Dans le jeu vidéo "Fortnite", une association crée un personnage pour aider discrètement les enfants victimes de violences

Le logo Fortnite à la Paris Game Week, le 25 octobre 2018.
Le logo Fortnite à la Paris Game Week, le 25 octobre 2018. (BENOIT TESSIER / REUTERS)

Pendant le confinement, "Enfant bleu" était un avatar grâce auquel des membres de l'association écoutaient et recueillaient les témoignages d'enfants maltraités.

Un avatar ailé et tout de bleu vêtu : c'est via cet émissaire virtuel, rencontré au cœur de Fortnite, le célèbre jeu en ligne, que plus de 350 enfants ou adolescents, maltraités ou en souffrance, ont pu discrètement se confier à de "vrais" adultes pendant le confinement. L'association L'Enfant bleu, qui a piloté cette expérience inédite restée jusqu'ici secrète, espère qu'elle pourra servir de tremplin à un dispositif pérenne, afin que les jeux vidéo deviennent un moyen pour les enfants en danger de donner l'alerte.

Les bénévoles de l'association ont pénétré dans l'univers virtuel de Fortnite sous les traits d'un personnage dénommé "Enfant Bleu" et se sont relayés pour le faire "vivre" pendant un mois, tous les jours jusqu'à 22h30. La mission de cet avatar : répondre aux jeunes joueurs, connectés en même temps que lui, qui souhaitaient lui parler de leurs problèmes personnels. "Si tu es victime de n'importe quelle forme de violence, ajoute le compte Epic EnfantBleu sur Fortnite pour discuter discrètement", suggéraient les messages.

Pour Laura Morin, la directrice de l'association, l'enjeu est de répondre au "défi numéro un" auquel sont confrontés ceux qui viennent en aide aux mineurs maltraités : "permettre à l'enfant de parler, et aux adultes de repérer qu'il y a un problème". Or, "les jeunes n'utilisent pas les mêmes médias que nous les adultes. Nous devons nous adapter et trouver de nouvelles manières d'entrer en contact avec eux", poursuit Laura Morin. L'opération a permis de confirmer que les jeux vidéo constituent une "piste encourageante" pour faciliter la prise de parole des enfants maltraités, observe-t-elle.

Un outil supplémentaire pour appeler à l'aide

Au total, en un mois, 1 200 enfants ou adolescents, de 10 à 17 ans, ont pris contact avec le personnage ailé, un chiffre "extraordinaire", selon Laura Morin. Dans la majorité des cas, les jeunes n'ont cliqué que par curiosité, mais 30% d'entre eux "se sont confiés sur des problèmes personnels plus ou moins graves", et "certains ont signalé être dans une situation d'extrême urgence", précise l'association, qui a parfois pu les orienter vers d'autres structures spécialisées, comme celles luttant contre le harcèlement scolaire, par exemple.

Mais il s'agit maintenant d'aller plus loin et de réfléchir à la manière d'inscrire cette piste dans la durée, ajoute Laura Morin. Pour ce faire, un groupe de travail a été constitué autour de L'Enfant bleu. Il réunira à partir de septembre des représentants des éditeurs de jeux vidéo, des magistrats et policiers spécialisés, ainsi que le secrétariat d'Etat pour la Protection de l'enfance. "Ce qu'on espère, c'est offrir un outil de plus dans l'arsenal à disposition des enfants pour appeler à l'aide. En adoptant leur point de vue", insiste la directrice de l'association.

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