Inde : porter un enfant à 70 ans ?

INSOLITE - Une septuagénaire indienne aurait donné naissance le mois dernier à son premier enfant, suite à une fécondation in vitro, selon un communiqué d'une clinique spécialisée de l'État indien de l'Haryana.

Daljinder Kaur a accouché ce 19 avril d'un garçon après avoir eu recours à une fécondation in vitro (FIV). Si, comme nombre de ses concitoyens, elle ne dispose pas de certificat de naissance, elle estime son âge voisin de 70 ans. L'âge de 72 ans est avancé dans un communiqué du National Fertility and Test Tube Baby Centre - unité spécialisée de la clinique Bishnoi, où a été réalisée la FIV.

Mariée depuis 46 ans, elle a déclaré à la presse avoir abandonné pratiquement tout espoir d'être mère. "Quand on a vu la publicité pour la FIV, on s'est dit que l'on devrait essayer, étant donné que je voulais vraiment avoir un bébé", a-t-elle ajouté. Dans un échange avec le quotidien indien Hindustan Times, le docteur Anurag Bishnoi - responsable de la clinique - a déclaré que l'infertilité de Daljinder Kaur était due "à une obstruction de ses trompes de Fallope" [ndlr : trompes utérines qui relient les ovaires à l'utérus]. 

Dand une dépêche diffusée le 10 mai, l'Agence France Presse (AFP) annonce que la fécondation aurait été réalisée "à partir des ovules et du sperme du couple". Concernant les ovocytes de la donneuse, l'affirmation est plus que douteuse. "La médecine indienne est certes de haute volée, mais il y a vingt ans, on ne faisait pas de conservations ovocytaires, et il ne peut y avoir d'ovocytes viables chez une femme de cette âge ", nous explique Hervé Fernandez, gynécologue-obstétricien à l'Hôpital Antoine-Béclère de Clamart [1].

Le bébé, né le mois dernier à 2 kg, serait aujourd’hui "en bonne santé et plein d'énergie", selon un communiqué du National Fertility and Test Tube Baby Centre, qui revendique le succès de nombreuses FIV réalisées sur des sexagénaires et des septuagénaires. Ces FIV sont particulièrement controversées, du fait d'importants risques pour les mères (notamment un fort risque de diabète gestationnel, d'AVC, de fausse couche, d'éclampsie et de pré-éclampsie) et les enfants à naître. "Ces complications graves surviennent dans 10% à 15% des cas de grossesse tardive", précise le Dr Fernandez, qui note que ces risques croissent rapidement avec l'âge, "et notamment chez les personnes dont les artères sont abîmées."

"Si l'utérus est sain, une grossesse par FIV est théoriquement possible à tout âge", explique le médecin, soulignant que quelques cas de grossesses sans FIV sont chaque année recensées en France sur des patientes dans la deuxième moitié de leur cinquantaine. Concernant les grossesses très tardives, il note qu'au-delà "de dix semaines de grossesse, il n'y a plus besoin d'un apport hormonal, car le placenta prend le relais."

Le Dr Fernandez rappelle également que la probabilité de succès pour une FIV après 43 ans est extrêmement faible, "de l'ordre de 3%".

 

[1] [MISE À JOUR DU 12 MAI 2016] Dans l’après-midi du mercredi 11 mai, l’AFP a publié une seconde dépêche revenant sur son affirmation. On peut y lire que "la clinique avait déclaré mardi à l'AFP que la fécondation avait été obtenue en utilisant les ovules de la mère et le sperme de son mari âgé de 79 ans, après deux tentatives infructueuses et 46 ans de mariage. Mais le quotidien britannique The Guardian a affirmé mercredi que la femme avait en réalité bénéficié d'un don d'ovocytes, indiquant que le médecin concerné à la clinique le lui avait confirmé. Ce médecin, interrogé par l'AFP mercredi, a refusé de s'exprimer, au nom de l'éthique."

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