VIDEO. Pourquoi "confinement", "quarantaine" ou "présentiel" ? Les mots du coronavirus à la loupe

La crise sanitaire a apporté son lot de mots très spécifiques, dont certains ont même été inventés pour l'occasion. Sandrine Reboul-Touré, spécialiste du discours, revient sur ces termes qui ont envahi notre quotidien.

Si la crise du coronavirus bouleverse nos sociétés, elle pourrait très bientôt s'inviter dans nos dictionnaires. Des interventions politiques aux conversations privées, de nombreux mots liés à la pandémie ont envahi notre quotidien, comme "confinement", "covidé" ou encore "quatorzaine". Pour franceinfo, Sandrine Reboul-Touré, enseignante en sciences du langage à l'université Paris 3-Sorbonne Nouvelle, revient sur quelques termes incontournables.

Pourquoi avoir choisi "confinement" et non "enfermement" ?

Selon cette spécialiste du discours, les mots offrent la possibilité de "forger le réel", et leur choix n'est jamais anodin. "Avec 'enfermement', on aurait plutôt été du côté de l'asile et de la folie, souligne Sandrine Reboul-Touré, puis il est beaucoup plus facile, par la suite, de travailler autour du mot 'confinement'". A l'usage, ce dernier terme peut ainsi être remodelé selon les situations.

"On aura très vite à l'esprit les mots 'faire', 'refaire', 'défaire', analyse la linguiste. On peut inventer des mots nouveaux qui ne nous paraissent pas exorbitants, qui sont compris presque dès leur création." Pour elle, "le mot 'confinement' se prête bien à ce type d'entrée dans la langue, pour bien vivre et ne pas affoler les gens".

L'usage du mot "quarantaine" est-il justifié ?

Les quarantaines qui durent un week-end, et non 40 jours, sont loin d'être un casse-tête linguistique pour Sandrine Reboul-Touré. "C'est un isolement de durée variable", explique-t-elle, dictionnaire à l'appui, avant de retracer l'histoire récente de ce mot. "On lui a donné un sens nouveau qui n'a pas tenu", rappelle-t-elle. "Quand on a une quarantaine qui dure quatorze jours, on laisse tomber ce mot pour en forger un autre."

Pour mieux comprendre les mots, Sandrine Reboul-Touré les analyse sous forme de "séries". Aux côtés du terme "huitaine", qui existait bien avant la crise du coronavirus, est apparu le mot "quatorzaine" mais aussi "septaine", qui a interpellé la linguiste. "On a là un néologisme qui passe très bien dans le paysage, et qui répond à la nécessité de trouver un mot nouveau pour une situation nouvelle." Le terme désigne une période bien particulière. "Une septaine n'est pas une semaine, insiste la chercheuse, ce sont sept jours pendant lesquels il va y avoir un confinement."

Comment "présentiel" et "distanciel" se sont-ils imposés ?

"Tout ceci s'est mis en place lors du confinement, détaille Sandrine Reboul-Touré. On pourrait aussi dire des cours 'à distance'." Mais ici, à l'instar de nombreux mots liés à la crise du coronavirus, l'utilisation d'un autre terme "montre la volonté de marquer l'événement" précise la chercheuse. Dans la même lignée que "présentiel" et "distanciel", la chercheuse a noté l'utilisation de "démerdentiel" à la Une du journal Libération le 16 septembre dernier. "On a supposé que [ce mot] allait être un clin d'œil aux enseignants et qu'il serait compréhensible."

Les mots nouveaux se vulgarisent à toute vitesse avec internet et les réseaux sociaux.

Sandrine Reboul-Touré, enseignante en sciences du langage à l'université Paris 3-Sorbonne Nouvelle

à franceinfo

Entre les néologismes et les mots qui changent de sens, Sandrine Reboul-Touré observe une "grande effervescence" lexicale depuis plusieurs mois. Est-ce toujours le cas en temps de crise ? "Des mots qui se créent, il y en a tous les jours, rappelle l'enseignante. Ce que je trouve intéressant, c'est qu'avec le confinement [...] il y a eu un impact sur la langue."

Partagées lors des conversations téléphoniques, sur des messageries en ligne comme WhatsApp ou des réseaux d'entreprise, ces innovations ont pris "une ampleur extrême dans l'usage". En plus de rassurer, l'invention de nouveaux mots s'avère être "une nécessité" estime Sandrine Reboul-Touré. "Pour que l'on puisse échanger et se mettre d'accord sur des phénomènes nouveaux, il faut les nommer", conclut-elle.

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