Total, EDF ou Vinci réunis à l'Élysée pour discuter énergie : les ONG dénoncent "une réunion de dinosaures"

Emmanuel Macron, le 17 octobre 2018, à l\'Elysée. 
Emmanuel Macron, le 17 octobre 2018, à l'Elysée.  (MUSTAFA YALCIN / AFP)

Une trentaine de grandes entreprises ont été invitées à l'Elysée pour échanger sur l'avenir de la politique énergétique de la France. Les associations regrettent de ne pas avoir été conviées à ce rendez-vous. 

Quelle sera la politique énergétique de la France lors des dix prochaines années ? C'est ce qu'est censée définir la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) sur laquelle planche le gouvernement. Cette feuille de route est en phase de "finalisation" et devra être dévoilée "à l'automne", d'après l'Elysée, cité par Reuters.

En attendant, Emmanuel Macron a reçu, mercredi 24 octobre, une trentaine de responsables des grandes entreprises du secteur pour une "séance de travail". L'objectif : "mobiliser les entreprises et les organismes de recherche autour de ce que seront les fondamentaux qui guident les arbitrages autour de la PPE". Total, EDF ou Vinci se trouvaient autour de la table, mais aucune ONG environnementale n'a été conviée. Interrogées par franceinfo, certaines d'entre elles expriment leur inquiétude.

"La dislocation d'une tradition politique"

"C'est déplorable qu'aucune association n'ait été invitée. Manifestement, il y a un malentendu sur la façon dont Emmanuel Macron définit la société civile", torpille Stéphen Kerckhove, délégué général d'Agir pour l'environnement, en référence à la promesse du candidat Macron d'intégrer plus d'acteurs de la société civile aux décisions politiques. "Nous avons fait des demandes auprès du président de la République d'être reçus et nous ne l'avons pas été", déplore Célia Gautier, responsable climat-énergie au sein de la Fondation pour la nature et l'homme créée en 1990 par Nicolas Hulot.

"Il ne fallait pas s'attendre à grand-chose de la part d'un gouvernement qui a toujours été très proche des lobbies industriels", fustige de son côté Charlotte Mijeon, de l'association Sortir du nucléaire. Si l'ONG n'est que rarement invitée à ce genre de rendez-vous, elle regrette "la dislocation d'une tradition politique qui consistait à au moins consulter les associations lors du processus de décision".

"Replonger dans un ancien modèle"

Plus encore, les associatifs dénoncent une réunion dominée par les poids lourds des énergies fossiles et nucléaires, sans laisser la place aux entreprises qui œuvrent pour les énergies propres. "Il y a un biais dans la façon d'appréhender le monde de l'entreprise puisque les acteurs de la transition énergétique économique n'ont pas non plus été associés", critique Stéphen Kerckhove. 

C’est une réunion de dinosaures énergétiques, pro-nucléaire et pro-carbone. Ils ne sont pas la solution, mais en grande partie l’origine du problème.Stéphen Kerckhove, d'Agir pour l'environnementà franceinfo

"Le risque, c'est qu'en organisant ce rendez-vous en tête-à-tête, le président de la République nous fasse replonger dans un ancien modèle plutôt que de tourner la page des énergies du passé, analyse Célia Gautier, de la Fondation pour la nature et l'homme. Est-ce qu'Emmanuel Macron a envie de faire encore moins bien que ses prédécesseurs, c'est-à-dire rester dans le statu quo énergétique, ou est-ce que vraiment il va doter la France des moyens de bâtir son avenir énergétique ? C'est ce qui se joue sans doute aujourd'hui à cette réunion des PDG et dans les prochains jours, et nous espérons qu'il entendra nos demandes."

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