Les opérateurs téléphoniques lancent une application pour les sourds et malentendants

Les opérateurs téléphoniques lancent une application pour les sourds et malentendants
Les opérateurs téléphoniques lancent une application pour les sourds et malentendants (Capture écran YouTube)

Les personnes sourdes et malentendantes peuvent désormais appeler gratuitement et discuter avec n'importe quel interlocuteur à travers un interprète.

Permettre à tous les Français, même touchés par un handicap, de téléphoner à n’importe quel interlocuteur. C'est désormais possible. A compter du 8 octobre, les opérateurs téléphoniques donnent accès, gratuitement, à une heure de communication par mois aux personnes sourdes et malentendantes, via une traduction de la conversation dans la langue de leur choix. Ils se conforment ainsi à la loi sur le numérique adoptée en octobre 2016, qui impose qu’une réponse soit apportée à la fois aux sourds, aux malentendants, aux sourds aveugles et aux aphasiques (affection qui va de la difficulté de trouver ses mots à une impossibilité de s'exprimer). Une application pour aider les sourds était déjà disponible en France depuis l'année dernière.

"On arrive aujourd'hui à une étape essentielle qu'on attendait depuis de longues années", a déclaré Jérémie Boroy, président de l'Union nationale pour l'insertion sociale des déficients auditifs (UNISDA), jeudi 4 octobre, lors d'une présentation de ce nouveau service. 

"Bonjour, une personne sourde cherche à vous joindre…"

La Fédération FFTelecoms, qui regroupe quinze opérateurs téléphoniques dont Altice SFR, Bouygues et Orange a choisi la start-up française Roger Voice pour développer son application, tandis que l'opérateur Free (groupe Iliad) s'est appuyé sur l'entreprise DEAFI pour développer le relais téléphonique Free.

Au moment de passer l'appel, la personne sourde ou malentendante voit s'afficher sur son écran une liste de différentes options: un interprète en langue des signes, un "codeur en langue parlée complétée" ou un appel visuel avec transcription du sous-titrage et correction par "un scribe". Un temps de mise en relation permet ensuite au sourd ou malentendant d'expliquer à l'interprète la nature de la communication. Une contextualisation essentielle, selon Michel Combot, directeur général de FFTélécoms, qui rappelle que "le ton adopté par l'interprète ne sera pas le même si vous appelez un membre de votre famille ou une administration".

"Bonjour, vous êtes en relation avec la plateforme téléphonique Roger Voice, une personne sourde cherche à vous joindre. Je suis interprète et je vais traduire votre conversation", pourra ensuite entendre l'interlocuteur du sourd ou malentendant. Pour les sourds aveugles, la conversation sera transcrite sur une interface braille, la réponse du sourd aveugle étant ensuite vocalisée à son interlocuteur, a précisé Olivier Jeannel, créateur de Roger Voice.

Manque d’interprètes

La loi prévoit une mise en œuvre progressive du dispositif. A partir du 1er octobre 2021, le temps d'appel passera à 3 heures par mois, puis à 5 heures par mois à partir du 1er octobre 2026.  Le développement de la plateforme téléphonique  a été "un vrai défi" et "doit encore s'améliorer", reconnaît Michel Combot. Les moyens humains manquent encore : à l'heure actuelle, il n'existe que 500 interprètes en langue des signes, et un diplôme d'interprète pour les personnes aphasiques reste à créer.

"Aujourd'hui, on n'a pas assez (d'interprètes) si on veut demain ouvrir un service qui fonctionne 24h/24. D'où le choix du législateur de s'appuyer sur une montée en charge pour que dans le même temps la puissance publique puisse impulser une dynamique qui permette de développer les formations d'interprètes en langue des signes, de codeurs en LPC [langue française parlée complétée], de professionnels spécialisés, en direction des publics aphasiques", a expliqué Jérémie Boroy.

La loi concerne également les services publics et les entreprises réalisant plus de 250 millions de chiffre d'affaires, qui sont censés rendre, dès lundi 8 octobre, leurs services accessibles aux personnes sourdes et malentendantes de 8h30 à 19h00 du lundi au vendredi.

Sur les cinq millions de personnes qui ont, à des degrés très divers, un rapport à la surdité, 500.000 personnes sourdes sévères ou sourdes profondes sont "empêchées face au téléphone ".

 

 

 

 

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