Allergies alimentaires : un étiquetage des produits encore trop peu visible

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Une enquête de l'UFC-Que choisir révèle des manquements à l'obligation d'une information écrite sur la présence d'allergènes dans les aliments non emballés, et ce malgré l’entrée en vigueur d'un décret il y a près d'un an. L'enjeu est pourtant crucial. Il relève de la santé publique, les allergies alimentaires pouvant entrainer des réactions graves.

Quand la seule solution pour un allergique ou un intolérant est de ne pas être en contact avec une substance, sous peine de réactions graves potentiellement mortelles ou invalidantes, on peut s'étonner du manque de respect par les commerçants de l'obligation de l'étiquetage des produis comportant des oeufs, noix, arachides, etc., relevant d'un décret du 1er juillet 2015.  C’est pourtant ce que révèle une enquête de l’UFC-Que choisir menée dans 375 commerces répartis dans 81 départements.  L'information demeure encore parcellaire ou carrément inexistante dans trop de commerces, notamment chez les artisans alors que l’allergie est classée au quatrième rang des maladies chroniques par l'OMS et concerne 6 à 9 millions de personnes en France.

Un quart de la grande distribution hors la loi

Aucune des enseignes de la grande distribution visitées ne fait un sans faute en matière d’étiquetage des produits contenant des allergènes. Un quart des magasins visités sont ainsi hors la loi. Le meilleur élève est Monoprix, en tête avec 88% de ses magasins qui arborent un étiquetage en conformité avec la réglementation. Auchan est le dernier du classement avec seulement 57 % de ses magasins conformes à la réglementation. En revanche, cette enseigne privilégie des étiquettes individuelles bien lisibles, placées sur chaque aliment, contrairement aux autres qui présentent les listes des allergènes dans des classeurs illisibles pour les consommateurs.

La restauration rapide est 100% en règle. Tous les établissements visités respectent strictement l’obligation d’afficher les allergènes. Petit bémol cependant, l’information est concentrée pour l’ensemble des produits sur des affichettes de petite taille décourageantes pour le consommateur.

Une attitude hostile des petits commerçants

75% des 232 commerces artisanaux visités (boulangeries-pâtisseries, traiteurs et restaurants de quartier) sont les cancres en matière d’information sur les allergènes. "Dans près d’un petit commerce sur cinq l’attitude des commerçants est peu coopérative, voire franchement hostile" relève l’UFC-Que choisir. "Mais si vous voulez être sûr de tout, allez ailleurs prendre un sandwich jambon-beurre", réplique un restaurateur aux questions d’un enquêteur sur les traces éventuelles d’allergènes dans son plat.

Une attitude difficile à concevoir pour les consommateurs allergiques et intolérants, handicapés par leur trouble, pour qui éviter ces aliments n’est pas une lubie mais un véritable gage de leur santé voire de leur survie.

Un étiquetage de précaution

L’étiquetage de précaution protège les commerçants, mais n’informe pas les consommateurs. 60% des magasins de la grande distribution et un tiers des petits commerces mentionnent la trace éventuelle d’allergènes alors que les procédés de fabrication n’ont jamais été aussi bien maitrisés et contrôlés. Les professionnels utilisent des étiquetages de précaution, mais aujourd’hui dans le seul but de se dédouaner en cas d’accident allergique. Les allergiques sont obligés de restreindre encore plus leurs choix alimentaires.

L’UFC-Que choisir réclame donc aux pouvoirs publics une réécriture du décret pour préciser les modalités d’information des consommateurs, afin que les allergènes soient indiqués par le biais d’étiquettes individuelles placées directement auprès des aliments. Elle s’oppose à la généralisation de l’étiquetage de précaution.