Diagnostics tardifs, traitements reportés... Des spécialistes alertent sur la situation des malades du cancer pendant l'épidémie de Covid-19

Un chirurgien traite un patient atteint d\'un cancer avec la méthode de la chimiothérapie intrapéritonéale pressurisée par aérosol (Pipac), le 7 juin 2019 au centre Georges-François Leclerc à Dijon (Côte-d\'Or). 
Un chirurgien traite un patient atteint d'un cancer avec la méthode de la chimiothérapie intrapéritonéale pressurisée par aérosol (Pipac), le 7 juin 2019 au centre Georges-François Leclerc à Dijon (Côte-d'Or).  (ROMAIN LAFABREGUE / AFP)

D'après le professeur Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer, quelque 30 000 malades pourraient ainsi ne pas avoir été diagnostiqués.

Des soins retardés, en pleine pandémie de Covid-19. Même si les autorités ont martelé l'importance, pour les malades du cancer, de poursuivre leur traitement pendant l'épidémie, les conséquences sur la prise en charge ont été bien réelles et l'urgence s'imposera après le déconfinement, avertissent des spécialistes.

>> Coronavirus : suivez l'évolution de la situation dans notre direct

"Mon dernier traitement a été reporté de six semaines. Avec un coup de fil pour me dire que c'était moins dangereux que de s'exposer au Covid", s'inquiète Roger, 62 ans, toujours en immunothérapie à cause d'un cancer du poumon.

"Le nombre de diagnostic a été divisé par deux"

Adèle, 40 ans, était elle en plein traitement pour un cancer du sein diagnostiqué en septembre lorsque le nouveau coronavirus s'est répandu en France. Cette Parisienne s'est alors confinée dans la maison familiale en province. "A un moment je me suis demandé, où est-ce que je vais être suivie ? Est-ce que je vais être dans la nature ?", relate-t-elle. Le transfert de son traitement s'est finalement bien passé et elle attend désormais d'entamer une radiothérapie. 

Mais entre les retards de traitement et ceux dans la détection de nouveaux cas, le système dans son ensemble risque d'être déstabilisé. "Durant ces deux mois, le nombre de cancers diagnostiqués a été divisé par deux", explique le professeur Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer, citant les remontées du terrain hospitalier.

Le coronavirus a fait peur aux malades qui ont été dissuadés de se faire dépister, de consulter.Axel Kahnà l'AFP

Les chiffres sont simples et inquiétants : avec près de 400 000 nouveaux cas de cancer par an en France, quelque 30 000 malades n'auront ainsi pas été diagnostiqués. La multiplication des scanners pulmonaires pour confirmer les infections au Covid-19 a toutefois pu permettre la détection de certaines tumeurs.

"Il faut vite reprendre les traitements" 

Une situation "très inquiétante" pour Axel Kahn, qui pointe deux conséquences : les prises en charge trop tardives des malades et le risque de saturation lors de la reprise normale des activités.

Si aux reports d'examens de contrôle, de chimiothérapies, radiothérapies, des opérations chirurgicales programmées, vous rajoutez tous les dépistages en retard, on risque un très grand embouteillage.Axel Kahnà l'AFP

Autre conséquence des mesures de confinements dues à la pandémie : les interruptions de traitements. Outre les déprogrammations par les hôpitaux, certains malades ont préféré "rester très prudemment confinés pour se protéger", relève Eric Solary, président du conseil scientifique de la fondation ARC pour la recherche sur le cancer. "Il faut vite reprendre les traitements."

Par les sujets de préoccupation des spécialistes du cancer figurent aussi les interactions possible entre le nouveau coronavirus et le cancer. L'ARC a lancé un appel pour financer des projets de recherche sur ces questions et 70 sont déjà sur les rangs. Il s'agit de "mesurer les impacts sur la prise en charge et voir comment aider rapidement les cliniciens à adapter les traitements, comment utiliser les médicaments dans ce contexte qu'on connaît mal", explique Eric Solary. 

Pour tous ces spécialistes, il est urgent de remettre sur les rails et relancer la lutte contre le cancer. Axel Kahn regrette néanmoins un "effondrement des dons" depuis le début de la pandémie.

Vous êtes à nouveau en ligne