Un tiers de Français fumeurs : des moyens de lutte trop faibles pour le professeur Gérard Dubois

Des paquets de cigarette neutres chez un buraliste de Vertou (Loire-Atlantique), le 27 décembre 2016.
Des paquets de cigarette neutres chez un buraliste de Vertou (Loire-Atlantique), le 27 décembre 2016. (LOIC VENANCE / AFP)

Pour Gérard Dubois, professeur de santé publique à la faculté de médecine d'Amiens, membre de l'académie nationale de médecine et président d'honneur de l'alliance contre le tabac, "on a ce qu'on mérite".

Les jeunes fument moins mais la France fume encore trop. C'est ce que révèle l'étude publiée mardi 30 mai par l'agence Santé Publique France. Le tabagisme quotidien diminue chez les hommes de 25 à 34 ans, et chez les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans. Mais, de façon générale, la proportion de fumeurs ne bouge pas par rapport à 2010. Cette enquête a été réalisée avant la mise en place du plan national de réduction du tabagisme et la mise en place du paquet neutre.

Gérard Dubois, professeur de santé publique à la faculté de médecine d'Amiens, membre de l'académie nationale de médecine et président d'honneur de l'alliance contre le tabac, dénonce des moyens de lutte trop faibles.

franceinfo : Comment s'explique ces résultats ?

Gérard Dubois : Sur l'interdiction de la publicité, on n'est pas trop mauvais, mais sur l'augmentation des prix par la taxation on a été très mauvais. Quand on regarde les courbes de ventes de cigarettes en France, on s'aperçoit qu'on a des marches d'escalier qui sont très étranges. Il y a des descentes à certains moments, quand on augmente les prix de manière dissuasive, et de longs plats quand on se refuse à faire des augmentations et qu'on écoute les sirènes de l'industrie. Donc, on a ce qu'on mérite. Quand on a des politiques de fictions, les Français continuent à fumer et on a un mauvais classement.

L'étude montre que ce sont les personnes les moins diplômées, sans emploi, et qui ont les revenus les plus bas qui fument le plus. A quoi tient ce clivage social ?

On s'aperçoit qu'il y a eu des évolutions historiques. Le tabagisme a commencé dans les hauts niveaux sociaux économiques et descend dans l'échelle sociale. L'arrêt du tabac fait la même chose. Ça commence chez les hommes, ça va de haut en bas dans la société. Avec un décalage d'une trentaine d'années, les femmes se mettent à fumer dans les hauts niveaux socio-économiques et ça descend dans l'échelle sociale et l'arrêt du tabac se fait de la même façon.

Que peut-on faire pour aider les fumeurs à arrêter ?

70% des fumeurs ont essayé d'arrêter, 40% plusieurs fois. Il faut leur donner des modalités qui permettent de réussir, pour qu'ils ne désespèrent pas. On s'aperçoit qu'un fumeur sur deux a tenté d'arrêter de fumer tout seul. Mais ce n'est pas la meilleure modalité pour réussir. La moitié d'entre eux serait disposée à recourir à un traitement médical, notamment s'il était remboursé. Donc, la façon de chipoter sur les manières de rembourser les traitements efficaces de l'arrêt du tabac n'ont pas été non plus un élément favorable. Tout se passe comme si le ministère des Finances avait peur de voir tous les fumeurs se précipiter pour arrêter et utiliser ce médicament.

Vous êtes à nouveau en ligne