Alcool et tabac coûteraient chaque année 240 milliards d'euros à la France

Combien la consommation d'alcool et de tabac coûte-t-elle à la société ? Si ces produits permettent d'importantes recettes fiscales à l'Etat, elles engendrent également des problèmes sanitaires extrêmement coûteux. En chiffrant cette réalité à l'appel de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), l'économiste Pierre Kopp met en lumière une réalité glaçante…

Quel est le coût (monétaire) des conséquences de la consommation des drogues légales (alcool et tabac) et illégales en France ?

Pour répondre à cette question, l'économiste Pierre Kopp[1] a distingué le coût pour les finances publiques (rapport entre dépenses de prévention, répression et soins, économie de retraites non versées, et recettes des taxes prélevées sur l'alcool et le tabac) du coût dit "externe" (valeur des vies humaines perdues, perte de la qualité de vie, pertes de production). Le total constitue le "coût social" associé aux drogues.

Concernant les seules drogues légales, le rapport commandé par l'OFDT constate que ce coût social a été, en 2010, presque identique pour l'alcool et pour le tabac : 120 milliards d'euros pour chacune, loin devant les drogues illicites (8,7 milliards d'euros) – car elles sont moins consommées. Pourtant, le nombre d'usagers "à risques" de l'alcool est trois fois et demi inférieur à celui des fumeurs (3,8 millions contre 13,4 millions).

Tout ce que l'on perd à consommer des drogues…

Le "coût externe" représente l'essentiel du coût social, tant pour l'alcool, le tabac que pour les drogues illicites (respectivement 95,1%, 85,2% et 67,6%). "L'importance de cette composante s'explique par le nombre très important de vies perdues (respectivement 49.051, 78.966, 1.605) et par la valeur de l'année de vie perdue (115.000 euros) qu'il est recommandé d'utiliser en France dans les calculs socio-économiques", explique l'auteur du rapport.

Si le nombre des décès par le tabac est plus important que ceux découlant de la consommation d'alcool, l'âge moyen au décès est plus tardif pour la première substance (71 ans, contre 63 ans pour l'alcool). Le "coût externe" de l'alcool est ainsi 11% plus élevé. "De nombreux décès accidentels engendrés par l'alcool interviennent précocement", note par ailleurs Pierre Kopp.

Selon ses calculs, le coût des drogues pour les finances publiques représenterait 1,1% du produit intérieur brut national. "Chaque année, l'État doit payer respectivement pour l'alcool, le tabac et les drogues illicites, 4,9 milliards, 14 milliards et 2,4 milliards d'euros. Ainsi, 33% du déficit budgétaire français serait constitué par le poids négatif des drogues sur les finances publiques".

Il insiste sur le fait que les recettes de taxation sur les drogues légales (8,5 milliards) sont largement inférieures au "coût des soins" (25,9 milliards d'euros).

Alcool et tabac : deux poids, deux mesures ?

Face à ces données, l'Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie s'est étonnée dans un communiqué du fait que "la réponse des pouvoirs publics [aux problèmes constitués par le tabac est par l’alcool soit] totalement différente".

"Alors qu'une politique énergique est menée contre la consommation de tabac, la complaisance voire le déni prévalent à l'égard de l'alcool", poursuit l'association. Le forcing des producteurs pour inciter à la promotion des produits, notamment en direction des plus jeunes, reçoit un accueil favorable de la part de parlementaires. C'est ainsi que les sénateurs s'apprêtent à voter un amendement libéralisant totalement la publicité sur les produits alcooliques, et donc à aggraver les conséquences sanitaires et sociales".

Hasard du calendrier, l'OFDT a en effet publié ce rapport ce 11 septembre, alors que 61 députés et sénateurs lançaient un appel à François Hollande pour la réintroduction, dans le projet de loi sur la santé, d’un amendement assouplissant la publicité pour l'alcool.

Cet amendement à la loi Macron, déposé par le gouvernement, avait été censuré en août par le Conseil constitutionnel. Il stipule que ne sont "pas considérés comme une publicité" les contenus liés "au patrimoine culturel, gastronomique ou paysager liés à une boisson alcoolique disposant d'une identification de la qualité ou de l'origine, ou protégée". Les autorités sanitaires et plusieurs associations étaient montées au créneau, dénonçant une remise en cause de la loi Evin limitant la publicité pour l'alcool.

 

 

[1] Pierre Kopp est professeur à l’université Paris 1 et chercheur au centre d’Economie de la Sorbonne et à la Paris School of Economics.