"C'est pour les personnes qui n'ont pas à manger" : face aux carences de l'État italien et au pouvoir de la mafia, les Napolitains s’entraident

Les paniers solidaires fleurissent dans les vicoli de Naples, \"celui qui peut donne, celui qui ne peut pas prend\".
Les paniers solidaires fleurissent dans les vicoli de Naples, "celui qui peut donne, celui qui ne peut pas prend". (BRUCE DE GALZAIN / RADIO FRANCE)

Depuis le début de la crise du coronavirus, les initiatives se multiplient à Naples pour venir en aide au plus pauvres.

Difficile pour les Napolitains de rester chez eux en ces temps de déconfinement en Italie, ils sont de plus en plus nombreux dans les rues de la ville. Au détour d'un minuscule "vicolo" dans le cœur battant de Naples, le siège de l'association de théâtre de Vico Pazzariello. Il est midi et Massimo, qui vit au siège de l'association de théâtre de rue, est aux fourneaux :  "Je suis en train de faire la bella pasta aux choux, et avec du ragoût d'hier car nous ne jetons rien."

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"C'est pour les personnes qui n'ont pas à manger, les clochards, et maintenant pour beaucoup de familles qui ne peuvent même plus manger", explique Massimo. Les habitants de Naples s’entraident depuis le début de la crise du coronavirus. Les initiatives citoyennes se multiplient face aux carences de l'État et au pouvoir de la mafia.

Le siège de l\'association Vico Pazzariello à l\'angle d\'un \"vicolo\" à Naples en Italie.
Le siège de l'association Vico Pazzariello à l'angle d'un "vicolo" à Naples en Italie. (BRUCE DE GALZAIN / RADIO FRANCE)

Des paniers solidaires pour les plus pauvres

Massimo apporte ensuite ses pâtes à quelques dizaines de mètres, chez Angelo Picone, le fondateur de l'association Vico Pazzariello qui a eu l’idée de créer les paniers solidaires sur lesquels sont écrits "Celui qui peut donne, celui qui ne peut pas prend". Govin, 67 ans mais qui en paraît 10 de plus, prend.  "Je préférerais pouvoir acheter tout seul, sans avoir besoin de demander quelque chose. Mais je ne demande même pas, ils me l'offrent spontanément", affirme Govin qui ne cesse de remercier Angelo Picone et sa femme Pina Andelora pour leur idée de paniers solidaires.

Massimo Kislitsa cuisine pour les plus démunis au siège de l\'association de théâtre de rue Vico Pazzariello.
Massimo Kislitsa cuisine pour les plus démunis au siège de l'association de théâtre de rue Vico Pazzariello. (BRUCE DE GALZAIN / RADIO FRANCE)

Cette initiative d'Angelo comble un vide. "Nous ne voulons pas nous substituer à l’État, c'était clair depuis le début, explique Angelo. C'est symbolique, nous ne pouvons pas faire plus, et puis on est fatigués. Si on a lancé les paniers solidaires c'est parce que la Caritas a cessé de distribuer des repas. Le plus beau de tout cela, c'est que les paniers se sont remplis tout de suite."

La mafia profite de la crise

Personne à la mairie ou à la région n’a remercié Angelo, les autorités sont absentes selon lui et pourtant la mafia profite de cette situation de crise. Le ministre du Sud et de la Cohésion territoriale, Giuseppe Provenzano, le reconnaît : "Les personnes les plus vulnérables peuvent être exposées au chantage des mafias. Mais lorsqu'elles ont lancé leur propagande, même sur les réseaux sociaux, en proposant des aides alimentaires aux familles en difficulté, l’Etat a répondu présent et nous avons mis en place des bons alimentaires."

Dans le coeur de Naples, personne ne dit avoir vu la mafia qui œuvre davantage en périphérie et sait parfaitement s’adapter selon le ministre du Sud.

Solidarité alimentaire à Naples : écoutez le reportage de Bruce de Galzain
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