VRAI OU FAKE Requins et baleines aperçus le long des côtes françaises : sont-ils plus nombreux à la suite du confinement ?

Illustration d\'un requin bleu.
Illustration d'un requin bleu. (LINDA PITKIN / MAXPPP)

Si les observations de requins et de baleines se multiplient sur le littoral français, le confinement n’a pas eu d’influence sur les populations ou les comportements de ces animaux aquatiques, expliquent les spécialistes.

Un requin bleu s’est échoué sur une plage de Capbreton dans les Landes, le 4 août dernier, rapporte le journal Sud Ouest. Deux jours plus tard, au large de la mediterrannée en face de Gruissan dans l’Aude, des plaisanciers ont eu la surprise de croiser une baleine. Des images qui rappellent celles partagées pendant le confinement comme à Menton début avril, où un requin s'était baladé le long de la côte. Sur les réseaux sociaux mais aussi dans certains médias, ces apparitions sont mises en rapport avec l'arrêt des activités humaines qu'a engendré le coronavirus. Mais existe-t-il vraiment un lien entre le confinement et ces apparitions ?

"Un biais cognitif"

Un requin bleu près des côtes françaises, "c’est très classique", explique Eric Stephan, co-fondateur de l’Apecs, l’Association pour l’étude et la conservation des sélaciens (l’ancien nom donné aux requins, raies et poissons cartilagineux). "Il est très présent sur la façade atlantique, poursuit-il. Pendant la période estivale, des spécimens de petite taille peuvent être observés." La rencontre insolite avec un rorqual commun au large de Gruissan n'est elle non plus pas si rare en cette saison. La population méditerranéenne s’élève à près de 5 000 individus. Il y a régulièrement des observations tout près de la côte", indique Aurélien Guay, guide naturaliste pour la société Découverte du Vivant. 

Les nombreuses vidéos partagées sur le retour des animaux marins près de nos côtes s'expliqueraient surtout par une attention renforcée lors du confinement. "On a eu plus d’observations près des côtes que ce que l’on peut avoir habituellement, c’est-à-dire à quelques centaines de mètres du bord, confirme Eric Stéphan. Il y a peut-être un lien avec le confinement avec moins de bateaux en mer et moins de dérangement. Mais c’est aussi le fait qu’il y ait plus de monde à pouvoir observer la mer." Une analyse que partage Nicolas Ziani, le scientifique référent du Groupe phocéen d’étude des requins : "C’est un biais cognitif, les gens voient plus de requins parce qu’ils ont plus de moyens d’observation et plus l’oeil sur la mer. Mais en fait, il y a la même fréquentation que les années précédentes."

Alors comment expliquer cette présence animale ? "Pour les requins bleus par exemple, ils reviennent à la côte pour mettre bas et ils le font depuis que la Méditerranée existe, indique Nicolas Ziani. L'autre raison est alimentaire : "S’ils ne trouvent pas leur nourriture au large, ils vont venir près des côtes." Quant à l’observation des baleines, "elles passent près du littoral soit parce qu’il y a de la nourriture, soit parce qu’elles rejoignent une autre zone", explique le guide naturaliste Aurélien Guay.

Le confinement n’a pas apporté plus de baleines ou de dauphins. Les animaux continuent à faire leur vie, un peu comme d’habitude.Aurélien Guay, guide naturalisteà franceinfo

Pour le scientifique Nicolas Ziani, si pendant les mois de confinement certains "lieux de vie sont redevenue libres, il n’y a pas de différence de comportement significative". La baisse de l’activité humaine a été trop courte pour avoir de véritables effets. "Le cycle de vie est beaucoup plus long que deux mois de confinement, explique Matthieu Lapinski, président de l’association Ailerons, une association de protection et de connaissance sur les requins et raies de Méditerranée française. Il aurait fallu un ou deux ans sans homme et sans interaction pour imaginer un effet sur des populations de requins ou d’autres espèces."

Des espèces de requins en danger

Cette présence n’est en tout cas pas à craindre. Les requins ne sont pas intéressés par la chaire humaine, mais ils restent des animaux sauvages. "Le seul danger, c’est les comportements déviants, prévient le scientifique Nicolas Ziani. Quand les gens voient des requins, ils sont trop curieux. Si on les provoque, ils peuvent avoir des comportements inattendus." 

Si on garde donc ses distances, apercevoir un requin, "c’est plutôt magnifique qu’un danger pour l’Homme", explique Matthieu Lapinski de l'association Ailerons. C’est une chance de voir les requins, on est sur les derniers individus de Méditerranée." Car si la population de baleines se portent plutôt bien, les requins et les raies sont en danger. Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn), 17 espèces de raies et requins sur les 58 dernièrement évaluées sont désormais classées en "risque d’extinction" en 2019. "Le problème réside plus dans des questions de pêche industrielle et de contamination de la chaîne alimentaire qui ont un impact énorme sur lequel la vie marine ne pourra jamais s’adapter", indique-t-il.

"Les espèces se sont adaptées à la présence des bateaux et des gens sur le littoral, avance Matthieu Lapinski. Il prévient, si on veut revoir la flore et certaines espèces marines sur nos côtes, "ça passera par notamment des choix de consommation différents", et ce n'est pas une question de confinement.

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