Les herbicides à base de glyphosate autorisés jusqu'en 2023 ?

Les députés européens ont demandé le 13 avril à la Commission que l'autorisation du glyphosate, une substance utilisée dans des pesticides tels que le Round Up®, ne soit renouvelée que pour 7 ans, au lieu des 15 initialement prévus. Divers soupçons pèsent sur le caractère cancérogène du glyphosate.

Les eurodéputés ont adopté une résolution, sans valeur juridique, demandant à la Commission européenne de renouveler cette autorisation de commercialisation du glyphosate seulement "pour une période de sept ans", alors que l’autorisation actuelle doit expirer au mois de juin. La résolution rappelle en outre la possibilité de "retirer l'approbation d'une substance active pendant la période durant laquelle elle est autorisée si elle ne remplit plus les critères d'approbation".

Le texte initial de la résolution demandait à la Commission de ne pas du tout renouveler l'approbation du glyphosate, mais les députés ont adopté un amendement présenté par le Parti populaire européen proposant une autorisation pour 7 ans, qui représente un compromis avec la position de la Commission.

Les parlementaires appellent à limiter l'utilisation aux professionnels et de l'interdire dans les parcs, jardins publics et aires de jeux, ou à proximité.

"Pas d'alternative économiquement viable" ?

L'eurodéputée française du PPE Angélique Delahaye, à l'origine de l'amendement demandant une autorisation de 7 ans, souligne qu'"il y a une attente des citoyens mais, à ce jour, il n'y a pas d'alternative économiquement viable et garantissant la santé humaine à proposer aux agriculteurs en terme de désherbage".

Le texte de la résolution pointe que l'utilisation du glyphosate sur la planète "a augmenté d'une manière spectaculaire, puisqu'elle a été multipliée [par 260] au cours des 40 dernières années", malgré des doutes quant à son innocuité. Une controverse existe en effet, depuis plusieurs années, sur un potentiel effet cancérogène de ce pesticide, et son éventuel impact sur le système endocrinien humain.

Favorable à un renouvellement de son autorisation, la Commission appuie son choix sur l'avis donné en novembre 2015 par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui a jugé "improbable" le risque cancérogène du glyphosate. Une agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a, à l'inverse, déclaré la substance cancérogène "probable".

Un appel à la transparence

Un comité d'experts représentant les Etats membres devait se prononcer sur le renouvellement le 8 mars dernier. Cependant, le vote n'a finalement pas eu lieu, plusieurs pays européens ayant annoncé leur intention de voter "non". Le comité doit à nouveau se réunir les 18 et 19 mai. 

Pour l'eurodéputée libérale belge Frédérique Ries, l'un des rapporteurs de la résolution initiale, il s'agissait surtout "d’envoyer un signal fort" à la Commission. "On sait bien que le glyphosate ne sera pas interdit dans l'UE dès le mois de juillet et qu'on ne va pas transformer tout un modèle agricole en quelques mois", a-t-elle souligné. 

Les parlementaires ont également exhorté la Commission et l'EFSA à publier "les preuves scientifiques" sur lesquelles l'agence s'est appuyée pour élaborer son évaluation du glyphosate. Un bras de fer s'est engagé entre défenseurs de l'environnement, Commission, EFSA et Monsanto sur ces documents.

Le commissaire européen à la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, a contacté Monsanto et la Glyphosate Task Force, qui regroupe les grands groupes de l'agro-industrie, pour leur demander de publier les études commandées par leur soin et sur lesquelles l'EFSA s'est, entre autres documents, appuyé.

Plusieurs ONG de défense de l'environnement, dont Greenpeace, ont rétorqué que l'UE pourrait s'en charger au nom de la transparence.

De son côté l'EFSA a rappelé jeudi qu'elle ne faisait que se conformer à la législation européenne existante, et que la publication de données n'était pas automatique, notamment pour des problèmes liés à des "informations commerciales sensibles".