Le cinéma fume-t-il trop ?

Selon une étude de la Ligue contre le cancer, le tabac est présent dans 70% des films français. Historiquement, les cigarettiers étaient partenaires du septième art, mais aussi des acteurs.

Mercredi dernier au Sénat, la ministre de la santé Agnès Buzyn a exprimé son incompréhension concernant la présence de tabac dans les films français « Je ne comprends pas, aujourd'hui, l'importance de la cigarette dans le cinéma français. Il y aura des mesures en ce sens. » D’après une étude de la Ligue contre le cancer, 70% des nouveaux films font apparaître la consommation de tabac.

Depuis, la ministre a retropédalé, précisant sur son compte twitter qu’elle n’a « jamais envisagé ni évoqué l’interdiction de la cigarette au cinéma. La liberté de création doit être garantie. »

L’influence du tabac sur le spectateur

Selon l’OMS, les films contenant des cigarettes seraient responsables d’un tiers des jeunes nouveaux fumeurs en 2014. C’est aussi l’avis des médecins qui luttent contre le tabagisme. 

Pour les professionnels de la santé, l’influence des images sur le spectateur ne fait aucun doute, comme l’indique le pneumologue Bertrand Dautzenberg : « On observe qu’entre 2010 et 2016, il y a deux fois plus de scènes de tabagisme. Dès qu’il y a une scène de tabagisme qui apparaît. Le cerveau s’allume et donne envie de fumer une cigarette ». 

Même si l’utilisation de la cigarette au cinéma sert davantage le récit que la promotion des marques de tabac, cette polémique est l’occasion de revenir sur les liens discrets qui ont pu exister entre ces deux industries. 

Les cigarettiers, partenaires historiques du cinéma

Après la découverte scientifique des effets du tabac sur la santé dans les années 50 aux États-Unis, de grandes campagnes antitabac se sont succédées au fil des années. Progressivement, des restrictions vont être imposées sur les publicités pour les cigarettiers, qui vont devoir trouver une alternative pour continuer à promouvoir leur produit. 

Le contournement des restrictions publicitaires se fera notamment par le cinéma. En 2003, Gérard Dubois écrit un livre dans lequel il révèle des papiers confidentiels, on peut notamment y lire ces propos du responsable de Philip Morris International : « Récemment des groupes antitabac ont réussi à éroder l'acceptabilité sociale du tabagisme. Nous devons utiliser tous les moyens créatifs, et notamment le cinéma, pour renverser cette tendance ».

Devenir partenaire du cinéma en échange de placements de produits s’avère être une alternative efficace pour des industriels du tabac soucieux de toucher les plus jeunes. 

Certains acteurs ont même signé des contrats avec des marques de tabac comme Sylvester Stallone qui s’était engagé à consommer les cigarettes pendant plusieurs films en échange de 500 000 dollars. 

La France n’est pas exempte en la matière

Si en France depuis la loi Évin de 1991 les cigarettiers n’ont plus le droit de faire de publicité, des marques de cigarettes se retrouvent quand même sur grand écran. Dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain par exemple, un sac à l’effigie d’une marque au casque est présent à plusieurs reprises sans qu'il n'apporte au récit.

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