Grève des urgences : il faut une "prime nationale pour les personnels et une reconnaissance de leur spécificité", selon l'urgentiste Patrick Pelloux

Patrick Pelloux, le 24 janvier 2019
Patrick Pelloux, le 24 janvier 2019 (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Patrick Pelloux, urgentiste et président de l'Association des médecins urgentistes de France, revient dimanche sur franceinfo sur la grève illimitée initiée aujourd'hui par les personnels des urgences de plusieurs établissements de l'AP-HP.

Les urgences de plusieurs établissements de l'AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris) entament dimanche 14 avril une grève illimitée. Sont notamment concernés les hôpitaux Lariboisière, la Pitié-Salpêtrière, Saint-Louis ou encore Tenon qui rejoignent tous les quatre l'hôpital Saint-Antoine, déjà en grève depuis le 18 mars. L'accueil des patients se fera normalement cependant et c'est "tout à l'honneur des personnels de faire fonctionner les urgences et le service public malgré leur contestation", souligne dimanche sur franceinfo Patrick Pelloux, urgentiste et président de l'Association des médecins urgentistes de France.

"On a dépassé les 24 millions de passages"

Parmi les revendications, la question de la sécurité : les agressions sont de plus en plus nombreuses, cinq en une seule nuit en mars à Saint-Antoine par exemple. "La fréquentation des urgences n'a cessé d'augmenter. En 1988, il y avait 8 millions de passages, maintenant on a dépassé les 24 millions", expose Patrick Pelloux. Les patients attendent trop, sont mécontents et finissent par s'énerver. "La violence dans les rues, vous la retrouvez aux urgences", explique le médecin. Or, "le personnel est là pour soigner, pas pour se faire insulter et tabasser. On a des agressions très fréquentes. Et se pose le problème de l'organisation des structures d'urgence qui soient adaptées à la société", selon lui.

Les personnels demandent également une prime de 300 euros nets par mois, qui leur a déjà été refusée. Pourtant cette demande est tout à fait "légitime" pour Patrick Pelloux. D'abord parce que les personnels des urgences, aides-soignants, agents hospitaliers, infirmiers, infirmières sont des "petits salaires" et "ont des problèmes pour boucler leur fin de mois". Et puis parce que pour pallier le manque d'effectif, les hôpitaux ont recours à des intérimaires qui ne connaissent pas le service et sont pourtant mieux payés que les personnels qui y travaillent. "Il y a un vrai problème par rapport à la grille salariale", souligne Patrick Pelloux, alors que c'est "une charge de travail, une responsabilité que les personnels assument, il faut leur rendre hommage, nuit et jour, tous les jours de l'année".

Dans la fonction des infirmiers, vous avez des infirmiers qui touchent un petit peu plus, qui ont des reconnaissances de leur fonction ou de leurs compétences comme les infirmiers anesthésistes, les infirmiers de bloc opératoire.Patrick Pellouxà franceinfo

"Il faut se poser la question d'une reconnaissance de l'acte des infirmiers aux urgences avec une prime", estime Patrick Pelloux, d'autant plus que "le service des urgences est devenu la valeur d'ajustement de tous les dysfonctionnements du système de santé."

"Le personnel assume des responsabilités qu'il ne devrait pas, insiste Patrick Pelloux. Je veux dire par là que le personnel est au front de la charge de travail au quotidien et il n'est pas responsable du manque de moyens, du manque de personnel, du manque d'organisation". Un personnel en première ligne quand des drames se produisent comme la mort de cette patiente de Lariboisière, 'oubliée' aux urgences pendant douze heures.

"L'Agence régionale de santé, comme l'Assistance publique, comme le gouvernement doivent se mettre autour de la table pour réfléchir à la modernisation des services des urgences et entendre cette revendication", estime Patrick Pelloux. "Il faut les écouter, il ne faut pas mépriser, il ne faut pas croire que d'un coup ça va être un dialogue facile et qu'ils vont pouvoir s'en tirer avec des mesurettes", avertit-il. "Je pense qu'il va falloir du sonnant et du trébuchant, il va falloir poser vraiment une volonté de réforme" pour parvenir à "un protocole de sortie de grève rapide". Sinon, le mouvement pourrait s'étendre à l'échelle nationale, prédit le médecin.

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