Coronavirus : "C'est pire que pire" pour le secteur aérien, "un certain nombre de compagnies disparaîtront", affirme un spécialiste du secteur

Un Boeing 747 de la compagnie KLM passe près d\'un stade, à Amsterdam (illustration).
Un Boeing 747 de la compagnie KLM passe près d'un stade, à Amsterdam (illustration). (FABRICE COFFRINI / AFP)

"Il est évident" que les mesures de restrictions de déplacement "altèreront très significativement l'avenir du secteur" aérien, selon Loïc Tribot La Spière, délégué général du Centre d’études et de prospectives stratégiques.

Cette crise est "encore pire que pire", "un certain nombre de compagnies disparaîtront", a estimé samedi 14 mars sur franceinfo Loïc Tribot La Spière, délégué général du Centre d’études et de prospectives stratégiques (CEPS), économiste spécialiste du secteur du transport aérien.

>> Coronavirus Covid-19 : suivez la situation en direct

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a rappelé que "les interdictions de voyage générales ne sont pas considérées comme très efficaces par l'OMS", alors que Donald Trump a interdit aux Européens de se rendre sur son territoire en raison de l'épidémie de coronavirus.

franceinfo : Est-ce que le secteur aérien va être affaibli par cette crise ?

Loïc Tribot La SpièreC'est évident. Lorsque vous décidez que l'on ne peut plus atterrir chez vous, il n'y a plus d'activité pour les compagnies aériennes. Donc il est évident que ceci altèrera très significativement l'avenir du secteur. On peut considérer très sérieusement qu'un certain nombre de compagnies disparaîtront.

Que pensez-vous de la décision de Donald Trump ?

Je pense que cette décision est une décision unilatérale américaine. Les Américains sont suffisamment universels pour s'intéresser d'abord à eux-mêmes et accessoirement aux autres. Considérons qu'on est toujours dans le même déclaratoire américain. On fait ce qu'on veut et on ignore les autres. Le fait de fermer les frontières n'est qu'un pâle palliatif par rapport à la réalité des choses. Cela suscite un phénomène anxiogène, il se peut que nous soyons tous guéris, mais il se peut aussi que nous soyons tous morts économiquement parlant.

Est-ce la pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale pour le secteur aérien ?

C'est encore pire que pire puisque le secteur de l'aérien s'est substantiellement développé. Quand on regarde le niveau de l'aérien pendant la Première Guerre mondiale et la Seconde, cela n'a aucune mesure. Il n'y a aucune mesure qui permet de dire que c'est pire. C'est pire que pire car il y va de la réalité économique de tout un secteur et de la survie d'une bonne partie de ses acteurs. On est dans quelque chose qui est extraordinaire avec une hystérie collective.

Air France envisage du chômage partiel, la compagnie néerlandaise KLM annonce qu'elle va supprimer 2 000 emplois. Est-ce seulement le début ?

C'est évident. Cela n'est que le début. Lorsque vous ne pouvez plus mener sereinement votre activité économique tout de suite, vous devez trouver les réponses. Il serait angélique de croire, que parce qu'on ne se déplace plus, les compagnies aériennes vont réussir à maintenir l'intégralité de leurs salariés. C'est totalement illusoire. Il va de soi qu'à la clé il y aura de très nombreux licenciements.

Les compagnies à bas coût sont-elles plus fragiles ?

Elles sont autant fragilisées que les autres, mais elles ont cette souplesse par rapport aux grandes compagnies parce qu'elles travaillent énormément sur de la sous-traitance. Donc, elles trouveront tout de suite le palliatif en maintenant le corps de l'entreprise et en faisant peser le risque sur tous les sous-traitants.

Que va-t-il se passer ?

Ce secteur va être obligé de se restructurer, de se reconfigurer. Un certain nombre de compagnies disparaîtront. Les compagnies qui sont soutenues par leurs États auront la possibilité après la crise de pouvoir racheter les autres. Il faut reconnaître qu'il y a un grand avantage quand on est une compagnie américaine, on est forcément libérale, mais on est toujours soutenue, parce que dans l'économie américaine, on est sur un faux libéralisme.

Vous êtes à nouveau en ligne