10 900 accompagnants supplémentaires pour les enfants handicapés : "On va être très vigilants et très méfiants sur les annonces"

Classe amenagée pour des enfants malades ou handicapés à l\'institut Saint-Pierre de Palavas (Occitanie).
Classe amenagée pour des enfants malades ou handicapés à l'institut Saint-Pierre de Palavas (Occitanie). (ALEX BAILLAUD / MAXPPP)

Après l'annonce par le ministre de l'Education d'une augmentation des moyens pour accompagner les enfants atteints d'un handicap à l'école, Jean-Louis Garcia, président de la Fédération Association pour adultes et jeunes handicapés, a fait part jeudi sur franceinfo de ses doutes, dans un contexte de suppression des contrats aidés.

Alors que le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer a annoncé, mercredi, une augmentation des moyens pour accompagner les enfants atteints d'un handicap à l'école, notamment avec une augmentation des AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap), Jean-Louis Garcia, président de la Fédération APAJH (association pour adultes et jeunes handicapés), a affirmé jeudi 19 juillet sur franceinfo rester "très vigilant et très méfiant", dans un contexte de suppression, en parallèle, des contrats aidés.

Près de 11 000 accompagnants supplémentaires à la rentrée prochaine, est-ce une bonne nouvelle ?

Je ne crois que les réalités : nous verrons à la rentrée ce qui sera effectivement mis en place. Ce n'est pas la première annonce qui nous est faite. Les réalités sont toujours très, très différentes.

Le gouvernement parle d'"objectif", mais pas de "garantie". Y voyez-vous une forme de renoncement ?

J'y vois d'abord un scandale. Qu'un enfant, handicapé ou non, ne puisse pas accéder à l'école, qui est obligatoire dans notre pays, c'est scandaleux. Ils deviennent un peu plus réalistes et annoncent d'ores et déjà que des enfants resteront à la maison, seront exclus de l'école, ce qui veut dire qu'il y a de l'inégalité au niveau des citoyens et que le handicap est un marqueur fort : "Tu es en situation de handicap, tu restes chez toi, tu ne vas pas à l'école." Comment voulez-vous qu'on puisse regarder cette rentrée de septembre 2018 avec optimisme ? On va être très vigilants et très méfiants sur les annonces.

Le gouvernement pourrait vous répondre qu'il vaut mieux des emplois d'AESH, pérennes, mieux formés que les contrats aidés d'AVS, mais qu'on ne peut pas atteindre la perfection tout de suite…

Entre la perfection, qui est très difficile à atteindre, et la situation d'aujourd'hui, on peut déplacer le curseur très largement. On nous annonce qu'on va retravailler sur une concertation autour du métier d'AESH, tout ceci a été fait en 2012 avec le rapport Komitès. Ne perdons pas de temps à réfléchir, les réflexions sont faites, on sait ce que nous avons à faire. J'ai l'impression qu'on nous endort sur le champ du handicap, sur tous les sujets, sauf quand on prend des décisions comme rabaisser l'accessibilité du bâti neuf.

Si on en croit le ministre de l'Éducation nationale, il y a aussi un problème de recrutement de ces AVS et AESH. Même si on en avait les moyens, arriverait-on à combler tous les postes ?

Cela semble très compliqué. D'abord, le salaire n'est pas attrayant, il est donc compliqué d'aller chercher des gens en leur proposant des salaires de misère. Ensuite il faut intégrer la formation. Les AVS ne sont pas là pour faire "à la place de", ils sont là pour accompagner l'enfant, pour aider l'enseignant et pour faire que l'enseignant ayant la maîtrise de la classe, l'enfant, grâce à l'AVS, devienne de plus en plus autonome et arrive à jouer son rôle d'élève ordinairement. Par rapport aux contrats aidés, ils ont fait un nouveau contrat, sauf que les décrets d'application n'étant pas sortis, on ne peut pas basculer des contrats aidés "ancienne formule" sur les nouveaux contrats mis en place aujourd'hui. Ce qui veut dire, on l'a vécu au printemps, les contrats aidés finissant, la personne ne pouvant pas changer de type de contrat était envoyée au chômage, et l'enfant n'ayant plus d'accompagnant repartait à la maison. Voilà comment, quand on prend des décisions qui ne sont que de la communication sans en avoir les conséquences derrière, on aboutit à ce genre de situation d'exclusion.

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