Coronavirus : à l'hôpital, sous un chapiteau, dans une église... Des maires élus dans des endroits inattendus

Le maire de Luynes (Indre-et-Loire), Bertrand Ritouret, lors de sa réélection sous un chapiteau de cirque, le 26 mai 2020.
Le maire de Luynes (Indre-et-Loire), Bertrand Ritouret, lors de sa réélection sous un chapiteau de cirque, le 26 mai 2020. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Dans les 30 000 communes où les conseils municipaux avaient été élus dès le 15 mars, les maires ont commencé à être investis samedi. Ils ont jusqu'à jeudi soir pour s'installer ou se réinstaller dans leur fauteuil de maire. Le tout en respectant contraintes et consignes sanitaires liées au Covid-19.

Il n'y avait pas d'acrobate, de clown ou de trapéziste, mais un Monsieur Loyal, représenté par le maire en personne. Bertrand Ritouret, maire sortant de Luynes (Indre-et-Loire), a été réélu, mardi 26 mai, par le conseil municipal de sa commune, qui, en raison de la crise du coronavirus, avait choisi de se réunir sous le chapiteau d'un cirque. Il n'est pas le seul maire à avoir été élu dans un lieu inattendu, parfois dans des circonstances plus dramatiques, voire litigieuses. En voici quelques exemples.

En Indre-et-Loire, un maire élu sous le chapiteau d'un cirque

Masque de protection bleu, blanc, rouge sur le visage, régisseur de la piste pour un soir, Bertrand Ritouret a accueilli les élus et le public sous le chapiteau d'un cirque. Puis il a appelé la doyenne des élus, Danielle Ploquin, qui a procédé à l'élection du maire, a constaté un correspondant de l'AFP. Bertrand Ritouret, maire sortant de Luynes, élu en 2014, était arrivé en tête au premier tour des municipales le 15 mars. La liste "Luynes Avenir" qu'il conduisait avait obtenu 61% des voix.

Bertrand Ritouret a officiellement été réélu par 24 voix sur 29 votants. Il a endossé l'écharpe tricolore, avec les galons dorés, avant de procéder à l'élection des huit adjoints. Une trentaine de personnes ont assisté à cette élection "historique", selon la formule du maire, pour cette commune de 5 143 habitants. Justifiant son choix, Bertrand Ritouret a estimé que "ce chapiteau, c'est mieux qu'un gymnase. On se voit tous car la disposition est ronde".

Le maire de Luynes (Indre-et-Loire), Bertrand Ritouret, lors de sa réelection sous un chapiteau de cirque, le 26 mai 2020.
Le maire de Luynes (Indre-et-Loire), Bertrand Ritouret, lors de sa réelection sous un chapiteau de cirque, le 26 mai 2020. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

"Nous avons respecté les gestes barrières", s'est félicité Bertrand Ritouret. "Il fallait 4 m2 par élu. Soit 120 m2 pour 29 élus. Le chapiteau fait 600 m2. Le public a pu être accueilli dans ce même respect des règles sanitaires. Chaque spectateur étant espacé d'un mètre. On a condamné une place sur deux dans les gradins, et on a fait sauter une rangée sur deux. Du gel hydroalcoolique était également mis à disposition du public", a précisé l'édile. "Et c'est aussi l'occasion d'affirmer notre partenariat avec l'école du cirque Georget, contrainte à l'arrêt depuis deux mois, qui reçoit chaque année 350 élèves stagiaires", a ajouté le maire.

Un maire du Territoire-de-Belfort réélu sur son lit d'hôpital

Après deux mois d'hospitalisation à cause du coronavirus, dont quatre semaines passées dans le coma, Bernard Viatte, 63 ans, a été réélu, mardi, maire de Froidefontaine (Territoire-de-Belfort), à l'unanimité des onze membres du conseil municipal, alors qu'il se trouve encore en centre de rééducation. L'élection d'un maire en son absence "est prévu dans le Code électoral", a expliqué le premier adjoint, ajoutant que Bernard Viatte avait "fait une attestation" indiquant qu'il se portait candidat au fauteuil de maire.

Dans un entretien téléphonique avec l'AFP depuis son lit du centre de rééducation d'Héricourt (Haute-Saône), où il a été admis mardi, ce retraité de La Poste confie avoir attrapé le coronavirus "lors du premier tour" des municipales. "On avait tout bien organisé, il y avait du gel [hydroalcoolique] mais à l'époque, on nous disait que les masques ne servaient à rien", raconte-t-il. "Je pense que si j'avais porté un masque, je n'aurais pas attrapé le virus", estime Bernard Viatte, qui "en veu[t] un peu à nos dirigeants". Selon lui, il a encore "plus d'un mois" de rééducation avant de pouvoir retrouver son fauteuil de maire dans sa bourgade de 460 âmes, située au sud de Belfort. 

En Normandie, un maire élu dans une église

Emiéville (Calvados), village normand de 650 habitants, proche de Caen, le maire, Stéphane Amilcar, a été élu lundi par son conseil municipal réuni dans l'église de la commune, rapporte France Bleu Normandie. La mairie était trop étroite pour installer le conseil municipal en respectant les règles de distanciation physique. La salle des fêtes n'était pas non plus disponible pour accueillir les 14 conseillers municipaux, car elle était déjà réquisitionnée pour l'école.

"Deux personnes par banc et un banc sur deux, on respecte largement les règles de distanciation sociale", a expliqué Stéphane Amilcar. Il a présidé sur une petite table installée pour l'occasion. Le gel hydroalcoolique était disposé à l'entrée et pas dans le bénitier. Tout comme les isoloirs, installés dans la sacristie mais pas dans le confessionnal, même si, dans un éclat de rire, l'édile avoue y avoir un peu pensé.

"Depuis la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, l'édifice est un bâtiment communal que nous entretenons et qui nous coûte cher en électricité, eau, impôts fonciers..." rappelle Stéphane Amilcar. "L'an dernier, la mise aux normes pour l'accessibilité de l'église aux personnes handicapées a coûté 10 000 euros", énumère celui qui rempile pour un deuxième mandat de maire. Il compte bien organiser un nouveau conseil municipal au même endroit vendredi prochain.

C'est "une utilisation manifestement illégale" du lieu de culte, a dénoncé mardi l'évêché. Ainsi, le préfet pourrait faire annuler l'élection. "Personne n'a le droit d'utiliser une église pour organiser une réunion à caractère non cultuel selon la loi, sans l'autorisation du curé. Même si la commune est propriétaire de l'église, c'est le curé qui en est affectataire. Dans le cas d'Emiéville, ce dernier a été totalement exclu malgré sa bonne volonté de vouloir trouver une solution. Devant cette utilisation manifestement illégale, l'évêché en a référé à monsieur le préfet", explique le diocèse de Bayeux-Lisieux.

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