu'on appelle le scope [scoper un patient signifie surveiller en permanence ses paramètres vitaux en utilisant un petit ordinateur appelé "scope", ndlr], où il y a déjà des gaz médicaux. Ce qui manque essentiellement, ce sont les respirateurs et le personnel qualifié. Ce travail-là a été fait dans le Grand-Est et a été grandement fait en Île-de-France. Il doit être fait dans toute les régions de France, Et puis après, c'est créer des structures en partant pratiquement de services classiques. Là, imaginez que la marche à monter est beaucoup plus importante. Il faut du matériel, il faut de la surveillance, il faut du personnel formé, il faut des respirateurs, etc. Cette dernière marche est effectivement plus compliquée. Alors, il y a des solutions un peu dégradées. Des blocs opératoires ont été transformés en salles de réanimation. On peut imaginer aussi, et ça a été fait, que des salles de réveil, dans la mesure où l'activité chirurgicale avait beaucoup baissé, soient également transformées en salles de réanimation. Parce qu'à ce moment là, on ne part pas de rien.

Air liquide veut tripler sa production de respirateurs artificiels, est-ce que c'est un espoir ?

Il y a deux points clés, ce sont les respirateurs et le personnel. Le problème, c'est qu'il faut des respirateurs assez sophistiqués pour prendre en charge les malades à la phase aiguë et qui ont besoin de réglages assez sophistiqués. Par contre, des respirateurs plus standard sont tout à fait adaptés pour prendre en charge les malades qui ont toujours besoin de ventilation artificielle, mais qui sont en train de s'améliorer et pour lesquels un respirateur de moyenne gamme est tout à fait suffisant.

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