Paquet de cigarettes à 10 euros : les fumeurs iront "s'approvisionner ailleurs" alertent les buralistes

franceinfo

Michel Guiffes, de la Fédération des buralistes de Bretagne, conteste l'annonce du gouvernement de porter le prix du paquet de cigarettes à 10 euros. Pour lui, cette mesure risque de déstabiliser le marché du tabac.

Edouard Philippe a annoncé qu'il souhaitait porter le prix du paquet de cigarettes à 10 euros, lors de son discours de politique générale, le 4 juillet. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, reçoit mercredi 19 juillet la Confédération des buralistes pour discuter de cette mesure. Invité de franceinfo, Michel Guiffes, président de la Fédération des buralistes de Bretagne et trésorier de la Confédération nationale des buralistes, souligne le risque de déstabilisation du marché du tabac en France ainsi que le danger du développement du marché parallèle. 

franceinfo : Comment avez-vous accueilli l'annonce du paquet à 10 euros ?

Michel Guiffes : Nous avons découvert cela deux minutes avant le passage d'Edouard Philippe et nous avons été déçus de cette méthode d'action unilatérale. Nous aurions préféré la concertation. Sur le fond, nous contestons l'application pure et dure d'un tarif qui va déstabiliser le marché du tabac en France et qui va désorienter tous les buralistes français. On va avoir une augmentation de 43%, ce qui est phénoménal. La dernière fois qu'une telle augmentation a eu lieu, c'était en 2003 : les taxes avaient grimpé de 40%, et sur les six années qui ont suivi, il y a eu une disparition de 8 000 buralistes en France. L'augmentation des prix va avoir une incidence fictive : on aura l'impression d'une baisse de fumeurs parce qu'il y aura moins de livraison chez les buralistes. En revanche, les consommateurs sauront s'approvisionner ailleurs. On oublie aussi de dire que les taxes du tabac rapportent 14 milliards d'euros à l'Etat tous les ans. L'exemple à suivre pourrait être celui de l'Allemagne, où les enfants sont informés, dès leur plus jeune âge, des nuisances du tabac. Il y aura toujours des fumeurs. Il ne faut pas arriver à la situation des Etats-Unis dans le courant des années 1920 avec la prohibition, qui a été un échec. Je crains qu'en ne jouant que sur les prix, nous allions également dans le mur.

Aux Etats-Unis, au Royaume Uni, les paquets sont très chers et l'on voit moins de fumeurs dans les rues, pensez-vous qu'il y ait une culture du tabagisme en France ?

On a des cultures très différentes, des modes de vies très différents. Il n y a pas forcément, en France, un taux de prévalence tabagique supérieur aux autres pays. C'est la méthodologie pour lutter contre le tabagisme qui gagnerait à évoluer. Aujourd’hui en France, le taux de prévalence tabagique est en moyenne de 29%. Si on décortique cela, on s'aperçoit que ce taux est aux alentours de 20% pour les catégories sociales supérieures. Pour les CSP−, il est de 40%. Et si on affine encore au niveau des chômeurs, le taux est de 50% : un chômeur sur deux fume. C'est peut être donc aussi au travers du taux de chômage qu'il faut travailler.

Redoutez-vous une hausse de la contrebande ?

Nous en sommes convaincus. Aujourd'hui, une cigarette fumée sur trois vient de la contrebande. On aimerait donc attirer l'attention de la ministre sur les dangers du marché parallèle. Les politiques et les spécialistes du ministère de la Santé font comme si le tabac acheté sur le marché parallèle était moins nocif que celui acheté chez les buralistes. Nous ne pouvons pas le supporter. Pour nous, l'objection majeure, c'est l'augmentation à 10 euros. S'il doit y avoir une augmentation elle doit être mesurée, pondérée et de l'ordre de 0,20 à 0,30 euros par an, pas plus.