Nucléaire : la construction de nouveaux EPR serait "absurde sur le plan industriel", selon l'association négaWatt

L\'EPR de Flamanville, dans la Manche.
L'EPR de Flamanville, dans la Manche. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Yves Marignac, porte-parole de l'association négaWatt, dénonce "l'absurdité" de la demande du gouvernement à EDF d'envisager la construction de nouveaux réacteurs nucléaires.

Dans une lettre, le gouvernement demande à EDF d'étudier la possibilité de construire six nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR alors que le chantier à Flamanville accumule les difficultés. "Une décision absurde sur le plan industriel et par rapport aux projections énergétiques", dénonce mardi 15 octobre sur franceinfo Yves Marignac, consultant spécialiste du nucléaire et porte-parole de l’association négaWatt.

Y a-t-il une forme de paradoxe dans cette demande du gouvernement vu le retard du chantier de Flamanville ?

Yves Marignac : D’absurdité même. Le gouvernement ne fait pas que demander à EDF d’étudier l’hypothèse de construction de réacteurs EPR. Cette lettre est importante parce qu’elle va plus loin. Aujourd’hui, ce que demande le gouvernement à EDF, c’est de se préparer, se mettre en capacité de construire. Il vient de refermer les options et de décider d’ores et déjà qu’en 2021, EDF construira de nouveaux réacteurs. C’est absurde sur le plan industriel compte tenu du fiasco actuel et absurde par rapport aux projections énergétiques sur l’évolution de notre système.

Ca veut dire que le gouvernement n’attend pas de voir jusqu’où va le chantier de l’EPR de Flamanville pour lancer d’autres réacteurs du même type ?

En 2007, EDF commence le chantier de l’EPR de Flamanville. A l’époque, c’est pour préparer le remplacement des réacteurs actuels lorsqu’ils atteignent 40 ans. Entre-temps, EDF annonce qu’il va repousser cette reconstruction et prolonger la durée de vie de ces réacteurs. Cela a pour effet aujourd’hui de refermer l’opportunité politique de démarrer ce programme de nouveaux réacteurs. Chaque jour qui passe rend les renouvelables plus compétitifs et l’attrait des Français pour un changement de système énergétique plus important. La fenêtre politique pour lancer des EPR se ferme et je pense que le gouvernement essaie de passer en force.

On peut aussi se dire qu’il faut agir vite pour remplacer les centrales vieillissantes ?

Cela fait plus de dix ans que l’on sait que cette perspective est devant nous, que les gouvernements successifs ne font que gagner du temps en repoussant toute décision, en misant tout sur la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires malgré tous les risques industriels et financiers que cela représente. Donc on ne peut pas, après toutes ces années d’attentisme et alors même que le temps multiplie les options possibles, dire qu’il faut absolument enclencher ces constructions. Du point de vue des objectifs de la loi Energie et climat, qui vise la réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité en 2035, si on prolonge la durée de vie des réacteurs actuels, on n’a pas du tout besoin de se presser dans la construction de nouveaux EPR pour maintenir ces objectifs. Le crédit qu’EDF a totalement perdu au vu du retour d’expérience de Flamanville et de Hinkley Point (en Angleterre) en matière de promesse sur les coûts et les délais, impose aujourd’hui une plus grande prudence.

EDF est-il en capacité de produire ces six EPR supplémentaires ?

Tout le pari du gouvernement est de penser que relancer ce programme de construction va redresser EDF. Or c’est le contraire qui risque de se produire, puisque cela vient alourdir financièrement les charges sur une entreprise déjà en difficulté pour faire face aux coûts qu’elle doit couvrir. Il y a un sentiment de fuite en avant et d’impasse industrielle dont ni EDF ni le gouvernement n’assument de devoir sortir. Il est urgent de mettre à plat les enjeux et de s’engager dans une vraie diversification de notre système électrique dont on parle depuis plus de dix ans et que le gouvernement peine à mettre en œuvre.

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