Des bébés nés sans bras ou sans main : ce que l'on sait des cas de malformations inexpliquées dans trois régions

Ryan, né sans main droite en 2010, dans son village de Druillat (Ain), en septembre 2018.
Ryan, né sans main droite en 2010, dans son village de Druillat (Ain), en septembre 2018. (FRANCE 2)

Dans les conclusions d'un rapport rendu jeudi, Santé publique France estime que dans le Morbihan et en Loire-Atlantique, les investigations mettent en avant "un excès de cas" mais n'avance pas d'explications.

"J'ai pleuré et mon mari est tombé dans les pommes", confie Mélanie Vitry. Cette mère de famille a donné naissance, en 2010, à un petit garçon né sans main droite, comme elle l'explique à "L'Œil du 20 heures" sur France 2. Son fils, Ryan, est loin d'être une exception dans sa région. Dans les environs de son village de Druillat (Ain), sept bébés sont nés sans bras ou sans main entre 2009 et 2014. Un phénomène similaire a été constaté dans le Morbihan et en Loire-Atlantique. Saisie, l'agence Santé Publique a rendu un rapport sur ces signalements de malformations congénitales, jeudi 4 octobre. Franceinfo fait le point sur ces conclusions.

>>  ENQUETE FRANCEINFO. "Un plausible scandale sanitaire" : des cas de malformations inexpliquées à la naissance dans trois communes de France 

Quels sont les cas observés ?

• Dans l'Ain. Sept enfants nés entre 2009 et 2014, dans un rayon de 25 kilomètres autour de Druillat, ont présenté des malformations. Cinq d'entre eux ont soit l'avant-bras droit, soit l'avant-bras gauche atrophié, un autre n'a pas de main, ni de poignet gauche, un autre n'a pas de main gauche mais un pouce, et enfin un dernier n'a pas de main droite. Par ailleurs, cinq enfants sur sept sont des garçons. 

• Dans le Morbihan. Entre 2011 et 2013, quatre enfants nés de mères domiciliées dans la même commune, à Guidel, ont présenté des anomalies : trois ont un avant-bras atrophié, le quatrième a deux doigts malformés. Trois enfants sur quatre sont des filles.

• En Loire-Atlantique. En 2007 et 2008, trois enfants, nés dans la même commune de Mouzeil, ont présenté des malformations : l'un n'a pas de main droite, l'autre n'a pas de main gauche, l'un a certains doigts d'une main qui ne sont pas entièrement développés.

Y a-t-il un point commun entre ces grossesses ?

Dans chaque département concerné, une enquête a été menée auprès des mères. Elles ont reçu des questionnaires sur leurs habitudes de vie lors de la grossesse. Dans les trois départements, aucun facteur n'a pu être dégagé qui pourrait expliquer ces malformations. 

• Dans l'Ain. L'âge des mères à la naissance était de 21 à 29 ans. Aucune malformation n'est connue dans les familles des parents. "Aucune prise d'alcool pendant la grossesse n'est rapportée par les mères. Deux mères ont consommé des médicaments pendant la grossesse (paracétamol, sirop pour la toux, antibiotiques pendant 5 jours, à 8 semaines d'aménorrhée, spray nasal, salbumol et bétaméthasone", développe le rapport. Enfin, aucune mère n'a déclaré avoir consommé du tabac ou de la cocaïne.

• Dans le Morbihan. L'âge des mères à la naissance était compris entre 28 et 38 ans. "Il n'existait aucun antécédent commun particulier chez les mères, que ce soit au niveau personnel ou professionnel. Les médicaments pris pendant le 1er trimestre des grossesses étaient du salbutamol pour une mère et de l'ibuprofène de manière ponctuelle pour une autre", précise le rapport. Par ailleurs, les trois grossesses se sont déroulées sans anomalie. 

• En Loire-Atlantique. L'âge des mères à la naissance était compris entre 26 et 36 ans. L'une des grossesses avait eu lieu après une fécondation in vitro. Aucun antécédent familial n'a été relevé. "Aucune des trois n'avait pris de médicaments spécifiques au cours de la grossesse. Une avait pris du Spasfon et du Doliprane. L'autre avait pris des médicaments antiallergiques type Avamys nasal, Opticron et Loratadine. Une seule mère sur les trois avait l'habitude de fumer", est-il expliqué.

Le nombre de ces cas est-il anormal ?

• Dans l'Ain. Pour le Remera, le Registre des malformations en Rhône-Alpes, une structure qui recense les malformations dans la région, la réponse est oui. Dans l'Ain, Emmanuelle Amar, épidémiologiste, estime en effet que le nombre de cas de malformations, rapporté au nombre de naissances, est 50 fois plus élevé que la normale. Mais les conclusions de Santé publique France contredisent ces affirmations. L'analyse des sept cas signalés dans l'Ain "ne met pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale", explique l'organisme public dans son rapport.

• Dans le Morbihan et en Loire-Atlantique. En revanche, les investigations menées sur trois cas en Loire-Atlantique, survenus entre 2007 et 2008, et quatre cas en Bretagne, survenus entre 2011 et 2013, mettent en lumière "un excès de cas". Néanmoins, Santé Publique n'est, en l'état des investigations, pas capable d'expliquer ces répétitions d'anomalies. 

Dans ce cas, comment explique-t-on ces malformations ?

En l'absence d'antécédents et de facteurs clairement établis, la question des liens avec l'environnement se pose. Pour l'épidémiologiste Emmanuelle Amar, il y a de fortes chances que ces malformations soient causées par l’exposition des mères à des produits phytosanitaires, peut-être des pesticides, pendant leur grossesse. "La probabilité que ça soit lié au hasard est plus qu'infinitésimale, explique-t-elle à franceinfo. On est face à un plausible scandale sanitaire."

Pas assez de preuves pour Santé publique France. L'organisme n'établit pas de lien pour l'Ain et la Loire-Atlantique. "Si un lien avec les cultures céréalières ne peut pas être exclu, l'observation de cet agrégat ne permet pas d'étayer cette hypothèse", précise simplement l'agence en ce qui concerne le Morbihan. 

Mais les enquêtes vont-elles se poursuivre ?

• Dans l'Ain. La cellule d'investigation de Santé publique France dans la région Rhône-Alpes estime qu'"elle ne dispose pas d'éléments justifiant la poursuite de l'investigation." Néanmoins, elle assure conserver une "attention toute particulière".

• Dans le Morbihan. L'agence locale explique également ne pas avoir assez d'éléments qui permettraient un nouvel axe de recherche. Mais là encore, la "surveillance" va se poursuivre.

• En Loire-Atlantique. Dans ce département non plus, il n'y aura pas de nouvelles recherches. "La réalisation d'une étude épidémiologique complémentaire locale n'était pas justifiée", affirme la cellule d'investigation de Santé publique France dans la région Pays de la Loire. Néanmoins, cette dernière explique que la "région ne dispose pas de registre de malformations, ce qui ne permet pas de garantir une vision exhaustive de la situation." "Une attention toute particulière" est maintenue pour identifier d'éventuels nouveaux cas.

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