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La consommation d'alcool ne baisse plus en France, une "déroute pour la santé publique"

Dans des chiffres publiés mi-février, Santé publique France avait indiqué que la consommation des Français n'avait quasiment pas reculé depuis 10 ans (illustration). (LOIC VENANCE / AFP)

C'est "le résultat d'un système politique qui se laisse influencer par un lobby extrêmement puissant", affirme Gérard Dubois, membre de l'Académie de médecine.

L'Académie nationale de médecine a appelé, lundi 29 avril, les pouvoirs publics à "prendre des mesures plus fortes" pour lutter contre les problèmes de santé liés à la consommation d'alcool qui ne baisse plus en France, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale. Le professeur Gérard Dubois, membre de l'Académie de médecine, professeur de santé publique, déplore mardi sur franceinfo "une déroute pour la santé publique."

franceinfo : Pourquoi parler de déroute aujourd'hui ?

Gérard Dubois : C'est une déroute pour la santé publique parce que la baisse de consommation était assez régulière, et déjà en 2012, l'Académie avait mis en garde en disant que l'on constatait un ralentissement de cette baisse qui, jusque-là, était régulière. C'est le résultat d'un système politique qui se laisse influencer par un lobby extrêmement puissant. Pourtant, l'alcool est la deuxième cause évitable de décès : 30 000 Français et 11 000 Françaises en meurent chaque année. L'alcool est aussi à l'origine de violences : 40% des violences faites aux femmes et enfants et un tiers des accidents de circulation. Et très peu savent que l'alcool est la première cause évitable de mortalité des 15 à 30 ans.

Quelles preuves avez-vous de cette pression du lobby alcoolier ?

On a un ministre de l'Agriculture qui ne cesse, dans ses interventions radio et télévisées, de dire que le vin n'est pas un alcool comme les autres. Je peux vous garantir que le foie est incapable de reconnaître si les molécules d'alcool qui lui arrivent proviennent du vin, de la bière, ou d'une autre boisson. Une lettre du président de la République à "Vin et société", qui est une société de lobbying en faveur du vin, pour dire que ce sont des acteurs crédibles de la prévention, c'est vraiment reconnaître que le loup puisse éduquer les moutons, et que ces moutons-là, il ne suffit pas de les tondre, mais qu'on peut aussi les dévorer. La ministre de la Santé, à chaque fois qu'elle essaye de répondre au ministre de l'Agriculture, finalement, le fait une fois et ne revient plus sur le sujet. Des parlementaires essayent actuellement de rétablir la consommation d'alcool dans les stades, ce qui est quand même un comble ! C'est oublier, il y a trente ans, le drame du stade du Heysel en Belgique [drame survenu en mai 1985 à Bruxelles, des grilles se sont effondrées sous les pressions de supporteurs], qui a tué des dizaines de personnes. Et nous avons l'exemple d'un fond que l'on a eu beaucoup de mal à créer, un fonds tabac, qui était sur une taxe sur la filière tabac, qui est étendue à l'ensemble des addictions, l'alcool notamment, et la filière alcool ne cotise rien pour alimenter ce fonds. Vous connaissez ce pictogramme qui recommande aux femmes enceintes de ne pas boire ? Ce pictogramme est tout petit, invisible, difficile à comprendre, et cela fait des années que le ministère de la Santé essaye d'obtenir une décision pour qu'il soit beaucoup plus visible.

Cela changerait-il la donne ?

Oui, totalement, parce qu'il faut vraiment, dans la société française, changer l'image de l'alcool. Ça ne veut pas dire que tout le monde doit être abstinent. Le repère de consommation, maintenant, est de dire qu'il ne faut pas dépasser dix verres par semaine, deux verres par jour, et ne pas consommer tous les jours. Tout le monde est d'accord maintenant pour avoir une action efficace, pour dire qu'il faut limiter la publicité, notamment qu'elle ne soit pas universelle à la radio et la télévision et ailleurs, et indiquer sur les contenants la quantité d'alcool. Le minimum est que les gens sachent au moins la quantité, pas seulement le degré. Une chose absolument extraordinaire que j'ai découverte il n'y a pas si longtemps est qu'il n'y a pas les mentions caloriques des boissons alcooliques. Or, un verre de vin, de bière, ce sont 70 calories, c'est particulièrement dissuasif pour ceux qui veulent garder la ligne (...) Nous avons la taxation des boissons alcooliques : ça fonctionne dans tous les pays. Ça ne veut pas dire que les sommes doivent être énormes, mais le vin est pratiquement exempté, c'est une toute petite taxe ridicule. Une taxe sur les boissons alcooliques au gramme d'alcool serait déjà un progrès.