"No free lunch" : une campagne à destination des étudiants en médecine pour les sensibiliser aux tentatives d'approche de l'industrie pharmaceutique

Des étudiants en médecine de l’Université de Poitiers, le 4 février 2016.
Des étudiants en médecine de l’Université de Poitiers, le 4 février 2016. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

L'Isnar-IMG, l'Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale, lance une campagne baptisée "No free lunch" pour prévenir les jeunes étudiants en médecine des tentatives d'influence de l'industrie pharmaceutique. 

Un petit-déjeuner pour présenter un médicament, un déjeuner pour "se former" sur une maladie, quand ce n'est pas une invitation à un congrès international, tous frais payés. Attention à ne pas tomber dans les pièges du marketing des laboratoires pharmaceutiques : c'est le message des étudiants en médecine du syndicat Isnar-IMG auprès de leurs plus jeunes camarades. Ces internes veulent prévenir ceux qui débutent leurs études de médecine des pratiques de l'industrie pharmaceutique pour les approcher, et éventuellement ensuite les influencer. Ils lancent une campagne ce mois-ci intitulée "No free lunch", non aux déjeuners offerts.

La technique marketing du "pied dans la porte"

Les étudiants en médecine sont approchés tôt par l'industrie pharmaceutique. "Dès qu'on rentre en quatrième année, on devient externe et on se retrouve invités à des manifestations qui ont lieu pour les médecins du service, raconte Matthieu Thomazo, du syndicat Isnar IMG, actuellement en 8e année. Donc les étudiants partagent les repas qui sont amenés lors de ces événements. [Les étudiants] vont dire oui une première fois, puis on va essayer de créer une habitude le plus tôt possible", explique Matthieu Thomazo qui surnomme cette technique marketing, la technique "du pied dans la porte".

"Le laboratoire, il est là quand même"

Parfois, la présence des laboratoires est discrète, raconte Marianne Cinot, porte-parole de l'Isnar IMG, en 8e année de médecine à Rennes. "Quand c'est mon chef qui présente le cours du jour pendant lequel on va manger, il n'y a pas de problème : c'est pas le laboratoire, indique-t-elle. Sauf que le laboratoire, il est quand même là, avec des affiches autour de la table, ou un stylo, et il vient finalement influencer les gens qui viennent à cette formation."

Sollicitée une à deux fois par mois, Marianne Cinot a d'abord dit oui les premières fois, persuadée qu'elle ne se laisserait pas influencer ensuite dans ses prescriptions de médicaments. "Au départ, j'étais complètement dedans, à me dire que j'avais toutes les cartes pour savoir. Et en fait, après avoir vu le labo A,  je vais prescrire la molécule A plutôt que la B... Il y a des études qui le montrent, c'est inconscient...", explique Marianne Cinot qui refuse maintenant systématiquement ces invitations, même quand le reste de l'équipe médicale y participe.

C'est compliqué de refuser car parfois il y a la pression des chefs, ce n'est pas facileMarianne Cinotfranceinfo

Si la loi de Santé adoptée durant l'été interdit désormais à l'industrie pharmaceutique de faire des cadeaux aux étudiants, Matthieu et Marianne assurent qu'ils garderont l'oeil ouvert et continueront à sensibiliser leurs camarades.

Un syndicat d'internes alerte sur les tentatives de lobbying auprès des étudiants en médecine. Un reportage de Solenne Le Hen
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