Cinq questions sur la maladie inflammatoire qui touche des enfants et dont le lien avec le coronavirus semble de plus en plus probable

Un enfant à vélo, portant un masque de protection, à Bordeaux, le 5 avril 2020, lors de l\'épidémie de coronavirus.
Un enfant à vélo, portant un masque de protection, à Bordeaux, le 5 avril 2020, lors de l'épidémie de coronavirus. (FABIEN PALLUEAU / NURPHOTO / AFP)

En France, l'AP-HP dit avoir répertoriée plus de vingt cas, et affirme que ces enfants ont tous été "en contact avec le virus". Les symptômes de cette maladie ressemblent à ceux d'une pathologie connue, mais très rare : la maladie de Kawasaki.

Ce ne sont que quelques cas, mais ils donnent des sueurs froides à certains parents. Des médecins de plusieurs pays, dont la France, le Royaume-Uni, l'Espagne ou l'Italie, ont signalé ces derniers jours l'apparition de cas d'enfants présentant des pathologies graves pouvant aller jusqu'à la défaillance cardiaque. En France, on en compte "plus de vingt" en région parisienne, et quelques autres dans le reste du pays, a affirmé l'AP-HP jeudi 30 avril. La veille, sur franceinfo, le ministre de la Santé, Olivier Véran, affirmait prendre ces signalements "très au sérieux" et appelait à recueillir "le maximum de données possible".

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Les symptômes suggèrent une forme atypique d'une pathologie infantile rare mais connue : la maladie de Kawasaki. Mais certains des enfants touchés ont également été testés positifs au Covid-19 : c'est même le cas de la totalité de ceux testés par l'AP-HP en Ile-de-France. Un constat qui interroge sur un possible lien, pas encore confirmé, entre les symptômes et le coronavirus.

1Pourquoi parle-t-on soudainement d'une nouvelle maladie frappant des enfants ?

Le sujet émerge depuis quelques jours, après des alertes simultanées dans plusieurs pays. Au Royaume-Uni, la Société de soins intensifs pédiatriques a révélé (PDF en anglais), lundi, avoir reçu une alerte des services de santé concernant "une légère hausse du nombre d'enfants malades dans un état critique" présentant "un tableau clinique inhabituel", qui mêle des signes d'un syndrome de choc toxique, d'une forme "atypique" de la maladie de Kawasaki et du Covid-19. Le ministre de la Santé britannique, Matt Hancock, s'est dit "très inquiet" et a assuré que les autorités sanitaires se penchaient sur la question.

Ce même jour, l'Association pédiatrique espagnole (en espagnol) a informé les pédiatres du pays de l'apparition de cas de "chocs" et de nouveaux types de symptômes chez des enfants, depuis deux semaines. En Italie, une lettre a également été envoyée aux pédiatres, affirme le Corriere della sera (en italien). Un pédiatre urgentiste de Bergame, dans la région la plus touchée par l'épidémie, explique avoir identifié des cas dans son hôpital, le premier étant arrivé le 21 avril. Des cas ont également été rapportés aux Etats-Unis, et des soupçons existent en Belgique et en Australie.

En France, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé mercredi avoir reçu une alerte "de la part d'équipes parisiennes" au sujet de symptômes similaires à ceux évoqués outre-Manche. Jeudi, des responsables de l'AP-HP ont indiqué avoir recensé des cas à Paris mais aussi Nancy, Reims, Chambéry, Lyon et Montpellier. "Depuis un mois, on reçoit régulièrement des appels de réanimateurs pour des enfants qui présentent un tableau de myocardite sévère et qui ont, en plus, des signes de la maladie de Kawasaki", alertait dès mardi la professeure Isabelle Koné-Paut, responsable du réseau national de surveillance de la maladie de Kawasaki, dans La Dépêche du Midi.

2Cela concerne-t-il beaucoup d'enfants ?

Non, le nombre de cas signalés est très faible. En France, l'AP-HP évoquait jeudi "plus de vingt enfants", âgés de 3 à 17 ans, en Ile-de-France, et d'autres cas "en nombre beaucoup moins important" dans le reste du pays. Aucun n'est mort.

Au Royaume-Uni, Matt Hancock affirme n'avoir pas non plus connaissance de décès d'enfant liés à ce type de symptômes et assure, sans plus de précision, que "le nombre de cas est faible". L'Association espagnole de pédiatrie assure que "très peu de cas ont été signalés" et appelle les parents "au calme". En Italie, les autorités n'ont pas présenté de décompte, mais le pédiatre de Bergame interrogé par le Corriere della sera fait état de vingt cas dans son hôpital, et un homologue de Gênes dit en traiter cinq autres. 

Ce faible décompte dépasse cependant largement le nombre habituel de cas de la maladie de Kawasaki : à Bergame, l'hôpital Jean-XXIII dit en avoir reçu en un mois autant qu'il en reçoit habituellement en trois ans. En France, moins de 500 cas sont signalés chaque année, explique Le Point.

3Quels sont les symptômes de cette maladie ?

Les enfants atteints en Ile-de-France ont présenté d'abord plusieurs jours de fièvre élevée et de douleurs abdominales, avec parfois une éruption cutanée, avant de développer une défaillance cardiaque et circulatoire. Celle-ci est liée "à une réaction inflammatoire exagérée, mais qui apparaît à la troisième ou quatrième semaine", a détaillé Rémi Salomon, président de la commission médicale d'établissement de l'AP-HP. La Société britannique de soins intensifs pédiatriques, qui décrit sensiblement le même tableau, explique que les symptômes constatés mêlent des signes du Covid-19, d'un choc toxique lié à une infection, et de la maladie de Kawasaki.

Cette dernière se manifeste habituellement par une fièvre, des éruptions cutanées, le gonflement des ganglions et, dans les cas sévères, une inflammation des artères qui mènent au cœur. La maladie de Kawasaki est rare et encore mal connue. Ses causes ne sont pas établies avec certitude, explique à La Dépêche du Midi Alexandre Belot, chercheur à l'Inserm : "Elle pourrait être génétique, mais elle pourrait venir du déclenchement d'une stimulation par un virus."

Les malades signalés récemment en France ne correspondent par ailleurs pas complètement au profil habituel. "La tranche d'âge concernée par la maladie de Kawasaki, ce sont les moins de 5 ans, ici, les enfants sont un peu plus âgés", explique Isabelle Koné-Paut au Point. Elle note également que cette pathologie provoque normalement "une dilatation des artères coronaires, mais plus rarement une atteinte du muscle cardiaque". C'est pourtant ce qu'on constate chez certains enfants hospitalisés ces dernières semaines, qui ont dû être admis en réanimation. On ignore, enfin, quels sont les antécédents médicaux des enfants touchés : "Nous aurons les résultats rapidement sur ces enfants, sur leur dossier médical, pour pouvoir explorer" des solutions, a affirmé Olivier Véran.

4Quel est le rapport avec l'épidémie de coronavirus ?

L'apparition de ces cas en pleine pandémie a tout de suite posé question. Au Royaume-Uni, certains enfants présentant ces symptômes avaient été testés positifs au virus, mais d'autres ont également été testés négatifs, sans que l'on sache l'expliquer. Par ailleurs, ces premiers cas apparaissent alors que l'épidémie dure depuis des mois, et aucun signalement similaire n'a été fait dans des pays très touchés comme la Chine. 

Mais jeudi, l'AP-HP a apporté de nouveaux éléments. La vingtaine d'enfants répertoriés en région parisienne "ont tous été en contact avec ce virus [le nouveau coronavirus] à un moment ou un autre", a assuré Sylvain Renolleau, chef du service de réanimation de l'hôpital Necker-Enfants malades. Ce contact a été prouvé soit par un test virologique positif, mais "faible", donc plutôt en fin d'infection, soit par un test sérologique positif (présence d'anticorps), qui prouve aussi qu'ils ont été contaminés dans les semaines précédentes, a précisé le médecin.

Pour autant, cela ne suffit pas. "On n'a pas tous les arguments de certitude pour dire qu'il y a un lien de causalité directe" entre le fait que ces enfants soient porteurs du virus et les symptômes qu'ils présentent, a nuancé Damien Bonnet, chef du service de cardiologie médicale pédiatrique à Necker.

Les médecins de l'AP-HP ont tout de même émis l'hypothèse que la maladie observée soit similaire aux orages de cytokines, ces emballements dangereux du système immunitaire, soupçonnés de jouer un rôle dans l'aggravation de l'état de certains malades adultes du Covid-19. Ce ne serait pas incohérent avec les hypothèses liant le déclenchement de la maladie de Kawasaki à l'infection par des virus. Certains scientifiques ont même, par le passé, soupçonné certains coronavirus.

5Existe-t-il un traitement ?

On sait soigner la maladie de Kawasaki à l'aide d'anticorps, les immunoglobulines. Il n'est toutefois pas certain que ce traitement suffise aux enfants atteints ces dernières semaines : Isabelle Koné-Paut explique qu'il "ne semble pas suffisant pour éviter l'emballement inflammatoire dans les cas signalés. Donc il faut traiter les symptômes de la défaillance cardiaque." 

Reste qu'aucun mort n'a été signalé jusqu'ici dans les pays concernés. En Ile-de-France, les enfants hospitalisés "ont tous jusqu'à ce jour évolué favorablement en trois ou quatre jours de soins en réanimation", indiquait jeudi Sylvain Renolleau. Au Royaume-Uni, la Société de soins intensifs pédiatriques demande certes à ses membres de faire remonter les cas, mais n'a pas modifié ses consignes aux parents, à qui elle rappelle qu'il reste "très rare" que des enfants développent des complications importantes liées au Covid-19.

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