"Ce n’est pas possible d’avoir ces salaires quand on voit la qualité du personnel soignant" : l’amertume des soignants après les annonces d’Emmanuel Macron

L\'entrée des urgences de l\'hôpital civil de Colmar.
L'entrée des urgences de l'hôpital civil de Colmar. (VANESSA MEYER / MAXPPP)

Encourageantes pour le personnel soignant, les annonces du président de la République mercredi n’en restent pas moins tardives, à en croire le médecin chef du service des urgences et du Smur des hôpitaux civils de Colmar, qui confie un épuisement teinté d’amertume.

Depuis Mulhouse, dans le Grand-Est, rudement touché par l’épidémie de coronavirus, Emmanuel Macron a appelé mercredi 25 mars à l’union pour mener la guerre contre le virus. Avec, en sus, l’annonce d’heures supplémentaires majorées et une prime exceptionnelle pour "l'ensemble des personnels soignants et des fonctionnaires mobilisés", la mise en place d'un "plan massif d'investissement et de revalorisation de l'ensemble des carrières" pour l'hôpital, une fois la crise du coronavirus passé.

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Pour Éric Thibaud, médecin chef du service des urgences et du Smur des hôpitaux civils de Colmar, ces promesses arrivent tard. Elles sont encourageantes mais devront être suivies d’actes. "Je pense aux médecins, mais surtout aux paramédicaux, dont les salaires sont insultants pour le niveau d’engagement, indique-t-il. Personne ne se défile, tout le monde va au combat et ce n’est pas possible d’avoir de tels salaires, aussi bas, parmi les plus bas de l’OCDE quand on voit la qualité du personnel que l’on a…"

"Personne ne peut imaginer ce qui se passe à l’intérieur"

Lui est au front depuis trois semaines et nous reçoit lors de son seul jour de repos. "Personne ne peut imaginer ce qui se passe à l’intérieur, soupire le Dr Thibaud. Même nous, on a du mal à le réaliser tellement c’est surréaliste. Ce qu’on vit, c’est quelque chose qui n’arrive même pas une fois par siècle."

"Ce qui est surréaliste, poursuit le Dr Thibaud, c’est que d’habitude on a une activité qui est de l’ordre de 135 malades par jour, et on n’en intube pas un tous les jours. À l’heure actuelle, notre activité a été divisée par deux, c'est-à-dire qu’on en reçoit à peu près 70, dont une bonne moitié suspectée de coronavirus. Et on en intube dix par jour. C’est ça, ou ils meurent : on ne se pose pas la question."

"Je pense que ce n’est pas explicable : ce n’est qu’en le vivant qu’on le comprend, poursuit le médecin. Et je ne souhaite à personne de le vivre." Depuis trois semaines, Éric Thibaut et ses équipes appliquent les codes de la médecine de guerre. Une médecine de catastrophe chronique.

Quand une semaine horrible termine, un week-end horrible commence et quand le week-end horrible est terminé, on entame une autre semaine horrible. Il n’y a pas de différence d’un jour à l’autre.Dr Éric Thibautà franceinfo

Il espère que le pic de l’épidémie sera atteint en début de semaine prochaine. Lui et sa femme auront alors le temps de s’occuper de leurs enfants. À ce sujet, ils n’oublient pas le début de la crise et cette décision de certains enseignants, qui ont eu peur de la contamination et ont décliné les demandes de volontariat pour les accueillir. "Cela fait passer nos enfants pour des pestiférés, regrette-t-il, amer. Ce qui est difficile à entendre pour des parents. Surtout qu’accessoirement, on se met en danger quotidiennement et qu’il est important que d’autres se mettent en danger pour nous…" Les blouses blanches ne savent pas quand la crise va se terminer. "Mais quand elle sera passée, promet Éric, on pourra fêter ça pour oublier…"

L’amertume des soignants après les annonces d’Emmanuel Macron - reportage Valentin Dunate
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