Comment mieux prévenir le suicide des agriculteurs ?

Derrière la vitrine du Salon de l'agriculture qui a ouvert ses portes à Paris vendredi, le malaise de la profession est réel. C'est l'une des plus exposées au risque de suicide.

"La plus grande ferme de France" est aux portes de Paris pour quelques jours : le Salon de l'agriculture attire chaque année des milliers de visiteurs. Mais derrière la fierté de présenter ses plus belles bêtes et ses meilleurs produits, la réalité est parfois plus difficile. Selon une étude publiée vendredi par Santé Publique France, 13,6% des exploitants agricoles présentent une "symptomatologie dépressive", une proportion qui passe à 19,1% chez les femmes.

Le Dr Véronique Maeght-Lenormand, médecin du travail à la Mutuelle sociale Agricole, a répondu aux questions du Magazine de la santé.

  • Existe-t-il des chiffres précis concernant le suicide des agriculteurs ?

Dr Véronique Maeght-Lenormand : "Nous n'avons pas le nombre précis de suicides mais il existe des études de Santé Publique France (...) qui ont montré une surmortalité par suicide, particulièrement chez les exploitants agricoles. Avec des années à très forts risques (2008 à 2009), principalement chez les éleveurs bovins. Cela nous permet, à la MSA, de mener des actions plus spécifiques auprès de ces populations."

  • De quoi souffrent les agriculteurs ?

Dr Véronique Maeght-Lenormand : "C'est la sensation d'isolement, le manque de vie sociale, le fait de se sentir seul. La particularité du secteur agricole c'est que les exploitants sont souvent à la fois gestionnaires et ouvriers. Il faut qu'ils prennent des décisions. Et aujourd'hui, ils doivent même gérer toutes les données informatiques... Des charges importantes pour une persone, ce qui explique un vrai sentiment de solitude dans cette population."

  • Les agriculteurs ont aussi fait l'objet de critiques lors des crises sanitaires...

Dr Véronique Maeght-Lenormand : "Il y a souvent une image négative qui circule sur le milieu agricole. On dit facilement que ce sont des « pollueurs », des « profiteurs » avec des aides européennes, que c'est à cause d'eux que l'on mange des aliments pollués. Ils font pourtant un métier très beau, ils nourrissent la population mais quand on n'arrête pas de dénigrer ce que vous faites, il peut y avoir des moments où on est très découragé, on n'a plus goût à rien..."

  • Et dans le monde agricole, on n'a pas l'habitude de se plaindre...

Dr Véronique Maeght-Lenormand : "On dit que les agriculteurs sont des taiseux, qu'ils ont du mal à exprimer leurs émotions et surtout à dire quand ça ne va pas. Il faut être fort, souvent ce sont les parents ou les grands-parents qui ont transmis l'exploitation... L'exploitant doit leur montrer qu'il "est capable de tenir"..."

  • Vous avez mis en place une ligne d'écoute, Agri'écoute, quel genre d'appels recevez-vous ?

Dr Véronique Maeght-Lenormand : "Ce dispositif d'écoute a été renforcé en 2008 avec des psychologues qui prennent des appels. Ce sont majoritairement des hommes qui nous contactent. La première fois, ils ont généralement du mal à parler, cela dure 10 ou 12 minutes. Mais nous avons renforcé le dispositif pour qu'ils puissent rappeler, s'ils le souhaitent, le même psychologue jusqu'à quatre fois. Et au fur et à mesure des conversations téléphoniques (qui sont totalement anonymes au début), les langues se délient, les gens sont plus à l'aise et se mettent à parler. Ils ont besoin de s'adresser à quelqu'un qui est neutre, ils ne veulent pas en parler aux voisins etc. donc le fait de pouvoir appeler quelqu'un de neutre est très important. Nous avons eu 4.700 appels en neuf mois en 2018."

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