"On se sent jugées, stigmatisées", témoigne une Irlandaise qui a avorté clandestinement

La campagne en faveur du OUI à l\'avortement en Irlande, s\'affiche dans les rues de Dublin
La campagne en faveur du OUI à l'avortement en Irlande, s'affiche dans les rues de Dublin (RADIO FRANCE / GAËLE JOLY)

Les Irlandais se prononcent par référendum vendredi sur la fin d'un amendement de la Constitution qui interdit l'avortement dans leur pays. franceinfo a rencontré Gaye Edwards, une Irlandaise qui a avorté clandestinement il y a plusieurs années.

En 2018, en Europe, un pays refuse toujours aux femmes le droit à l'avortement, même en cas de viol, d'inceste ou de malformation du fœtus. Ce pays, c'est l'Irlande. Mais les choses pourraient bien changer à partir de vendredi 25 mai. Les Irlandais sont appelés à voter par référendum sur l'abrogation de l'amendement dans la Constitution qui interdit l'interruption volontaire de grossesse. franceinfo a rencontré une Irlandaise qui milite pour le droit à l'avortement. Gaye Edwards nous raconte son expérience personnelle.

Obligée de passer la frontière pour avorter

C'était il y a 17 ans, mais Gaye Edwards se souvient de chaque détail de cette terrible matinée d'hiver à l'hôpital de Dublin. Le médecin la convoque dans une petite salle à l'écart. "Il a regardé l'échographie et il nous a dit que notre bébé avait une anomalie, que le bébé ne pourrait pas survivre car il n'avait pas de cerveau". Le praticien enchaîne aussitôt et la prévient : la seule option légale dans le pays, c'est de poursuivre la grossesse jusqu'à son terme.

Mais c'est impensable pour Gaye. Alors, la jeune femme franchit la frontière, direction Belfast en Irlande du Nord, où un gynécologue accepte de provoquer l'accouchement. Elle est à 22 semaines. Sur la route au poste-frontière, face aux policiers, c'est la honte qui la submerge. "On se sent jugées, stigmatisées", témoigne Gaye.

Je crois que tous ces jugements, tous ces secrets, c'est malsain. Mettre la poussière sous le tapis, c'est malsainGaye Edwards

De retour chez elle, peu de temps après son avortement clandestin, un postier sonne à la porte. "Il nous apportait un courrier, une grosse enveloppe avec une petit boîte. À l'intérieur, c'était les cendres de notre enfant", raconte Gaye. Elle aurait voulu offrir des funérailles à son bébé mais elle n'a pas eu le droit de "l'emporter" avec elle.

Un droit indispensable

Des années plus tard, cette Irlandaise arbore fièrement le tee-shirt vert de la campagne "Together for Yes" ("Ensemble pour le Oui"), en faveur de la légalisation de l'IVG. Un combat qu'elle mène pour ses quatre enfants. "C'est pour eux qu'on fait ça, pour mes filles et pour tous nos enfants. Pour qu'ils grandissent dans une société plus humaine et plus compatissante". Gaye est confiante, une nouvelle ère s'ouvre pour les femmes en Irlande. Dans son frigo, elle a déjà stocké quelques bouteilles de champagne pour célébrer la victoire.

Gaye Edwards, milite pour le droit à avorter en Irlande avant le référendum du 25 mai 2018.
Gaye Edwards, milite pour le droit à avorter en Irlande avant le référendum du 25 mai 2018. (RADIO FRANCE / GAËLE JOLY)

Les bureaux de vote se sont ouverts à 8 heures en Irlande, après une campagne acharnée. Même si le oui semble en tête des intentions de vote, les anti-IVG ont tracté et mené campagne jusqu'à la fin pour faire entendre leur voix. Les résultats sont attendus samedi 26 mai.

"On se sent jugé, stigmatisé". Témoignage d'une Irlandaise qui a avorté clandestinement au micro de Gaële Joly
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