Surconsommation de médicaments chez les femmes enceintes : "Il faut anticiper la grossesse et donc les prescriptions"

Personnes enceintes à Lyon (Rhône), le 10 mars 2017.
Personnes enceintes à Lyon (Rhône), le 10 mars 2017. (MARIE BIENAIM / BSIP)

Le Dr François Lacoin a alerté sur "une consommation trop importante" de médicaments par les femmes enceintes françaises. En cause, "des effets secondaires différents" selon le "cours de la grossesse". 

L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de publier une étude selon laquelle les femmes enceintes se voient prescrire en moyenne dix médicaments en France, contre deux à trois dans les pays d'Europe du Nord. Le Dr François Lacoin, membre du bureau du collège de la médecine générale, responsable du pôle médicaments, a invité les femmes à mieux "anticiper la grossesse et donc les prescriptions", lundi 23 octobre sur franceinfo. 

franceinfo : les femmes enceintes demandent-elles trop de médicaments à leurs médecins, ou ceux-ci en prescrivent-ils trop ?

François Lacoin : Les deux choses convergent, certainement, malheureusement, sur une consommation [de médicaments] trop importante. Les choses bougent, et je pense que l'effort doit porter essentiellement sur un certain nombre de messages vis-à-vis des patientes. Il faut anticiper la grossesse et donc les prescriptions qui pourront ou ne pourront pas être faites et devront être modifiées en cas de grossesse.

Il faut être prudent : on connaît relativement peu de choses sur les médicaments et la grossesse.François Lacoin, membre du bureau du collège de la médecine générale, responsable du pôle médicamentsà franceinfo

Les effets potentiels sur les femmes enceintes ou les bébés peuvent apparemment être vraiment graves...

Effectivement. Il y a des périodes différentes au cours de la grossesse, avec des effets secondaires différents. Dans les dix premières semaines de la grossesse, la période de formation de l'embryon, le risque de malformation importante est le plus élevé, en termes de gravité des lésions. Après, pendant la période fœtale, entre la dixième et quarantième semaine d'aménorrhée, on va avoir des troubles de développement et de fonctionnement des organes : ils sont en place, mais se développent, donc il faut rester prudent. Je pense qu'on ne peut pas éliminer la prudence pendant toute la grossesse, même si, en fin de grossesse, il y a moins d'anomalies. Ça dépend aussi des médicaments : certains vont être plus dangereux pendant le début de grossesse, d'autres en fin de grossesse, donc on ne peut pas énoncer de règle générale.

Quelles mesures faudrait-il prendre pour d'enrayer ce problème ?

Des mesures administratives sont déjà prises pour des médicaments reconnus et répertoriés comme dangereux, des mesures sur le contrôle de la délivrance, l'obligation d'associer, par exemple, une contraception quand on délivre. La deuxième mesure est de faire des déclarations, et je pense que nous, médecins, avons un rôle important de suivi des femmes enceintes et donc des déclarations de tout événement lié à une prise médicamenteuse pendant la grossesse. Et puis il y a une grosse mesure d'information et de communication envers les médecins et envers les femmes, pour qu'elles soient au courant avant la grossesse. S'il y a un projet de grossesse, c'est à ce moment-là qu'il faut en parler, pour avoir un regard dessus. Il ne faut pas oublier que l'on a, actuellement, des grossesses chez des femmes qui sont plus âgées qu'elles ne l'étaient il y a vingt ans, par exemple. Elles peuvent avoir un certain nombre de pathologies déjà existantes.