"C'est le flou", "j'attendais des mesures plus strictes" : l'opposition attend plus de précisions après les annonces d'Emmanuel Macron

L\'allocution d\'Emmanuel Macron lundi 16 mars.
L'allocution d'Emmanuel Macron lundi 16 mars. (STÉPHANIE BERLU / FRANCE-INFO)

"Le président de la République a eu raison de rappeler que c'est notre responsabilité collective", estime le délégué général de la République en Marche. A l'inverse, Olivier Faure (PS) dénonce "le flou" des annonces.

Emmanuel Macron a annoncé de nouvelles mesures pour restreindre encore plus les déplacements des citoyens sur le territoire pour lutter contre le coronavirus. Les réactions sont contrastées.

"Lorsqu'on déclare la guerre, il faut que les ordres soient clairs", réagit Marine Le Pen (Rassemblement national)

"Je ne vous cache pas que je suis un peu dubitative sur le style de confinement qu'il attend des Français", affirme Marine Le Pen. "Je pense que beaucoup de Français n'ont pas compris ce que le président de la République attendait d'eux. Et c'est un problème". Elle craint que le message délivré par le chef de l'Etat "ne passe pas auprès de tout le monde". Et elle pose des questions qui, selon elle, n'ont pas trouvé de réponse dans l'allocution du président de la République. "Est-ce qu'on peut aller travailler quand le télétravail n'est pas possible ? Si oui, est ce qu'on peut prendre les transports en commun ? En commun veut dire avec beaucoup d'autres personnes. Est-ce qu'on peut voir ses voisins ou est-ce qu'on ne peut pas les voir ?"

Marine Le Pen fait remarquer qu'Emmanuel Macron "n'a pas utilisé" le terme de confinement. "Ce n'est donc pas un confinement", affirme la patronne du RN. "Si ça n'est pas un confinement, est ce que véritablement, ce choix est à la hauteur de ce qu'attendait manifestement la communauté médicale, qui indique que le seul moyen de limiter cette épidémie, c'est le confinement strict de la population du type de celui qui a été choisi par l'Espagne et par l'Italie ?"
"Les décisions doivent être prises et les instructions doivent être clairement indiquées. Je pense que l'allocution du président de la République, à ce titre, manquait de clarté".

Adrien Quatennens (France Insoumise) appelle les Français à "écouter et appliquer les consignes"

Adrien Quatennens, député du Nord et coordinateur de La France insoumise appelle "les Françaises et les Français à écouter et appliquer strictement les consignes qui sont conférées par les autorités" après les nouvelles mesures plus strictes annoncées par Emmanuel Macron pour lutter contre le coronavirus.

"De ce point de vue, le président de la République aurait pu clairement prononcer le mot. Il faut organiser partout où c'est possible, les conditions du confinement", a-t-il dit. "Ce virus nous met toutes et tous au pied du mur et nous sommes pour notre part disposés au rassemblement que sollicite le président de la République", a affirmé le député.

Le temps viendra, après la crise, de tirer le bilan, y compris calendaire, de la gestion du gouvernementAdrien Quatennens, député du Nord et coordinateur de La France Insoumiseà franceinfo

Le député du Nord pose cependant une condition : "que la démocratie suive son cours et il ne peut pas être question, même en période de crise majeure comme celle que nous vivons, de conférer au président de la République les pleins pouvoirs", a-t-il souligné.  "L'opposition que nous sommes, par exemple, doit pouvoir continuer son action de contrôle du gouvernement".

Olivier Faure (PS) déplore "le flou" du discours du président

“Nous sommes en guerre contre un virus. Mais j'aurais aimé que le président de la République mette les mots sur les mesures qu'il faut prendre”, a-t-il estimé.  “J'attends maintenant les précisions qu'apportera le Premier ministre. On ne peut pas être flou si c'est la guerre, alors il faut se mettre en situation de la mener”, a déclaré Olivier Faure, le Premier secrétaire du Parti socialiste.

Et pour la mener, il faut des mesures précises. Il faut qu'on dise aux gens ce qu'ils doivent faire chacun à son poste. Qu'est ce que je dois faire, moi, comme citoyen? Qu'est ce que je dois faire, moi, comme chef d'entreprise? Qu'est ce que je dois faire, moi, comme chaîne du service public? Moi, comme maire ?  Il faut que chacun sache ce qu'il est conduit à faire aujourd'hui. Quel est le comportement adéquat?”, a asséné Olivier Faure déplorant que “cette déclaration” n'ait “pas tellement éclairé” les Français.

Il faut dire aux Français, pour qu'ils changent de comportement, que nous sommes dans une forme de confinement à l'italienneOlivier Faure, Premier secrétaire du PSà franceinfo

Et de lancer un message aux Français : “Le virus, malheureusement, va de plus vite  et donc il faut absolument enrayer la contagion. Et ca suppose que chacun ait un comportement exemplaire”.

Aurélien Pradié (LR) a "encore des doutes, des questionnements sur les déplacements" des Français

Aurélien Pradié, député du Lot, secrétaire général du parti Les Républicains, a indiqué sur franceinfo qu'il avait "comme citoyen encore des doutes, des questionnements sur les déplacements qui seront permis ou qui ne le seront pas" après avoir "écouté avec beaucoup d'attention le président de la République".

"J'ai moi-même, comme citoyen encore des doutes, des questionnements sur les déplacements qui seront permis ou qui ne le seront pas. Est-ce que le confinement est absolument nécessaire ? Et s'il l'est, il ne faut pas hésiter une seule seconde. Je considère que les parlementaires, dans ce texte de loi, auront à faire la clarification. Si la situation est grave, les décisions doivent être graves parce ce qu'il s'agit de la vie des Français", a-t-il affirmé.

Il s'agit d'enjeux vitaux et c'est évidemment une période de mobilisation. Il faut que le discours politique soit très clair. Si nous sommes en guerre, alors il faut que les dispositions soient à la hauteur d'une guerreAurélien Pradié, secrétaire général des Républicainsà franceinfo

Le député estime que le monde politique n'a pas vu venir le danger : "On peut objectivement se dire que dans une responsabilité collective à la fois le président de la République, l'exécutif, mais aussi des partis politiques ont sûrement sous-estimé les choses jusque-là. Désormais, il ne faut plus perdre une seule seconde", a-t-il dit.

"J'attendais personnellement des mesures plus strictes", déplore Fabien Roussel (Parti communiste)

"Je reste un peu sur ma faim", a réagi de son côté Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste et député PC du Nord, après les annonces d'Emmanuel Macron pour faire face au coronavirus.
"J'attendais personnellement des mesures plus strictes, plus claires, plus nettes pour nos concitoyens", affirme Fabien Roussel. "Il y a effectivement besoin d'avoir un confinement renforcé pour l'ensemble des Français", souligne le député.

Mais il s'étonne que "des secteurs de l'économie non indispensables" vont continuer à tourner. Fabien Roussel cite le secteur de l'industrie. "Je ne vois pas pourquoi les salariés devraient continuer à fabriquer des métros chez Alstom. Ils peuvent s'arrêter pendant 15 jours, trois semaines". Le député du Nord prend pour exemple Renault, "qui met à l'arrêt ses lignes de production" et Michelin. "Il y a des secteurs comme ça qui ne sont pas stratégiques pour l'économie du pays, où les salariés devraient être eux aussi appelés au confinement tout en conservant leur salaire", affirme Fabien Roussel. "Il faut freiner ce virus", insiste le patron du PC. "Nous devons donc le plus possible rester chez nous pendant quinze jours, trois semaines s'il le faut".

Stanislas Guerini (LREM) : "On va le faire tous ensemble, comme une nation rassemblée"

Le délégué général de La république en Marche, a affirmé lundi 16 mars sur franceinfo que c'est par le "civisme" des Français qu' "on pourra venir à bout de ce virus". Selon lui, "on va le faire tous ensemble, comme une nation rassemblée", a-t-il ajouté.

Je crois qu'il faut que la nation tout entière soit mobilisée pour vaincre ce virus. Le président de la République a eu raison de rappeler que c'est notre responsabilité collective individuelle, chacun en nous protégeant, on protégera les autres.Stanislas Guerini, délégué général de la République en Marcheà franceinfo

"Par nos actions quotidiennes, par notre prudence, par notre responsabilité, par notre civisme, on pourra venir à bout de ce virus. On va le faire tous ensemble, comme une nation rassemblée", a-t-il affirmé. Stanislas Guerini confirme le consensus politique pour notamment reporter le deuxième tour des élections municipales : "Il y avait un consensus. Effectivement, à la fois pour les questions sanitaires, les décisions qui ont été prises et annoncées ce soir par le président de la République, mais aussi pour les questions politiques liées à l'organisation des élections. Je crois que tout le monde était d'accord pour dire qu'il est plus raisonnable, évidemment, de décaler, de reporter le tour des élections municipales", a-t-il expliqué.

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