C'est dans ma tête. Épidémie de Covid-19 : une épreuve psychologique majeure pour tous

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

La peur du virus, les écoles fermées, les enfants à la maison, les supermarchés pris d’assaut, et maintenant le confinement, avec le pic de la maladie qui n'est pas encore atteint, les équipes soignantes en passe d'être débordées. L'épidémie de Covid-19 est une épreuve psychologique très lourde pour toutes et tous. Claude Halmos nous explique pourquoi. 

Le confinement et l'absolue nécessité de rester à la maison, avec ses enfants, l'angoisse de la solitude quand on vit seul, la peur du virus pour tous, et encore plus, pour tous ceux qui continuent de travailler en prenant des risques, les écoles fermées, les supermarchés pris d’assaut...La dangerosité extrême du Covid-19 constitue pour chacun d'entre nous un épisode psychologique très difficile à vivre. La psychanalyste Claude Halmos nous aide à comprendre ce que tout cela met en jeu dans nos têtes. 

franceinfo : comment pouvons-nous essayer de vivre au mieux (ou au moins mal) cette période ?

La période que nous traversons constitue pour tout le monde, c’est-à-dire même pour les plus équilibrés d’entre nous, une épreuve psychologique très lourde.

Vous pouvez nous expliquer pourquoi ? 

Nous sommes tous confrontés, et qui plus est brutalement, à quelque chose dont nous ne pouvions même pas imaginer que nous aurions un jour à en faire l’expérience. Les épidémies nous semblaient des phénomènes très éloignés. Soit dans l’espace : elles concernaient d’autres continents ; soit dans le temps, en arrière : la grippe espagnole était une référence d’un autre siècle. Et tout cela était accentué par l’idée que nous pensions la médecine capable de tout guérir, ou presque. Certains en venant même à penser que les vaccins étaient désormais inutiles…

Or, tout à coup, un virus particulièrement dangereux surgit, pour lequel on n’a, pour l’instant, ni médicament ni vaccin ; et les services hospitaliers pourraient être débordés. Le monde s’écroule. Et cela provoque, évidemment, différents types de réactions.

Lesquelles ?

La première, et la plus dangereuse, pour les individus, comme pour la société, est le déni : on fait comme si l’épidémie n’existait pas. Ce déni peut être lié soit à l’inconscience soit, au contraire, à une tentative de conjurer une angoisse qui serait trop insupportable. Et, ajouté à une difficulté à accepter la frustration, ce déni amène certaines personnes à se conduire comme des enfants de trois ans, qui se brûlent sur la porte du four, parce qu’ils sont persuadés que c’est pour les embêter, que leurs parents leur disent de ne pas y toucher.

Et puis, il y a les personnes qui acceptent de regarder la réalité en face. Et c’est psychologiquement très éprouvant.

Pourquoi ?

Cela suppose d’une part, d’être confronté à la peur de la maladie et de la mort, pour soi, et pour ses proches. Et d’une façon particulièrement angoissante puisque, ce virus étant nouveau, on a du mal à faire, quant à cette peur, la part entre le fantasme et la réalité. Et cela suppose d’autre part de s’imposer, à chaque instant, dans la réalité, des obligations et des interdits. Et donc de bouleverser des gestes quotidiens qui, même s’ils ont l’air anodins, nous servent en fait, par la façon dont ils se répètent chaque jour à l’identique, à nous retrouver. C’est très perturbant. 

Et en plus, il y a désormais le confinement, qui pose des problèmes spécifiques, et par rapport auquel il va nous falloir inventer, chacun, de nouvelles façons de vivre.
Et cette chronique va se mettre d’ailleurs, à partir de la semaine prochaine, au service de cette "invention". Vous pouvez nous faire part de vos difficultés, de vos questions, de vos solutions. Et nous essaierons de fabriquer, ensemble, une sorte de "mode d’emploi psy du confinement". C’est dans ma tête devient, provisoirement "Confinement : mode d’emploi". Nous attendons vos messages.

Les auditeurs peuvent poser leur(s) question(s) dès 8h, à partir de lundi 23 mars, au 01 56 40 41 11, via le live de franceinfo.fr ou sur twitter, avec le #OnVousRépond. Experts, médecins, scientifiques, psychologues, spécialistes du droit du travail, tous répondent à l’appel pour écouter, échanger et répondre aux questions des Français. 

Vous êtes à nouveau en ligne