Baisse des émissions de CO2 pendant les confinements : "Ça donne une idée de l’ampleur des mesures qu’il faudrait prendre" constate une climatologue

La climatologue Corinne Le Quéré, à Madrid (Espagne), le 20 juin 2019. 
La climatologue Corinne Le Quéré, à Madrid (Espagne), le 20 juin 2019.  (KIKO HUESCA / EFE)

Corinne Le Quéré, climatologue, invitée de franceinfo mercredi 20 mai, affirme que les émissions mondiales de CO2 ont baissé de 8,6% entre le 1er janvier et le 30 avril 2020, avec l'arrêt de nombreuses économies. 

Une étude publiée ce mardi 19 mai dans Nature Climate Change donne un bilan écologique précis du confinement. Du 1er janvier au 30 avril, la mise à l'arrêt de l'économie a entraîné une baisse de 8,6% des émissions mondiales de CO2. La baisse est encore plus marquée en France. Cette baisse "donne une idée de l’ampleur des mesures qu’il faudrait prendre", estime Corinne Le Quéré, climatologue et auteure principale de l’étude. Elle évoque "une baisse inédite" mais qui ne va pas durer. "Dès que les activités reprennent, les émissions qui vont avec reprennent."

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franceinfo. Une chute spectaculaire des émissions de CO2 de plus de 8,5% sur les 4 derniers mois. Cette baisse est inédite ?

Corinne Le Quéré. Oui, elle l’est. Il faut remonter très loin, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, pour pouvoir noter une baisse aussi importante. C’est un milliard de tonnes de CO2 en moins qu’on a mis dans l’atmosphère. Maintenant, on continue d’émettre plus de 90% des émissions normales donc c’est une baisse inédite mais on a quand même un problème qui persiste derrière. Cette baisse n’est pas durable parce qu’elle n’est pas basée sur des changements structurels. Aussitôt le confinement terminé, on reviendra très certainement au niveau antérieur car la baisse est causée en grande partie par le changement des transports routiers parce que les gens sont à la maison. Dès que les activités reprennent, les émissions qui vont avec reprennent.

Ces chiffres ne sont pas le fruit d’une politique volontaire mais faut-il s’en servir pour éveiller les consciences, provoquer des changements ?

Oui, on voit que dès que l’on met des politiques en place, les émissions répondent rapidement voire immédiatement. Bien sûr, ce n’est pas le genre de politiques que l’on veut avoir maintenant mais les gouvernements qui préparent leurs plans de relance ont une opportunité pour faire des investissements structurels qui pourraient amener une baisse en émissions d’année en année presque aussi importante que celle de cette année et c’est ça qui ferait une différence pour répondre aux changements climatiques.

Est-ce que la baisse provoquée par cette situation suffira à provoquer une baisse sur l’ensemble de l’année ?

Ca dépend beaucoup de ce qui va se passer le reste de l’année. Si les activités reviennent à la normale en juin, soyons optimistes, la baisse en émissions pourra être de 4% dans l’année. Au contraire, si on a encore des mesures de confinement partout à travers le monde, la baisse pourrait atteindre 7%. Mais ça donne une idée de l’ampleur et de l’échelle des mesures qu’il faudrait mettre en place.

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