VRAI OU FAKE Espionnage, ondes nocives, risque d'incendie... On décrypte les quatre principales craintes liées au compteur Linky

Un compteur Linky, installé le 14 octobre 2018 à Saint-Jeannet près de Nice (Alpes-Maritimes) 
Un compteur Linky, installé le 14 octobre 2018 à Saint-Jeannet près de Nice (Alpes-Maritimes)  (LAURENT VAREILLE / FRANCE BLEU AZUR / RADIO FRANCE)

Depuis son lancement en 2015, le compteur électrique Linky a suscité de nombreuses interrogations. Mais les polémiques ne sont pas toutes justifiées.

C’est une annonce qui va ouvrir un énième débat. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), gendarme français de la protection des données, a épinglé EDF et Engie au sujet de la protection des données personnelles, mardi 11 février. La Cnil pointe notamment la manière dont les deux fournisseurs recueillent le consentement des consommateurs à la collecte de leurs données de consommation par Linky, ainsi qu'une "durée de conservation excessive" des ces données.

Au-delà de la mise en demeure d'EDF et Engie par la Cnil, les compteurs Linky suscitent de nombreuses interrogations, craintes ou fantasmes. Ils sont accusés d’espionner les clients, de provoquer des incendies, d’émettre des ondes nocives... La cellule Vrai du Faux fait le point. 

Le compteur Linky espionne-t-il ses utilisateurs ?

C'est l'un des reproches qui reviennent le plus souvent : la protection de la vie privée ne serait pas garantie par les compteurs Linky. Une crainte renforcée par la mise en demeure d'EDF et Engie par la Cnil mardi 11 février.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés estime que les compteurs intelligents peuvent "révéler des informations sur la vie privée" comme les heures de lever ou de coucher grâce aux "données de consommation fines". Or, légalement, Engie et EDF "ne peuvent collecter les consommations quotidiennes et horaires et/ou à la demi-heure qu'avec l'accord de l'abonné".

C'est sur ce dernier point que la Cnil pointe du doigt les deux entreprises : les formulaires adressés aux abonnés ne leur permettent pas d'exprimer clairement leur refus. Autre problème soulevé par la Cnil : les durées de conservation des données sont jugées "trop longues" par l’autorité.

Pour autant, la Cnil explique que "EDF et Engie sont dans une trajectoire globale de mise en conformité" et n'affirme pas que les opérateurs "espionnent" leurs clients.

Les compteurs Linky provoquent-ils des incendies ?

Autre danger avancé par ceux qui s’opposent à Linky : l’explosion. Nombreux sont les internautes à affirmer que les compteurs provoquent des départs de feux. Certains partagent même des vidéos sur les réseaux sociaux montrant les compteurs enfumés. 

Des sites Internet recensent d’ailleurs tous les cas d’incendies où Linky est pointé du doigt. Le compteur aurait même causé la mort d'un habitant de Laxou de Meurthe-et-Moselle en mai 2018. Sur ce dernier sinistre, "l'expert en incendie a conclu que le foyer de l’incendie était situé à l’intérieur du logement au niveau de l’emplacement d’un fauteuil ou d’un canapé. Selon l’expert, le compteur électrique est situé à l’extérieur du logement et n’a aucun rapport avec la survenue de l’incendie", expliquait à franceinfo le parquet de Nancy.

De son côté, Enedis affirme que son compteur "ne présente aucun défaut pouvant provoquer un incendie. Le matériel a subi de nombreux tests auprès des constructeurs et dans notre laboratoire. Il faut rappeler que le risque d’incendie peut exister pour tout matériel ou installation électrique. Il est totalement indépendant du type de compteurs posés."

Les compteurs Linky émettent-ils des ondes nocives ?

De nombreux opposants au compteur, comme l’association Robin des toits, reprochent à Linky d’émettre des ondes électromagnétiques nocives pour la santé. Les nouveaux compteurs utilisent le système de courant porteur en ligne (CPL) qui permet d’envoyer des données informatiques en passant par le réseau électrique existant. Une technologie accusée d'émettre des ondes depuis sa mise au point en 1930.

Pourtant en 2016, une étude de l’Agence nationale des fréquences (ANFR) a assuré qu’à 20 cm des compteurs, les niveaux étaient inférieurs aux limites réglementaires. Un avis partagé par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) qui a estimé pour sa part que les champs électromagnétiques n’étaient pas plus forts que des écrans, des tables à induction ou des chargeurs d’appareils multimédias. 

Peut-on refuser l'installation d'un compteur Linky ?

Sur les réseaux sociaux, les clients sont nombreux à vouloir s’opposer à l’installation des compteurs Linky. Des sites internet comme bugzer.com affirment qu’il est possible d'en refuser la pose.

Or, d'après le ministère de la Transition écologique, "le remplacement du compteur est de la responsabilité du gestionnaire de réseau, dans le cadre de ses obligations réglementaires et contractuelles. Dans le cadre de son contrat unique ou de son contrat avec le gestionnaire de réseau, le client s'engage à permettre l'accès au compteur pour le gestionnaire de réseau". En clair : le contrat oblige le client à donner l'accès à son compteur à Enedis... qui est tenu d'installer des compteurs Linky. 

Mais il y a une subtilité : si le compteur n'est pas sur l'espace public ou dans un endroit accessible, un client peut refuser l'accès aux agents qui viennent installer un compteur, au nom du droit à la propriété. Ainsi "lorsque le client refuse l'accès au compteur, les équipes de pose ne pourront donc pas procéder au remplacement du compteur".

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