Crise sanitaire : plus de huit étudiants sur dix ont décroché dans leurs études (enquête)

Des étudiants rassemblés dans un amphithéâtre à Nanterre (Photo d\'illustration)
Des étudiants rassemblés dans un amphithéâtre à Nanterre (Photo d'illustration) (GERARD JULIEN / AFP)

Les étudiants ont été frappés de plein fouet, socialement et économiquement, par la crise sanitaire du coronavirus. D'après l'enquête de la Fage, les trois quarts d'entre eux déclarent avoir eu des difficultés financières. 

Les conséquences de la crise sanitaire et du confinement pour les étudiants sont nombreuses et graves. Socialement et économiquement, ils ont été profondément et durablement fragilisés. Les trois quarts ont eu des difficultés financières et plus de huit sur dix ont le sentiment d’avoir décroché dans leurs études. C'est ce qui ressort de l'enquête de la Fage, la Fédération des associations générales étudiantes, réalisée par Ipsos et publiée lundi 13 juillet.

Selon cette enquête, près des trois quarts des 18-25 ans (74%) déclarent avoir rencontré des difficultés financières au cours des trois derniers mois. La moitié avoue avoir eu des difficultés à payer leur loyer (54%) ou à avoir une alimentation saine et équilibrée (53%). Un jeune sur deux (51%) estime que la possibilité d'être un jour confronté à une situation de précarité est élevée.

Près des huit étudiants sur dix ont décroché dans leurs études

La santé des jeunes a également été particulièrement fragilisée. Plus d’un tiers (35%) a renoncé à se soigner au cours des trois derniers mois. Le plus souvent, c'est par crainte d’être contaminés par le virus (37%) ou par le manque de disponibilité du médecin (33%). Près des trois quarts d’entre eux (73%) déclarent avoir été affecté au niveau psychologique, affectif ou physique par le confinement, une proportion nettement plus importante que la moyenne des Français. Les deux tiers (64%) déclarent avoir ressenti le besoin de se confier à quelqu’un. Plus alarmant, près du quart des sondés (23%) reconnaît jusqu’à avoir eu des pensées suicidaires.

L'enquête met également en lumière l'impact de la crise sanitaire sur les études des 18-25 ans. Plus de huit étudiants sur dix (84%) ont le sentiment d’avoir décroché dans leurs études pendant le confinement. Pour autant, 82% des étudiants interrogés reconnaissent à leurs établissements d'avoir su mettre en place les conditions nécessaires au bon déroulement du suivi des cursus pendant la période.

Plus de difficultés d'accès au marché du travail 

Mais pour une part non négligeable d’entre eux (53%), le confinement a été rendu difficile par des raisons matérielles, problèmes de connexion, d'équipement ou d'environnement de travail pas adapté. À terme, ce confinement pourrait cependant avoir des répercussions plus durables sur la scolarité des étudiants. 84% des étudiants se disent favorables à la mise en place d'un contrôle continu. A noter que la place du numérique dans le parcours scolaire est salué par 73% des sondés. Près de huit sur dix (79%) pensent même qu'il devrait s'accentuer. Mais cela ne devra pas se faire au détriment de l'enseignement en présentiel. 83% se prononcent pour une complémentarité des deux, présentiel et numérique.

Enfin, la crise sanitaire aura eu des conséquences sans précédent pour l'accès à l'emploi des 18-25 ans. Près de 4 jeunes sur 10 (36%) à la recherche d’un emploi, engagés dans un processus de recrutement au moment du confinement, ont vu ce processus annulé ou suspendu. Pour les autres, les recherches se sont compliquées notamment compte tenu de l’absence d’offres (36%), une situation qui en a incité 24% à élargir ses critères de recherches. Conséquence : sept étudiants sur dix (71%) sont en attente d'un accompagnement pour faire face à la situation.

De fortes attentes sur le discours d'Emmanuel Macron 

Face à ce constat, la Fage en appelle au gouvernement. Elle demande notamment l’ouverture du RSA au moins de 25 ans, couplé à un accompagnement humain renforcé, une ouverture "primordiale" pour répondre aux attentes des jeunes. Cet accompagnement doit se faire par l'ensemble des acteurs, Pôle emploi, Apec, Missions locales. Cela ne doit pas être "des dispositifs qu'on empile" mais un vrai droit opposable pour ces jeunes. Pour faire face aux difficultés pour se soigner, la Fage demande que les étudiants, notamment boursiers, puissent avoir accès aux soins élémentaires, mais également à ceux permettant des conditions de vie décentes. Et pour répondre à la précarité financière de nombreux jeunes, la Fédération réclame notamment une augmentation du montant des bourses sur critères sociaux, la prolongation des bourses sur les deux mois d’été pour celles et ceux ayant une activité pédagogique, et une aide d’urgence pour la rentrée.

"Cela fait plusieurs mois qu'on alerte le gouvernement sur les conséquences de la crise sur ces jeunes-là", assure mardi sur franceinfo Orlane François, la présidente de la Fage."On attend que le gouvernement, qu'Emmanuel Macron fasse des annonces" à l'occasion du discours du 14-juillet. Mais au-delà des annonces, la Fage attend "des mesures concrètes, sans quoi la jeunesse va vraiment heurter un mur".

Cette enquête "Les jeunes face à la crise, l'urgence d'agir" de la Fage, a été réalisée par Ipsos du 18 au 22 juin 2020 par Internet auprès d'un échantillon représentatif de 1 000 personnes âgées de 18 à 25 ans.

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