Baisse des émissions de CO2 : "Il faudra répéter une telle diminution chaque année d'ici 2030 pour respecter l'objectif de 1,5 ou 2 degrés", estime Jean Jouzel

Le climatologue Jean Jouzel à Paris, le 13 janvier 2020 (photo d\'illustration).
Le climatologue Jean Jouzel à Paris, le 13 janvier 2020 (photo d'illustration). (ALAIN JOCARD / AFP)

Du 1er janvier au 30 avril, la mise à l'arrêt de l'économie en raison de l'épidémie de coronavirus a entraîné une baisse de 8,6% des émissions mondiales de CO2 selon une étude publiée dans le Nature Climate Change.

"Il faudra répéter une telle diminution chaque année d'ici 2030 pour respecter l'objectif de 1,5 ou 2 degrés", a indiqué sur franceinfo vendredi 22 mai, Jean Jouzel, climatologue, glaciologue, ancien vice-président du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), alors qu'une étude publiée dans Nature Climate Change donne un bilan écologique précis du confinement. Du 1er janvier au 30 avril, la mise à l'arrêt de l'économie a entraîné une baisse de 8,6% des émissions mondiales de CO2. "Il faut complètement modifier notre approche du développement économique et se désintoxiquer des combustibles fossiles", explique Jean Jouzel. Pour le climatologue, "tout doit être mis en œuvre pour changer notre mode de développement. C'est le principal message de cette crise économique associée à la crise sanitaire".

franceinfo : C'est un effet collatéral de la crise du coronavirus, avec la mise en place du confinement, les émissions de CO2 auront baissé dans le monde sur les quatre premiers mois de l'année. Faut-il donc arrêter l'économie mondiale pour sauver la planète ?

Non, il ne faut pas arrêter l'économie mondiale, il faut complètement la réorienter. Ce que nous dit cette diminution qui va être de l'ordre de 5 à 6% à l'échelle annuelle, c'est qu'il faudra répéter une telle diminution chaque année d'ici 2030 pour respecter l'objectif de 1,5 ou 2 degrés pour aller ensuite vers une neutralité carbone. Ce n'est pas en repartant sur le même système économique que nous allons réussir. Il faut complètement modifier notre approche du développement économique et se désintoxiquer des combustibles fossiles.Tout doit être mis en œuvre pour changer notre mode de développement. C'est le principal message de cette crise économique associée à la crise sanitaire.

Nous sommes, chacun de nous, concernés. Il faut absolument que le monde d'après soit différent de celui que nous avons vécu depuis une cinquantaine d'années.Jean Jouzel, climatologueà franceinfo

Nous disons depuis au moins une quinzaine d'années que 2020 sera une année charnière c'est un hasard que cette année 2020 soit celle du Covid-19, avec une crise économique majeure. Ça doit nous faire réfléchir. Il ne suffit pas d'une baisse économique, d'une baisse d'activités pour réussir à lutter contre le réchauffement climatique.

L'organisation de ce sommet annoncé par Emmanuel Macron à Marseille en 2021, le One Planet Summit, c'est une bonne nouvelle ?

Oui, c'est une bonne nouvelle. Ce sommet était prévu au mois de juin, c'est donc un déplacement de quelques mois. C'est très important dans son aspect de la biodiversité. Il y a un lien très fort entre la biodiversité, le climat et le réchauffement climatique. Quand on regarde les causes de la perte de la biodiversité au cours des dernières décennies, le réchauffement climatique vient au 3e rang, après nos activités, la déforestation, le remembrement dans nos régions, les produits phytosanitaires, la surpêche, mais aussi l'artificialisation des sols. Le climat joue pour 13 à 15% de la perte de notre biodiversité au niveau mondial depuis une cinquantaine d'années.

Ce genre de sommets peut vraiment faire bouger les choses ?

Oui, je le pense pour le climat. On a eu cette convention climat en 1992, la mise en œuvre du GIEC et des réunions annuelles. L'existence de la convention climat a été une bonne chose. La convention biodiversité a été mise en place également en 1992 lors du sommet de la Terre à Rio. C'est très important qu'il y ait cette synergie dans la communauté scientifique. Je pense que je serai à Marseille au mois de janvier prochain.

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