Tout savoir sur le protoxyde d'azote et les dangers réels de ce gaz hilarant

Des cartouches pour siphons à chantilly contenant du protoxyde d\'azote 
Des cartouches pour siphons à chantilly contenant du protoxyde d'azote  (BENJAMIN POLGE / HANS LUCAS)

Alors que plusieurs maires de France ont pris des arrêtés contre l'usage et la vente de protoxyde d'azote aux mineurs, focus de franceinfo sur ce gaz, parfois inhalé dans un but euphorisant, non sans risque.

C'est devenu l'une des nouvelles substances prisées de certains adolescents : le "proto" pour "protoxyde d'azote". Ce gaz, à usage médical et industriel, est parfois inhalé par des jeunes qui en détournent l'usage dans un but récréatif et euphorisant. Plusieurs maires -à Nîmes, Aulnay-sous-Bois, ou Pont-Sainte-Maxence - ont décidé d'en interdire la vente aux mineurs. 

De quoi parle t-on?

Le protoxyde d’azote -N2O- aussi connu sous le nom de gaz hilarant, est un gaz d’usage courant stocké dans des cartouches pour siphon à chantilly, des aérosols d’air sec ou des bonbonnes utilisées en médecine et dans l’industrie. Globalement légal et en vente libre, le gaz est parfois détourné de son usage initial, transféré dans des ballons de baudruche et inhalé par la bouche pour ses effets euphorisants. Cela déclenche des fous rires, une sensation d'euphorie, d'ivresse qui peut s'apparenter à celle de l'alcool. 

Le fait que ces sensations soient très fugaces, s'estompent très vite, peut laisser penser que ce gaz n'est pas nocif et que ce type d'expérimentation est sans conséquence. L'effet de groupe conduit parfois non seulement à expérimenter cet usage, mais aussi à renouveler l'expérience à doses rapprochées. 

Quels sont les risques?

Utilisé dans un cadre médical, de façon très spécifique, le protoxyde d'azote est un anesthésiant. Il peut être utilisé lors de changements de pansements, y compris pour apaiser de jeunes enfants. Il n'y a pas, dans ce cadre, d'inquiétude à avoir.

Le fait de détourner le gaz de son usage peut avoir plusieurs types de conséquences, loin d'être anodines. Le premier type de risque, immédiat, est lié à l'usage qui est fait des cartouches de gaz pour siphons à chantilly. Le gaz libéré étant extrêmement froid, il peut y avoir des risques de gelures des lèvres, du nez, des mains ou des cordes vocales. 

"Le protoxyde d'azote peut potentiellement aussi être à l'origine d'une détresse repiratoire", précise à franceinfo le Dr Leïla Chaouachi, pharmacien au Centre d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance et d'addictovigilance d'Ile-de-France. "À l'hôpital, précise t-elle, le protoxyde d'azote est associé à de l'oxygène pour que l'oxygénation se fasse. Ce qui là n'est pas le cas. En cas d'utilisation prolongée il peut donc y avoir risque de pertes de connaissance, de chutes, de perte des réflexes de toux et de déglutition, avec risques de fausses routes, a fortiori si on a été alcoolisé avant."

Le fait d'inhaler le gaz n'est par ailleurs pas sans risque d'effets secondaires : nausées, vomissements, maux de tête, maux de ventre, somnolence, vertiges. À plus forte dose, l'inhalation peut également entraîner un état de confusion, des difficultés à parler, à coordonner ses mouvements, un ralentissement du rythme cardiaque, des risques de pertes de mémoire, de troubles de l'humeur, de troubles de l'érection, des distorsions visuelles ou auditives, une carence en vitamine B12 à l’origine d’anémie et de troubles neurologiques, ainsi qu'une dépendance potentielle avec syndrome de sevrage à l’arrêt (anxiété, agitation, douleurs abdominales, tremblements) ainsi que le mentionnent le site Drogues Info Service, qui dépend de Santé Publique France  et le document d'information "Protoxyde d'azote si on en parlait ?", mis en place par le centre d'addictovigilance de Paris. 

Ce document liste par ailleurs les mesures permettant d'éviter les risques majeurs (pouvant aller jusqu'au décès), dans les cas où des adolescents se livreraient à ce type d'expérimentation malgré les mises en garde : ne jamais consommer seul, ni inhaler le gaz directement en sortie de cartouches. Se protéger les mains avec des gants lors de l’expulsion du gaz, éviter de rester debout pendant la prise pour éviter tout risque de chutes et traumatismes. Ne pas multiplier les prises. Ne jamais respirer en continu dans le ballon pour éviter l’asphyxie. Toujours prendre de l’air entre les prises. Ne jamais utiliser de masque ou de sac plastique couvrant entièrement le nez et la bouche (majoration du risque d’asphyxie).

Peut-on parler d'un phénomène nouveau et massif ?

"Le fait de détourner l'usage du protoxyde d'azote n'est pas récent en soi", rappelle le Dr Chaouachi. "Le phénomène existait déjà dans les années 90, essentiellement dans les rave parties. La question d'interdire ou non la vente libre de ce gaz, avait déjà, à l'époque, fait débat. La nouveauté est que l'usage de ce gaz soit détourné par des adolescents, dans le cadre de premières expérimentations, en soirées ou sur la voie publique", sans qu'on dispose pour autant de données récentes au niveau national permettant de quantifier le phénomène. 

Le centre d'addictovigilance de Paris a, en février dernier, publié une étude dite COSYS, visant à être le premier observatoire français des usages actuels de substances psychoactives chez les étudiants. Il en ressort que les données de prévalence d’usage de protoxyde d’azote disponibles actuellement sont anciennes et incomplètes, celles du baromètre Santé Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES) datant de 2014.

"Dans les données d'addictovigilance, on n'observe pas de recrudescence", précise Leïla Chaouachi. "L'alerte, ajoute t-elle, vient du fait qu'on observe de plus en plus de bonbonnes dans la rue, ce qui a été rapporté par plusieurs élus locaux. Des cas on en a, mais il n'y a pas d'alerte au niveau national, il y a un signal mais il ne faut pas non plus le surdimensionner".

Les constats de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) sont similaires. Le dispositif  TREND -pour Tendances récentes et nouvelles drogues-, dans sa publication centrée sur les évolutions en 2017 et début 2018 , précise qu'en 2017, la visibilité du protoxyde d’azote dans l’espace public s'est accrue dans la métropole lilloise où les cartouches vides jonchent les trottoirs de certains quartiers, témoignant du caractère massif des consommations.

Le site TREND de Lille a identifié différents profils de consommateurs : jeunes impliqués dans le trafic de stupéfiants, personnes prostituées, personnes précaires, mais aussi des collégiens et des lycéens. L'Observatoire ajoute que des investigations supplémentaires restent à mener pour confirmer ces observations.

Enfin, les sites TREND de Lille et de Bordeaux insistent sur le manque d’information des usagers, notamment les plus jeunes d’entre eux, concernant la dangerosité du produit.

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